B. — TRAITEMENT DES PLAQUES PELADIQUES ATONES, STATIONNAIRES
La plus grande partie des généralités que nous venons d’énoncer à propos des pelades extensives reste vraie en ce qui concerne les pelades en larges aires stationnaires, d’allures lentes, immobiles, qui demeurent de longs mois sans amélioration comme sans augment.
Les faits que présentent ces sortes de pelades sont de deux ordres différents.
1° Dans les unes, il est facile de retrouver sur les bords des plaques atones depuis des mois ou des années, un, deux, ou trois îlots de cheveux fragiles indiquant nettement que la permanence de la maladie est due à une permanence de sa cause active. Et souvent, même parmi les follets lanugineux de repousse qui les couvrent, on retrouvera des ilots de cheveux morts détachés de leur base, sans adhérence à la papille.
Donc la pelade chronique, autant que l'étude actuelle peut en savoir, n'est pas ordinairement une lésion survivant à sa cause microbienne initiale, mais une lésion microbienne chronique et permanente entretenue par de permanentes réinoculations de même siège. C’est, nous le verrons, le mécanisme de la décalvante chronique, mais ici la décalvante est localisée.
De telles remarques dictent le traitement.
Les épilations de bordure sont nécessaires partout où les cheveux fragiles sont rencontrés.
2 À côté de ces pelades atones sur lesquelles on retrouve persistantes les lésions habituelles aux pelades extensives, 1l
.y à vraiment des plaques peladiques anciennes ne présentant aucun cheveu massué de leur bordure, aucun follet fragile ou décoloré à leur surface, par conséquent aucun signe accusant la permanence de la cause nocive et sur lesquelles cependant la repousse des cheveux normaux tarde indéfiniment à se produire.
L'histologie explique ces cas par le trouble de nutrition profond dont les lésions cellulaires témoignent ‘.
Il se peut donc que les tissus frappés demeurent quelquefoistorpides pendant de longs mois, bien que l’action première de la cause morbide n'ait été que passagère.
C'est dans de pareils cas que la suractivité cellulaire provoquée par une irritation locale est indiquée. Tout moyen de provoquer localement la diapédèse sera bon : une brûlure, une ventouse... ce qui importe étant de hâter la répurgation cellulaire momentanément inhibée.
Ces pelades « immobiles », sans témoignage visible d’une permanence de la cause peladogène, sont fort rares. Je ne crois pas qu'elles fassent le dixième du nombre des plaques dites atonesetdemeurées permanentes depuis desmoisoudes années.
Si nous voulons maintenant résumer en quelques formules les généralités que nous venons d'exposer, nous pouvons dire :
Toute pelade quelconque présente toujours trois indicalions de traitement.
a) La limitation des plaques existantes par une large bordure d'épilation artificielle, les points d'extension des plaques élant signalés par l'existence des cheveux fragiles.
b) La prophylaxie générale des parties restées saines par des nettoyages et une antisepsie continue.
c) Le traitement propre des plaques malades par des antiseptiques à doses irrilantes.
1. Dans ces cas, les Mastzellen péri-vasculaires (cellules à granulations basophiles d'Ehrlich) sont réellement innombrables.
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Traitement de la petite plaque peladique à son début.
Donc le meilleur traitement, le seul traitement efficace connu de toute pelade, c’est l’irritation artificiellement provoquée, par un moyen quelconque du reste, de la partie du tégument devenu chauve.
Ainsi condensé, ce traitement peut sembler simple; nous allons voir cependant que, pour le médecin soucieux de la rapidité de ses résultats, le traitement de chaque pelade demandera des interventions bien différentes.
Prenons d’abord le cas d’une plaque peladique petite, débutant sur un point quelconque du cuir chevelu. Très peu d'auteurs décrivant les symptômes de la pelade à cette époque, nous sommes forcé de les exposer tout d’abord.
Depuisquelques joursle malade s’esthien aperçu qu'il perdait quelques cheveux, mais sans en savoir la cause, lorsque quelqu'un lui fait remarquer sur son cuir chevelu une {ache claire. Le début de la maladie est donc essentiellement insidieux.
Il manquerait absolument de tout symptôme fonctionnel n'étaient les démangeaisons qui précèdent d’une semaine environ l’apparition de la tache, et que presque tous les malades signalent quand on veut bien les interroger à ce sujet.
Examinons la lésion à son premier début.
Elle se présente parmi les cheveux sains comme ce qu'aurait produit au milieu d’eux un coup de ciseaux donné au hasard.
D'abord, les cheveux sur cette plaque sontmoins nombreux que sur les parties voisines, mais, de plus, ceux qui demeurent encore en place sont cassés à divers points de leur longueur.
Si l’on examine la plaque plus attentivement, on observe alors :
1°Entrelescheveux encore en place,desorifices pilairesvides. Ils sont gros et souvent dilatés par du sébum accumulé. Souvent aussi ils contiennent un résidu pilaire dans leur orifice.
2° Parmi les cheveux encore en place, de courts tronçons peladiques en forme de points d'exclamation.
3° Enfin des cheveux paraissant absolument sains, mais de diverses longueurs.
Quand on essaie à la traction entre les doigts la résistance de ces cheveux, ils viennent tous à la main, et leur épilation indolore laisse la plaque peladique, ronde, chauve, alors seulement constituée.
Quand une, intervention de cette sorte ne la crée pas ainsi, cette plaque glabrese fait plus lentement et spontanément, mais aussi sûrement. Elle apparaît chauve quelques jours plus tard.
Si Jinsiste sur la description clinique de la pelade à ce stade si peu connu, c’est que le patient, à ce moment, a le plus grand intérêt à ce que le diagnostic précis soit posé de suite ; il peut, en effet, retirer le plus réel profit d’une intervention thérapeutique immédiate. Quelle doit être cette intervention? C'est ce qu'il nous faut examiner maintenant.
À. — On recherchera d'abord avec le soin le plus minutieux à quelle distance de la plaque déjà dessinée on rencontre encore le cheveu peladique massué; et, la loupe à la main, on inspectera toute la surface du cuir chevelu autour de la plaque. Cela fait, on saura jusqu’à quelle distance de la plaque dégiabrée il faut porter l'épilation artificielle. Car elle doit dépasser d’un demi-centimètre au moins le dernier des cheveux fragiles. Le médecin procédera lui-même et de suite à cette épilation.
B. — L'épilation faite, la plaque étant limitée, nettoyée, prête au traitement, voici le traitement que je conseille toutes les fois qu'il s’agit d'une plaque petite, récente, et d’une première atteinte.
Le médecin étendra au pinceau sur toute la plaque et sur sa bordure épilée une couche épaisse de vésicatoire liquide pur.
C. — Quand la bulle sera formée, après quelques heures, et au besoin le lendemain, le médecin déchirera avec le mors d’une pince et enlèvera, un à un, tous les débris de l’épiderme qui la formait. On enlèvera pareillement la couenne fibrineuse formée au-dessous de l’épiderme par le sérum coagulé.
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D. — Cela fait, la plaque vésiquée étant bien mise à nu, on passera à sa surface une couche de solution fraîche de cklorhydrate de cocaïne au vingtième, on attendra quelques minutes que l’insensibilité soit bien obtenue...
E.— Et on fera sur toute l'étendue de la plaque une rigoureuse cautérisation avec une solution de netrate d'argent au quinzième.
F. — On recouvrira la plaque ainsi traitée d’un tampon d’ouate hydrophile et d’un pansement très compressif pendant une heure ou deux. Après ce temps, la ouate ayant adhéré à la plaque, le pansement sera enlevé, la ouate sera peu à peu effilochée sans traction, de facon à en laisser adhérente une mince couche qui sera noircie au charbon pour masquer la plaque dénudée.
Ainsi décrit par le détail, ce manuel opératoire peut paraîitre un peu compliqué. En fait, il est bien simple et ne peut donner lieu à aucun incident. La douleur est quasi nulle. Et le patient aura perdu, une fois pour toutes, vingt-quatre heures de ses occupations habituelles.
On laisse en place le tampon d'ouate jusqu'à ce qu’il se détache de lui-même, ce qui demande de huit jours à quinze jours suivant le cas. Et dès lors, par cette seule opération, on aura créé pour plus d’un mois une congestion intense de la région malade, c’est-à-dire l'irritation profonde, vive et permanente que nous considérions tout à l’heure comme le meilleur, comme le seul traitement de la plaque peladique.
En même temps que ce traitement, et dès le troisième jour, on aura commencé les frictions antiseptiques biquotidiennes du cuir chevelu qui seront poursuivies pendant toute la durée de la déglabration, frictions qui devront être continuées ensuite quotidiennement, au moins trois mois après la disparition complète de la lésion, et pendant une année ensuite à raison de trois fois par semaine.
Ainsi traitées, les pelades primitives bien limitées nous ont donné infiniment peu de plaques secondaires et de récidives, et toujours dans un délai si bref après le début du traitement
qu'il y avait lieu de croire leur inoculation antérieure à lui
Même avec ce traitement, on ne peut guère poser de limite minima où maxima à la guérison, car son échéance varie d'un cas à l’autre. Ce qu'on peut établir, c'est une moyenne. La moyenne est de deux mois.
Au bout desix semaines environ apparaissent les premiers follets. La repousse est active et les cheveux se recolorent déjà au bout de huit semaines ordinairement. Mais la rapidité avec laquelle le traitement a été commencé, la rigueur avec laquelle il a été appliqué, enfin l’âge du malade, la qualité de ses cheveux normaux sont des facteurs qui font varier les moyennes.
Je ne voudrais pas dire d’ailleurs qu'on doive pour le traitement de toute plaque peladique primitive s’en tenir au vésicatoire et à la cautérisation wne fois pratiquée. Au pourtour de la plaque et parmi les cheveux réputés sains, il n’est pas inutile de pratiquer chaque semaine une cautérisation au pinceau avec de l’acide acétique pur par exemple passé avec précaution. On évitera ainsi, si l'épilation de la bordure avait épargné quelque point malade, une reviviscence de la plaque sur un de ses bords.
Il est enfin une précaution à prendre toujours et dès le début, c’est l'examen méticuleux du reste du cuirchevelu réputé sain à l'effet d'y chercher une plaque seconde naissante qui serait signalée par l'apparition d’un groupe de cheveux massués.
Ces précautions et quelques autres que suggère la pratique et que nous exposerons en leur lieu auront toujours leur raison d’être facile à comprendre, après les généralités que nous avons pris le soin d'exposer d’abord.
Pelade à cheveux fragiles.
La pelade à cheveux fragiles (E. Besnier) n’est pas une
espèce morbide différente des autres. C’est seulement une forme grave de la maladie.
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Dans cette forme, la plaque n’est pas chauve, elle reste couverte de tronçons de cheveux, comme une plaque de teigne tondante. Ces tronçons sont les cheveux peladiques massués en forme de points d'exclamation.
Nous l'avons dit : le cheveu peladique massué n’a qu'une existence éphémère. Entre le moment de sa production par la fracture d’un cheveu long et le moment de son expulsion définitive et complète, ordinairement il ne se passe que quelques jours, rarement plus de deux semaines.
S'agit-il d’une plaque d'extension lente et sourde, les cheveux peladiques seront rares sur la lisière des cheveux sains. Et il n’en peut être autrement, puisque leur existence est brève; ils n’existeront plus que sur le pourtour de la plaque, parce que depuis longtemps sa surface est neltoyée de ceux qui ont été formés avant eux.
Mais, au contraire, si le processus d’envahissement peladique a été rapide, en deux semaines une plaque de 1 centimètre de large peut avoir atteint 5 centimètres de diamètre. Dans ce cas, soyez assuré qu’à sa surface les cheveux peladiques seront abondants. C’est ainsi que naît la pelade à cheveux fragiles. En réalité, toutes les pelades extensives sont des pelades « à cheveux fragiles », mais les poils massués y sont d'autant plus rares, plus clairsemés que la marche extensive de la plaque s’est montrée plus lente, comme ils sont d'autant plus nombreux et serrés que la marche extensive de la plaque aura été plus rapide. Cette seule exposition permet de comprendre toute la gravité pronostique de cette forme et l'urgence d’une thérapeutique immédiate et avisée.
D'abord, dans nulle autre variété, les inoculations secondes ne sont à redouter autant que dans cette pelade maligne. C'est presque le seul cas où l’on puisse voir plusieurs aires alopéciques d’existence synchrone et paraissant de mème date. Car si les pelades en aires successives sont fréquentes, les pelades en aires multiples d'emblée sont fort rares. Celles-ci sont presque toujours des pelades couvertes de cheveux fragiles dans la totalité de leur étendue.
Avec elles, il faudra donc redoubler surtout les soins de prophylaxie locale et générale, c'est-à-dire élargir extrèmement la bordure de limitation, rechercher indéfiniment les points nouveaux qui pourraient, sans un examen approfondi, passer inaperçus.
Comme traitement local, dans ces cas, je considère le vésicatoire suivi de cautérisation comme le moyen de choix, comme le traitement abortif le plus sûr, ou, si l’on veut, le moins sujet à caution. Souvent même, deux vésicatoires successifs et deux cautérisations seront utiles.
S'il s’agit d’un homme, on fera couper les cheveux courts sur la totalité de la tête pour pouvoir procéder à l’antisepsie la plus rigoureuse des parties réputées saines et pour distinguer dès leur naissance les « points clairs » de dénudation commençante, plus ou moins distants de la plaque primaire.
En ce qui concerne la prophylaxie générale du cuir chevelu indemne, le médecin devra faire lui-même le premier nettoyage du euir chevelu avec une solution antiseptique forte dont l’excipient sera par moitié alcoolique et éthéré. Ce nettoyage se fera avec un pinceau fait d’une baguette et d'un flocon d’ouate hydrophile enroulé sur elle.
En tous les endroits douteux où l'implantation des cheveux paraîtra moins régulière ou plus clairsemée, c’est par un examen de ces cheveux à la pince que l’on décidera s'il y a lieu de faire une épilation locale et périphérique préventives et un traitement.
Il n’y à vraiment pas à hésiter dans de tels cas à faire les sacrifices nécessaires; la maladie en quelques jours ferait plus de dégâts que la pince et des dégâts moins réparables.…. Ducunt fata volentem, nolentem trahunt.
Dans leur marche, les pelades à cheveux fragiles sont celles qui doivent être suivies de plus près par le médecin. Il doit en annoncer à l’avance les allures dangereuses, prévoir les réinoculations au porteur d'avance probables, etc. Enfin, il doit faire comprendre au malade l'importance particulière du
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nettoyage minutieux du cuir chevelu d'apparence saine et y mettre lui-même tous ses soins.
Beaucoup de médecins conseillent alors les savonnages; j'avoue ne pas les aimer beaucoup, à moins qu'ils ne soient suivis immédiatement d’une lotion antiseptique active, minutieusement pratiquée. Les savonnages du cuir chevelu infecté de quelques germes que ce soit sont comparables aux rasages au rasoir. Dans nombre de cas, leur action en elle-même serait utile; mais, d'aventure, ils peuvent donner lieu à de très graves réinoculations au porteur, en promenant des germes sans les détruire, C’est l'expérience médicale seule qui peut décider en pareille matière. C’est d’après elle que je m'en abstiens, surtout dans les pelades à cheveux fragiles. Les soins antiseptiques du cuir chevelu sain peuvent être pris sans savonnages nécessaires; ils seront continués, même après la guérison en apparence absolue, et plus longtemps qu'après toute autre forme de pelade.
Avec la pelade à cheveux fragiles et ses aires souvent multiples se pose déjà la question des postiches destinés à couvrir les plaques chauves.
Au point de vue prophylactique, il est évident que les postiches sur une pelade équivalent à un pansement sale sur une plaie chirurgicale. C’est donc une chose que le médecin en théorie devrait proscrire. Mais il est des cas où le patient lui-même ne peut se soustraire à l’obligation d'en porter. Et le médecin aurait tort de s'opposer inconsidérément à une nécessité de fait.
Les postiches sont de deux ordres : ils sont partiels, ce sont les postiches proprement dits; ou complets, ce sont les perruques. Partiels, ce sont des emplâtres chevelus du côté externe; ils adhèrent au moyen d’une colle spéciale bien connue des comédiens. La perruque est maintenue par des ressorts d’écaille, ou par simple adhérence, ou collée de la même façon que les postiches.
Tous les postiches, quels qu'ils soient, imposent les mêmes précautions de désinfection. C’est l'immersion dans un liquide
antiseptique n'altérant pas trop les cheveux artificiels dont ils sont chargés.
La liqueur alcoolique de sublimé acide dont nous avons donné plus haut la formule peut y suffire. On y plongera les petits postiches, — deux heures de suite, — au moins trois fois par semaine.
Pour les perruques, tous les soirs on doit, avec un pulvérisateur (de verre), pulvériser toute leur surface interne avec le même liquide qu'on laissera sécher sur place.
Pour en finir avec ce sujet, disons que jamais un postiche partiel ou total ne doit reposer directement sur la tête malade, et qu'entre lui et le cuir chevelu doit ètre interposé, ou bien un emplâtre (petites plaques), ou bien une coiffe mobile et facile à désinfecter (décalvation totale).
Les plaques secondaires. — Pelades en aires successives.
En elle-même, une petite plaque peladique n’est pas grave ; souvent, abandonnée à elle-même, elle guérira spontanément. Ce qui est grave dans une pelade, ce sont les plaques multiples ultérieures que la première permet de présager. C’est alors la pelade dite en aires multiples, et qu'il vaut mieux nommer en aires SUCCessives.
Ordinairement, c'est six semaines ou deux mois après l’apparition de la plaque primitive que surviennent les plaques secondaires; ettrès souvent, à ce moment-là, plusieurs plaques nouvelles surgissent en même temps. C’est alors qu'on peut surveiller l'aspect objectif des plaques commençantes, si rarement observé pour la première plaque par le médecin eonsulté trop tard.
Même aspect clair du tégument qui transparait à travers les cheveux très courts et moins nombreux. Même déglabration spontanée par fracture des cheveux longs, puis par chute définitive du tronçon massué qu'ils ont laissé à leur place,
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même forme ronde ou ovale de la plaque une fois constituée, etc.
J'ajouterai même que, quand une première plaque affectait la forme dite « à cheveux fragiles », il est de règle de voir les plaques secondes, même à six semaines d'intervalle, présenter le même aspect objectif.
Les plaques secondaires, disséminées au hasard sur le cuir chevelu, peuvent être quelquefois et d'emblée très nombreuses; on peut en voir naître à la fois six, dix et même quarante, laissant quelques jours à peine entre la date de leur apparition.
A ce sujet, on peut poser une règle pronostique, cliniquement fort importante : c’est que plus une plaque peladique, tardivement présentée au médecin, montre des cheveux massués à son pourtour, plus on doit craindre des plaques secondaires nombreuses et d'apparition rapide. C'est ce que justifie toujours l'observation.
Que doit-on craindre en voyant survenir ces plaques secondaires et quel traitement leur opposer?
Tout d’abord répétons une fois de plus qu'on aurait dû les empêcher de se produire. Contre toutes les affirmations contraires, on peut hardiment soutenir que les plaques secondaires surviennent après une plaque première non traitée ou tardivement traitée ou insuffisament traitée.
Peut-être doit-on faire quelques réserves sur ce point, en ce qui concerne les pelades à cheveux fragiles dont l'invasion est quelquefois ultra-rapide... La règle générale que je viens d’énoncer n'en demeure pas moins vraie dans l'immense majorité des cas. Le médecin peut et doit, — dans tout cas de pelade pris à temps, — empêcher l’éclosion des plaques secondaires, à la condition bien entendue cependant que le médecin soit obéi en ses prescriptions par le malade, et c’est ce qu'il peut aussi ne pas obtenir.
Néanmoins, dans les incessantes repullulations peladiques, le malade n’est pas ordinairement à incriminer seul. Et il est encore presque de règle de voir le médecin consacrer tous
ses soins à la plaque dénudée, oubliant de prescrire le nettoyage et l’antisepsie des parties saines, alors que de tout le traitement à instituer dans un cas de pelade au début, c’est de beaucoup la partie la plus nécessaire au malade.
Mais passons. Les plaques secondaires sont nées. Encore une fois que faut-il faire? Que craindre et comment éviter ce qui est à craindre ?
Deux choses sont à craindre, deux cas peuvent se présenter, que nous examinerons l’un après l’autre par la suite.
C'est d’abord « la pelade à récidives perpétuelles », dans laquelle, après dix ans, le malade compte de cinquante à deux cents récidives subintrantes.
Ou bien c’est l’alopécie peladique totale : «la décalvante » ; c’est-à-dire la chute non seulement de tous les cheveux de la tèle, mais des sourcils, des cils, etaprès leur disparition, l’envahissement des régions pilaires du tronc.
Voilà les deux conjonctures qui sont à craindre, les deux modalités de la pelade chronique.
La gravité d’une pelade, je l'ai dit, se mesure au nombre relatif des cheveux fragiles sur les plaques. Mais elle peut se mesurer aussi au nombre des plaques secondaires et surtout au bref intervalle de temps qui a séparé leur apparition. On peut résumer en une seule proposition tout cela en disant que dix plaques secondaires nées à quelques Jours d'intervalle entre elles et moins de deux mois après la plaque première, c'est presque la chevelure condamnée d'avance, la pelade totale du cuir chevelu certaine.
Comme traitement, — tout ce que nous avons dit de la plaque unique, de la plaque à cheveux fragiles, est applicable aux plaques secondaires. Mais si le traitement local doit être aussi rigoureux, la prophylaxie, plus difficile, sera mieux surveillée encore. et le pronostic plus réservé.
C'est ici qu’il faudra faire grosse la part du feu, c'est dans ces cas que les bordures d'épilation seront faites larges, quitte à réunir des plaques distantes et à paraître doubler pour un temps les surfaces alopéciques déjà constituées.
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 235
C’est alors aussi que le nombre des frictions antisepliques des régions encore indemnes devra être multiplié en modiliant pour la friction du matin et celle du soir la nature de l’antiseptique employé, de peur d'intoxication; c’est alors enfin qu'il faudra surveiller étroitement les régions encore indemnes et épier «les clairs » que produit la chute d’un cheveu, et les tronçons massués indices d’une plaque nouvelle.
Je me suis trouvé parfaitement bien, pour l’antisepsie générale dans ces cas spéciaux, de l’emploi combiné des deux frictions suivantes: l’une (inflammable) est faite le matin, l’autre (non inflammable), le soir. La première est celle que j'ai déjà conseillée :
%. Acide acétique. . . . . . . . . . . . 4 grammes. Bichlorure de mercure. . . . . . . . 08r,20 Alcool à 90°. . . . . . . . . : . . . 100 grammes. Alcoolat de lavande. . . . . . . . . . 50 — Éthertofficimalt. , +2... ‘50 —
La deuxième est connue sous le nom d’eau d’Alibour et à la formule la suivante :
% Sulfate de zinc. . . . . . . . . . . . 1 grammes. Sulfate de cuivre. 2 — Camphre. ,..": :. :.,. nn... à saturation SAONE ds. Me cl se ee loue à 087,40 Eau distillée. . . . . . . , . ... . . 200 grammes.
(Cette formule pure est irritante; on peut avec avantage l’employer étendue de une.à dix fois son poids d’eau.)
On se demandera pourquoi, après avoir préconisé pour les antiseptiques du cuir chevelu un excipient dissolvant les
1. J'ai vu mille fois que le manuel opératoire de ces frictions est à lui seul plus important que l'agent thérapeutique employé. On sait que les antiseptiques n’agissent que quand ils touchent directement le germe morbide. Or, la graisse normale du cuir chevelu est un obstacle naturel permanent à une antisepsie rigoureuse. C’est pourquoi, quand la chose est possible, je prescris souvent avant la friction du matin une minutieuse friction du cuir chevelu à l’éfher officinal, friction à la brosse et qui doit durer au moins un quart d'heure pour être bien faite. Il est indispensable d'insister dans ce cas sur le danger d'incendie. Aucune lumière quelconque ne doit exister dans la pièce où la friction est faite; Le danger existe encore un quart d'heure après lu friction terminée.
graisses, J'en conseille un qui ne les dissout aucunement. C’est que cette lotion sulfatée agit surtout par le sel métallique qu'elle dépose en séchant sur le cuir chevelu. C’est une imprégnation de l’épiderme par les sulfates, le rendant réfractaire aux pullulations microbiennes comme le sulfatage des vignes les défend contre l’oïdium.
Mais souvent ces moyens préventifs sont impuissants parce qu'ils arrivent trop tard, parce qu'ils ne sont que préventifs et qu'ils demeurent inefficaces contre la lésion une fois semée.
Ainsi ai-je vu des peladiques survenir avec huit où dix petites plaques seules visibles, arriver en quelques semaines, d’abord au sacrifice progressif des cheveux de régions entières, puis ne garder sur la tête que quelques ilots préservés.
Mais, franchement, ces cas sont rares et de plus, dès le premier examen, le [pronostic le plus déplorable peut être posé par le médecin.
Plus son inspection avance, plus il découvre de points nouveaux, inconnus du malade, mais où les cheveux viennent déjà par pincées à la traction. Ces points existent par douzaines. Ailleurs des îlots de cheveux massués dessinent des plaques commencçantes et invisibles.
On comprend que dans de tels cas la prophylaxie locale soit presque impraticable. Elle peut demander l'épilation totale préventive dans les cas les plus graves. Et c’est encore le seul moyen de prévenir une décalvante qui s'établit.
Heureusement, dans le plus grand nombre des cas, les pelades à plaques successives sont moins sérieuses. Il s’agit de six ou sept plaques venues séparément à un ou deux mois d'intervalle chacune, et que par peur ou par incurie le malade s’est efforcé, jusqu'à l'impossible, de dissimuler en «ramenant » au-dessus d’elles les cheveux qui lui restent, — triste méthode de défense! — mais dans ces cas le reste du cuir chevelu sain sera plus facile à défendre, parce qu'il est moins vivement attaqué. Des bordures d'épilation restreintes et des frictions répétées, même à travers les cheveux longs,
pourront y parvenir. Et l’on ne se déciderait à la coupe rase (aux ciseaux) et aux traitements intensifs que si de nouvelles plaques survenaient, ou si les anciennes présentaient de nouveau une bordure de cheveux fragiles.
Quand le médecin se trouve en présence de plaques multiples, les principes qui doivent guider son pronostic et son traitement resteront les mêmes :
1° L'apparition des plaques secondes, plus ou moins prompte après la plaque primitive;
2 L'intervalle plus ou moins bref séparant la naissance des diverses plaques secondes;
3° Leur nombre;
4° Le nombre des cheveux fragiles et des tronçons massués à leur surface.
Pelade aiguë totale. (Décalvante bénigne.)
Nous venons de voir tout à l'heure, dans les pelades à cheveux fragiles en aires multiples successives, le nombre incroyable de plaques secondaires que l’on peut voir naître en quelques jours. Livrée à elle-même, cette forme aboutit à la chute complète, mais relativement passagère, de tous les cheveux de la tête. C’est ce que l’on peut appeler la pelade aiguë totale. Toutes les décalvantes sont graves, celle-là est relativement bénigne.
Dans ces cas, bien que les petites aires nouvelles se mulüiplient rapidement autour de la grande plaque initiale ‘ et qu'on puisse découvrir de nouveaux foyers en quelque sorte chaque jour, chacune de ces aires mettant toujours un temps
1. J'insiste sur ce fait de l'existence dans ces,cas d’une grande plaque alopécique maitresse antérieure à l’alopécie diffuse qui s'établit autour d'elle. C’est l'existence de cette aire absolument glabre qui permet de différencier sûrement la pelade décalvante bénigne dont nous parlons de toutes les alopécies diffuses consécutives aux maladies infectieuses; celles-ci ne présentent jamais d’aire alopécique primitive. Elles sont diffuses d'emblée,
appréciable à se constituer et à s’agrandir, le cuir chevelu présentera pendant six, huit, dix semaines d'innombrables petits points de déglabration plus ou moins complets, plus ou moins circulaires, inégalement distants, donnant à la chevelure l'aspect d’une fourrure mangée aux vers.
Cette déglabration progressive continuera sous les yeux du médecin impuissant à conjurer le désastre. Mais déjà il peut annoncer que cette décalvante sera passagère et bénigne; car, avant la chute complète des troncons peladiques, quelques cheveux blancs seront nés. Ef ces cheveux blancs sont solides.
Bientôt, à mesure que se fera spontanément l'élimination de la chevelure morte, le nombre des cheveux blancs nouveaux s’accroîtra, peu à peu, lentement; puis un jour la germination de tous les cheveux nouveaux s’accomplira, et la tête se recouvrira de cheveux d'un blanc d'argent. Enfin, après quelques semaines encore, au plus quelques mois, ces cheveux blancs reprendront leur couleur primitive, peu à peu, graduellement.
L'évolution totale de cette décalvante aiguë bénigne, consécutive à la formation de foyers secondaires, dans la pelade à cheveux fragiles, dure six à neuf mois environ, un an, avant que la recoloration soit complète.
Si je parle ici de cette forme clinique où le traitement ne peut et ne fait presque rien, parce que, quand l’envahissement total se dessine, il est déjà trop tard pour l’enrayer; si j'en parle, dis-je, c'est surtout pour prévenir les imprudences du malade et du médecin en ce qui concerne le traitement de sa période terminale.
Le plus souvent, quand le cuir chevelu se repeuple, il arrive, lors même qu'il est recouvert presque partout de duvet solide et dense, que de petites plaques en petit nombre, une, deux ou trois, persistent à demeurer glabres. Le malade ni le médecin ne s’en inquiètent, trop heureux de la repousse prompte qu'ils n'attendaient pas. Et cependant, ces petites plaques sont un reliquat actif de la maladie, et c’est un gage assuré de récidives pour l'avenir. Il faut de toute nécessité,
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dans des cas semblables, continuer sur la surface de ces plaques les applications irritantes préconisées contre les plaques jeunes, et cela sans préjudice des frictions totales, jusqu'à réintégration absolue de la chevelure.
Pelades à récidives perpétuelles.
Certains malades, après une ou plusieurs atteintes de pelade grave, à aires immenses, à réparation lente, se voient enfin délivrés de leur infirmité par une repousse presque complète. Bientôt leur joie est interrompue par la survenue d’une plaque nouvelle, puis d’une autre, et désormais pendant dix ans, pendant vingt ans, pendant trente ans, comme j'en ai eu des exemples, ces malades seront en proie à de perpétuelles récidives. À peine une plaque guérit-elle qu’une autre commence. Et toujours de nombreux « clairs » annoncent des points nouveaux.
Tous les malades qui présentent ces exemples de pelade à perpétuelles récidives sont des nerveux, des hypochondriaques, des neurasthéniques, des désespérés.
Tous ont vu tous les spécialistes de leur pays; tous ont remarqué l'influence néfaste de leurs chagrins, ou des accidents de leur vie sur l'apparition des plaques nouvelles. Tous enfin sont des malades difficiles, sceptiques et incrédules, ayant leurs médicaments préférés, la haine de certains autres, etc. Ils sont surtout mauvais malades en ce qu'ils ne peuvent suivre avec constance quelque traitement que ce soil.
Quand on étudie leur histoire, on voit invariablement que leur première plaque a été traitée sans qu'on s’inquiétât de préserver le reste du cuir chevelu par une prophylaxie intelligente ou même quelconque.
D’autres ont cru, après trois mois de soins, avoir réalisé une antisepsie générale suffisante.
L'’endémie peladique du tégument, dont nous parlions plus haut, s’est établie tout à son aise. Et ils portent désormais sur eux assez de germes pour établir en tous points de leur cuir chevelu un réensemencement permanent.
Ici un seul cheveu manque : il est réduit à sa racine visible dans le follicule. Et autour de lui quatre ou cinq poils sont massués, avec la forme peladique type. Ailleurs, on trouve dix ou douze poils tronçonnés. Là encore, cinq ou six autour d’orifices pilaires veufs. Et le malade porte en tels points ces lésions, comme d’autres semblables, ailleurs, depuis vingt ans.
A ces malades spéciaux, il faut expliquer minutieusement tout le détail de leur traitement, pourquoi celui qu'ils ont fait ne pouvait pas réussir, comment, avec les mêmes médicaments appliqués autrement, ils obtiendront d’autres résultats. C’est la méthode etla constance qui leur manquent. Il fautleur tracer tous les temps de leur traitement : à telle heure, telle friction, pratiquée à la brosse; le soir, telle autre.
Je me suis très bien trouvé des pansements humides nocturnes auxquels beaucoup de gens se soumettent qui ne supporteraient pas le jour le topique le moins visible, le moins odorant.
lei, on le comprend, réveiller les papilles atrophiées ou stupéfiées est secondaire, car les plaques chez ces sujets ne demeurent jamais longtemps déglabrées. Ce qui importe, c’est de prévenir les réinoculations. C’est donc l’antisepsie totale de leur cuir chevelu qu'il faut pratiquer.
Tous les antiseptiques, à la dose chirurgicalement employée : biiodure, sublimé, acide phénique, peuvent être utilisés dans ce but; il en serait de même des essences ( Wntergreen, cannelle, térébenthine, etc.), si le malade peut supporter leur odeur.
Les cheveux sont tenus ras; sur les cheveux on pose à plat un /int fin imbibé de la solution antiseptique, on recouvre le tout d’un bonnet de bain *.
1. J'insiste sur ce fait que, dans le cas de pansements humides nocturnes, il
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 241
Le lendemain matin, friction et séchage avec une solution alcoolique.
J'ai employé ainsi avec succès le chlorure de chaux à une dose variable suivant les individus et qui se formule ainsi :
S ; Chlorure de chaux. . . . 20 grammes.
9 si ; de SR NE distillée es LL 200 —
Le malade commence d'abord par essayer un pansement humide fait avec la dilution suivante :
Eau pure. . . . . . . . un demi-litre.
Solution mère . . . . . une cuillerée à bouche.
Chaque soir, il augmente cette dose d’une cuillerée à café, jusqu’à ce qu'il rencontre sa dose limite.
La teinture d'iode diluée, le coton iodé appliqué sous un pansement imperméable, l’iode en solution aqueuse iodoiodurée, dont j'espérais de bons résultats, ne m'ont pas donné ce que j'attendais, ni dans cette forme ni dans aucune forme de pelade. J’en excepte l'excellente formule suivante où l’iode est associé à l’acide phénique :
% Teinture d'iode. . . +. . . . . . .
Acide phénique cristallisable. . . . . | parties égales. Hydrate de chloral..
M. s. a. (Broco.)
Tous les malades atteints de pelade à rechutes perpétuelles invoquent l'influence des ébranlements nerveux sur la production de leurs plaques nouvelles. Ce qui diminue la valeur de leurs affirmations, c’est qu'ils ne sont hypochondriaques et névrosés que depuis que leur pelade est constituée comme infirmité.
Cependant, aller avec certains auteurs Jusqu'à nier l’influence nerveuse sur l'intensité des récidives serait dépasser faut toujours se servir de solutions émettant des vapeurs antiseptiques. Exemples : chlorure de chaux, acide phénique, essences, aldéhyde formique, mais non pas de solutions sans vapeur, telles que Îes solutions sublimces.
notre pensée. Proscrire les douches en affirmant, ce qui est vrai, que jamais une douche n'a tué un microbe, nous paraît une pratique à priori systématique et mauvaise.
Outre que ces peladiques, de par leur état nerveux, peuvent tirer grand bien de l’hydrothérapie, tant que nous n’aurons pas reconstitué expérimentalement la pelade sur l'animal, nous ignorerons la part du système nerveux dans le phénomène de la dépilation et nous ne serons pas en droit d'éliminer toute une classe thérapeutique sans expérience préalable.
De plus, et bien que je sois partisan convaincu de la nature foujours parasitaire de la pelade, j'ai remarqué, à titre de coïncidence, certaines rechutes peladiques après ébranlement nerveux incontestable (accidents de voiture, chute de cheval, mort violente d’un proche parent, etc.), qui m’empêcheraient de nier absolument l'influence du système nerveux dans la marche de la maladie. Nous avons, du reste, dans la dermatologie et dans la médecine générale, des exemples analogues de l'influence manifeste du système nerveux sur la marche des maladies même démontrées parasitaires.
Malgré cette observation, le traitement de ces pelades récidivantes me paraît reposer, au fond, sur la seule antisepsie locale.
Mais je crois que la médecine dermatologique aurait beaucoup à apprendre dans ces cas de nos chirurgiens. C'est comme ils pratiquent l’antisepsie de la peau que l’antisepsie du cuir chevelu doit être tentée, et non pas en essayant par quelques frictions bimensuelles les vertus microbicides 2x vitro de tel ou tel agent thérapeutique nouvellement préconisé.
Est-il utile d'ajouter à ce qui précède que, dans cette forme de pelade, chaque point peladique nouveau doit être traité séparément comme toute plaque peladique vulgaire, sans quoi chacun d'eux pourra suffire au réensemencement du cuir chevelu nettoyé?
Beaucoup de patience est à demander au malade et beaucoup aussi au médecin de ces mauvais malades.
Généralement, avec deux ans de soins continus, on devra
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 243
arriver à la guérison. Et déjà, nous pouvons remarquer que des pelades de ce genre, si obsédantes pourtant pour le sujet qui les porte, sont infiniment moins graves comme pronostic que les décalvantes.
Dans les deux cas cependant, l'infection totale, endémique, du cuir chevelu, est constituée. Mais, du fait de la virulence moindre du parasite, ou, au contraire, du fait de la résistance propre des papilles, — du fait du germe ou du fait du terrain, — toute la chevelure n’est jamais perdue. Et la dépilation, que nous verrons permanente dans la décalvante chronique, n’est que disséminée et passagère dans la pelade aux perpéluelles récidives.
Pelade de la barbe.
La pelade primitive de la barbe est presque aussi fréquente chez l’homme que la pelade du cuir chevelu. Elle n’est pas absolument identique à celle du cuir chevelu en tous ses caractères, et il importe de signaler ses symptômes spéciaux peu connus, utiles à connaître au point de vue du diagnostic, du pronostic et du traitement.
Dans la pelade de la barbe, le cheveu fragile massué manque absolument dans la grande majorité des cas. Il manque même au premier début d’une plaque, même au pourtour de plaques dont l'accroissement journalier est évident.
Cette différence n’est du reste pas essentielle; la pelade de la barbe survient surtout chez les gens qui se rasent et qui se font raser. Il n'est pas étonnant, dès lors, de ne pas rencontrer chez eux de cheveu peladique massué, puisque ce tronçon de forme spéciale demande au moins une longueur de 3 millimètres pour être reconnaissable.
Toutes les fois que j'ai rencontré dans la barbe le cheveu massué peladique, il avait 10 et 15 millimètres de longueur,
et son atrophie progressive portait au moins sur les trois quarts de sa longueur. Il semble donc que le processus atrophique du poil de la barbe demande un plus long temps pour s'établir que le même processus du cheveu. Dès lors, même sur des poils de 5 millimètres de long, dans toute cette longueur le poil pourrait apparaître comme un follet, et, manquant de sa massue terminale, ne pas être reconnu.
Quoi qu’il en soit, la plaque peladique de la barbe n’affecte que deux formes très nettes, très tranchées : ou bien la plaque tégumentaire est rigoureusement glabre et parait même avoir une tendance atrophique marquée; ou bien, au contraire, la plaque est recouverte de poils grêles, décolorés, mais d’une adhérence à la peau très grande. Leur épilation cause une douleur vive.
Ce sont là deux formes morbides distinctes. Je crois bien qu'il s’agit toujours de la même maladie, mais ayant présenté une virulence différente.
Dans le cas de la plaque glabre, cette plaque persistera sur place trois ou quatre fois plus longtemps qu’elle n’eût duré au cuir chevelu, C’est au bout de huit, dix et douze mois seulement qu’elle se recouvrira de poils follets qui, lentement aussi, reprendront les caractères des poils adultes.
La seconde forme, où la dépilation est aussi peu marquée que possible, où la plaque paraît formée de poils grêles et décolorés se substituant presque sans transition aux poils sains, fait le plus ordinairement faire une grave erreur de pronostic et de traitement.
Le médecin, se basant sur ce qui est de règle au cuir chevelu, annonce une guérison prochaine; c'est une grave erreur. A la barbe, des plaques, même entièrement couvertes de poils de repousse grèles etanormaux, peuvent continuer de s'étendre par la périphérie, et cela pendant fort longtemps.
Dans les pelades de la barbe, il ne faut done aucunement se baser sur l’état de repousse apparente pour préjuger la date antérieure et l’évolution ultérieure d’une plaque pela-
dique.
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 245
Une plaque peut être d'origine récente, elle peut être en accroissement actuel, bien qu'étant couverte de poils de repousse.
Au point de vue du traitement, cela est très important; car il n'y à qu'un moyen effectif d'arrêter une pelade de la barbe en accroissement, c’est l'épilation large de sa bordure. Or, en considérant les poils de repousse, on peut différer, à
grand tort, une épilation nécessaire, à laquelle on sera conduit
dans la suite en s'apercevant d’une augmentation des lésions qu'il eût été facile d’enrayer plus tôt.
Donc, deux grandes catégorisations à faire dans les pelades de la barbe :
1° Les pelades glabres à allure atrophique ;
2° Les pelades couverte de poils de repousse et qui continuent de s’accroître en dépit de toute apparence.
Les premières sont infiniment rebelles aux traitements.
Les secondes sont moins tenaces, à condition que leur extension soit enrayée.
Quant au traitement des plaques, il est le même que partout ailleurs. Les irritants sont toujours les seuls médicaments actifs.
Ici, je donne nettement la préférence entre tous au sublime acide alcoolique, à doses caustiques.
Les applications suivantes seront recommandées aux malades assez intelligents pour ne point mal user de leur médicament.
Tous les jours ou tous les deux jours, application très légère au pinceau de la mixture suivante :
HISUDNMEÉ A D: 2. — 1 gramme.
ACITO ACÉTIQUE | — AICOONa JO . ..- 20 grammes.
L'irritation que l’on cherchera ne pourra être que très légère, sous peine d'être très visible. On pourra dissimuler la rougeur visible de la plaque en traitement par des fards dont
les pâtes à l’oxyde de zinc sont toujours la baseet auxquelles sont incorporés suivant le cas un peu d’indigo et de carmin pour que la pâte appliquée en mince couche ait le ton de la chair voisine et le piqueté bleu de la barbe rase.
Ces préparations, dont on ne peut indiquer la formule, variable pour chaque individu, sont faites soit par le pharmacien, soit par les coiffeurs fabricant les postiches, et sont obtenues par tâtonnements, en faisant l’essai immédiat sur le patient.
Ordinairement, la pelade de la barbe comme celle du cuir chevelu est constituée au début par une aire unique. Cependant il est moins rare ici d'observer plusieurs aires coexistantes, évidemment inoculées ensemble au même rasage.
Leurs réinoculations (plaques secondes) à la barbe sont très fréquentes chez les malades qui continuent à se raser.
Pour y obvier, on recommandera à ces malades le procédé dit de la rasure juive, où les poils sont coupés exactement au ras de la peau avec des ciseaux fins. Cette opération, suivie d’une lotion antiseptique analogue à celle que nous avons formulée plus haut, permet le plus souvent d'éviter les plaques secondes.
Mais on conçoit que toute intervention locale, avec un instrument quelconque, capable de créer des effractions, soit une occasion d'inoculations nouvelles. Aussi le médecin doit-il toujours les prévoir. Elles sont toujours moins évitables à la barbe qu'au cuir chevelu, et pour ces raisons.
La pelade de la barbe en l'absence d’une prophylaxie locale sévère est souvent la cause d’inoculations secondaires au cuir chevelu, et l'inverse se voit aussi.
Dans toute pelade de la barbe, l’antisepsie du cuir chevelu s'impose done, et réciproquement. Pour tout le reste de son évolution, la pelade de la barbe est entièrement comparable à la pelade du cuir chevelu. Aussi nous abstiendrons-nous de parler des diverses indications de traitement qu’elle peut comporter, pour éviter les répétitions.
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 247
Pelade des sourcils.
La pelade des sourcils est toujours secondaire à une pelade primitive de la barbe ou de la chevelure.
Ou bien le sourcil se trouve atteint par une plaque vraie à bords nets, c’est quand l'incident survient au cours d'une pelade bénigne en aires successives; ou bien le sourcil tombe par une alopécie diffuse progressive, c’est ce que l’on observe dans les décalvantes. Dans les deux cas, le traitement est identique. C’est toujours un irritant, — à doses modiques, — car le tégument de la région est sensible. Le type de la formule à choisir et à modifier suivant la susceptibilité du patient est celle qu’a préconisée mon vénéré maître E. Besnier :
% Acide acétique . . . . . . .. . . 3 à 5 grammes. DANS EME N ARENA 30 — CRIER 5 — M. s. a.
et dont les applications (au pinceau) seront renouvelées aussi fréquemment que possible pour entretenir l’irritation permanente.
Le pronostic de ces deux formes est absolument dissemblable. La forme en aires, danslaquelle la délimitation entre la partie saine et la partie malade est nette, est une forme bénigne à guérison certaine.
La forme diffuse accompagnant une pelade chronique décalvante a le pronostic même du syndrome qu’elle accompagne.
Pelade des cils.
Dans la pelade décalvante totale, les eils tombent entièrement, comme les sourcils. Et là encore il s’agit d’une chute
définitive ou du moins de guérison lente et incertaine. Mais J'ai observé à titre d'exception rare, accompagnant une pelade bénigne à plusieurs aires, une déglabration limitée à une paupière, et même à une moitié de son bord libre. Cette dépilation qui correspond à la pelade en aire du soureil a été comme celle-ci d’allure bénigne.
Traitement : cautérisations locales avec un bois d’allumette trempé d'acide acélique pur.
Pelades totales. — Pelades décalvantes graves.
On peut faire sur la pathogénie et l’étiologie des pelades graves toutes les hypothèses que l’on voudra, invoquer la part prépondérante des causes les plus difficiles à établir et en particulier le rôle exclusif du système nerveux dans leur genèse; ce qui est cliniquement de confirmation constante, c’est que ces pelades décalvantes totales ont commencé comme les pelades vulqaires par une seule petite tache glabre. Cette tache est restée plus ou moins longtemps stationnaire, puis d’autres (plaques secondaires) sont survenues, ont grandi, quelquesunes sont arrivées à coalescence, dessinant déjà de très grandes aires déglabrées. Enfin un moment est venu où tous les cheveux restés se sont éclaireis et sont tombés en quelques semaines, après avoir subi les altérations atrophiques du poil si caractéristiques de la pelade.
Aucune différence visible, par conséquent, entre le mode de début et de formation dansles pelades graves et dans les pelades bénignes. Leur seule marche ultérieure les distinguera.
Pour nous, au nom de la clinique, de l'anatomie pathologique, et nous oserions presque ajouter déjà au nom de la bactériologie, toutes les formes de la pelade sont identiques, contagieuses et microbiennes, et jusqu'ici, au point de vue thérapeutique, justiciables des mêmes traitements.
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 249
Mais, plus que jamais, c’est ici le lieu de le répéter, toutes les modalités diverses de la pelade que nous étudions, depuis les plaques secondaires jusqu'aux décalvantes bénignes ou graves, sont des accidents dus au malade ou au médecin. On peut et on doit les empêcher de se produire. Elles résultent d'un traitement nul ou mal dirigé. Jamais une pelade en aire unique bien soignée ne doit produire de plaques secondes. Jamais les plaques secondes bien traitées et prises à temps ne doivent aboutir à une décalvante bénigne ou grave.
Or, depuis quelques années surtout, à mesure que la médecine prophylactique prend conscience de ses facultés et de son rôle, on se rend de mieux en mieux compte qu'il est facile d'empêcher de se produire des accidents contre lesquels une fois produits on demeurera impuissant.
C'est ici l’un des exemples les plus nets de cette règle. Il est possible d'empêcher une décalvante de se produire. Et quand elle est constituée, l’action de tout agent thérapeutique quel qu’il soit est à peu près nulle.
Examinons du moins ce qu'on peut faire dans une pelade totale déjà constituée, quel traitement, en l'absence de résultat démonstratif, est le plus logique et le plus rationnel. — Ce traitement, nos modes d'investigation actuels peuvent servir à l’établir. Car l’histologie pathologique, en dehors de l'hypertrophieénorme desglandes sébacées, toujours consécutive à la disparition du poil dont cette glande était l’annexe, l’histologie, dis-je, permet d'observer dans les pelades décalvantes les mêmes lésions, aux mêmes périodes, que dans la pelade qui vient de se constituer.
On peut donc en inférer que la pelade décalvante est une lésion active encore, quoique chronique. Donc les seuls moyens d'action que nousavons contre les pelades normales, l’antisepsie continueet l’irritationtégumentaire, sont les seuls moyens ralionnels aussi dans les pelades décalvantes.
Je pourrais défendre ici par beaucoup de considérations et de multiples arguments ce que je viens d'affirmer, l'identité pleine et entière de toutes les pelades, qui est, je crois, un
point discuté, surtout en l'absence d’études histologiques du sujet. Je n'y insisterai pas ici.
La thérapeutique des décalvantes reste done celle des pelades en général. Mais dans ces cas nous n’avons plus à craindre le transport de germes morbides sur des parties encore saines, puisqu il n'y a plus de parties saines.
Les savonnages et les savonnages multipliés nous paraissent donc de rigueur.
En outre, et ceci est un fait certain, la disparition du poil ayant pour conséquence immédiate et absolue l’hypertrophie énorme des glandes sébacées et l'augmentation de leur sécrétion, ce savonnage devra être fait au savon noir qui dégraisse plus activement les follicules et déterge plus complètement la surface malade. On peut employer dans le même but les frictions à l’éfher de pétrole rectifñié, ou à l’éfher sulfurique officinal, ou à la benzine rectifiée pure.
Les lotions su/fatées, les lotions anniques, stypliques et astringentes agiront dans le même sens, outre leur pouvoir propre microbicide.
Enfin, il est un moyen excellent de nettoyer les infundibula pilaires, un moyen meilleur que tous les savonnages et que nous utilisons souvent dans ces cas. Nous le décrirons avec soin parce qu'il n’est décrit nulle part.
Il s’agit de revêtir le cuir chevelu entier d'une couche épaisse de collodion et de l'enlever d’une seule pièce.
L'adhérence de la couche profonde du collodion enlève d’un seul coup tous les déchets pilaires et épidermiques encombrant les orifices du tégument.
Pour cela, on prend environ 80 ou 90 grammes d’un collodion médicinal faiblement riciné, et l’on recouvre d’abord par friction dure, d’une pellicule mince de collodion, la surface entière du cuir chevelu jusqu’au front et jusqu'à la nuque.
Cette pellicule une fois sèche, on ajoute des couches successives et de plus en plus épaisses de collodion, qui joue ici le rôle d’une matière emplastique. Quand ces 80 grammes
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sont bien répartis exactement sur toute la surface, l'épaisseur de la calotte est suffisante.
Dès qu’elle est sèche, c’est-à-dire un quart d'heure après, on dégage d’abord tout le pourtour de la peau, par tractions lentes, comme on dégage la peau adhérente à un appareil plâtré. Sitôt que la partie dégagée de la calotte est suffisante, on la retourne comme un gant, et par des tractions ménagées sur elle, on l’enlève d’une seule pièce.
Si l’on regarde alors sa couche profonde, on sera surpris de la quantité invraisemblable de déchets de toutes sortes dont elle s’est chargée.
Une bonne friction à la feënture d’iode mélangée d’éther à parties égales complétera l'opération de nettoyage par une antisepsie locale aussi rigoureuse que possible. Cette opération peut être renouvelée chaque semaine.
Cependant, même en usant de ce traitement, il ne sera pas inutile de recourir aux frictions irritantes. On pourra pour cela se servir de la solution éthérée et alcoolique de sublimé acétique que nous avons préconisée déjà et dans laquelle on élèvera progressivement le taux d'acide acétique de la formule jusqu’au point où la douleur deviendrait insupportable.
Ce taux est le plus souvent fort élevé. Car ces cuirs chevelus, toujours fort gras, sont difficilement attaquables, et jen ai vu supporter de l'acide acétique cristallisable dilué seulement à moitié d'alcool et éther suivant la formule sui-
vante :
% Sublimé. . . . . . . . . . 0sr,20 Acide acétique cristallisable. 100 grammes.
Éther sulfurique. . . . . . 50 — Acool à 90°, . . . . . . . 50 — M. s. a.
Cependant une telle formule est rarement utilisable. On ne doit l’établir que sur les indications que fournit l’expérience pour chaque malade en particulier.
Pour cette pelade comme pour les autres, c’est toujours
le vieux mot de E. Vidal qui doit guider : « Maintenir toujours les plaques chauves légèrement rouges et légèrement douloureuses au toucher. »
Quant aux résultats du traitement, ils sont tels qu’en aucun cas il n’est possible de poser un pronostic ferme; car l’expérience de chaque jour montre les événements les moins possibles à prévoir.
Entre la pelade décalvante bénigne d’une part, où la repousse des cheveux blancs est déjà commencée avant que la chute des cheveux morts ne soit complète, et la pelade décalvante grave où le poil du corps a disparu et qui durera des années, voire toute la vie, tous les exemples sont possibles. Et la tendance constante de toutes les formes de pelade aux récidives existe pour cette forme comme pour les autres.
On voit, après des années de traitement inutile, un cuir chevelu avoir gardé le poli du marbre et tout d’un coup, en deux semaines, se couvrir de follets naissants.
Mais ces follets deviendront-ils, et tous et partout, des cheveux adultes?
Souvent cette repousse dessine des plaques permanentes d’alopécie, semence de récidive totale pour plus tard.
D'autres fois, après une repousse apparente, les cheveux qui avaient déjà 2 ou 3 centimètres de long retombent entièrement en deux semaines. Ainsi de suite.
En sorte qu'aucun pronostic médical ferme ne peut être jamais posé. Toujours les récidives sont à craindre, quand même une repousse franche se dessine. Et le plus souvent il ne se produit que des repousses partielles et incomplètes.
Cependant, j'ai vu des pelades entières, des décalvantes totales, marcher d'emblée vers la guérison après trois ou quatre mois à peine de traitement. C’est pourquoi le médecin ne doit jamais décourager le malade, bien au contraire. On ne sait jamais ce que donnera au traitement une pelade décalvante totale abandonnée depuis longtemps. Les résultats sont quelquefois inespérés.
La pelade décalvante bénigne, dont nous avons parlé plus
TRAITEMENT.DES ALOPÉCIES. 253
haut, limite ordinairement sa première attaque au cuir chevelu seul, ou, du moins, il est ordinairement possible de l’enrayer à ce point.
La décalvante grave, au contraire, qu’elle se soit installée d'emblée, ou plus souvent qu’elle soit survenue après une succession d'attaques de plus en plus graves, devient ordinairement totale.
Les parties les plus pilaires du corps se prennent une à une. Quand le cuir chevelu et la barbe sont pris en totalité, les sourcils et les cils se déglabrent peu à peu par alopécie diffuse progressive.
Au pubis, le plus souvent, la déglabration commence par une plaque nettement limitée qui s'agrandit, puis il survient une alopécie diffuse des parties respectées qui, peu à peu, fait disparaître jusqu’au dernier poil. Aux aisselles de même, de même sur le corps, où paraissent d’abord des taches glabres, limitées, et qui finit par ne plus présenter un seul poil.
En résumé, c'est toujours le même processus, l’alopécie en aires, primitive, et ultérieurement l’alopécie diffuse terminale. Et je ne comprends pas l’idée des pathologistes ineriminant l’action nerveuse exclusive dans la pathogénie de l’alopécie totale, alors que partout elle est si nettement consécutive à des alopécies en aires, identiques de forme et d’allure à la pelade qu'ils admettent parasitaire au cuir chevelu.
Il est vrai qu'après le stade premier de taches alopéciques localisées, on voit survenir sur la région une alopécie diffuse périphérique, mais ce phénomène s’observe au cuir chevelu comme sur le corps identiquement.
Et au point de vue clinique comme au point de vue histologique, je ne vois aucune raison plausible pour différencier en entités morbides distinctes une maladie dont tous les stades et tous les actes montrent histologiquement une lésion partout identique, et cliniquement toutes les formes intermédiaires rattachant une modalité à l’autre.
Au point de vue thérapeutique, l'impuissance du médecin est à l'heure présente. totale. Il faut conseiller les frictions
générales alcooliques et excitantes de tout le corps, les liniments /érébenthinés, V'alcoolat de Fioravanti, etc., ete. La thérapeutique reste au cuir chevelu et à la barbe celle de toutes ces formes de la pelade.
Bien que l'impuissance thérapeutique contre la pelade totale soit reconnue par tous aujourd’hui, ce n’est pas à dire que la maladie ne guérisse jamais. Si elle ne guérit presque Jamais complètement, souvent elle présente des intervalles de relâche, et peut-être une médication bien conduite pourrait-elle, à ce moment, prévenir les récidives ultérieures ?
En présence de ces résultats curatifs nuls, le lecteur pourra se demander de quelle utilité pratique est la discussion précédente sur l’unité ou la dualité de la pelade; aucun traitement ne démontrant nettement son action par ses résultats, les hypothèses, quelles qu’elles soient, sont pratiquement injustifiées.
Peut-être cependant la thérapeutique désarmée aujourd’hui pourrait-elle être efficacement armée demain.
Envisageons dans l'avenir le chemin possible de cette question. L’anatomie pathologique appuie nettement l'identité de toutes les pelades graves ou bénignes. Et la clinique montre la nature contagieuse, par conséquent parasitaire, de celles-ci.
D'autre part, si l’on examine la nature des lésions histologiques de la pelade, on est forcé de reconnaître que l'énorme majorité de ces lésions ne signale nulle part la présence actuelle d’un microbe…
Par élimination, on est alors conduit à admettre comme vraisemblable, en dehors d’un stade microbien inconnu, l’existence d’une toxine peladique dont la diffusion intra-tégumentaire et l'évacuation à distance seraient lentes.
La pelade rentrerait donc dans le groupe des maladies microbiennes où, après une action parasitaire transitoire, les lésions relèvent exclusivement de la toxine diffusée (tétanos, diphtérie), et l’on pourrait espérer pour l'avenir la possibilité d'une médication séro-thérapeutique.
Que ce soit là une hypothèse encore bien hardie, nul n'en
TRAITEMENT DES ALOPÉCIES. 255
doutera; mais, dans l'impuissance médicale actuelle, il est permis au moins de se consoler par des rêves.
Prophylaxie de la pelade.
Pour baser une prophylaxie générale de la maladie, il faut récapituler brièvement ce que l’on sait et ce que nous venons d'apprendre de sa contagiosité.
À n'examiner que les faits sans préoccupations doctrinales d'aucune sorte, on conclura de l'observation quotidienne :
1° Que sur un sujet atteint de pelade, la prophylaxie est très difficile; qu'en l'absence de traitement bien dirigé, les auto-inoculations sont de règle;
2° Que la transmission de la maladie d’un individu à un autre est bien moins facile, plus rare, plus irrégulière et de moyens moins connus;
3° Que les épidémies de pelade que l’on a observées avaient toutes pour siège un collège ou une caserne;
4° Que dans les familles de peladiques, la contagion est très rarement observée, à peine une fois ou deux sur cent cas;
5° Que la transmission de la maladie, dans une ville, semble bien due à la contamination par l'intermédiaire du coiffeur.
Ces faits sont constants, d'observation unanime, et je crois qu'il ne se trouverait pas à Paris un dermatologiste pour les démentir. Je ne les discuterai donc pas et je passerai de suite à leurs conclusions pratiques.
La première des conclusions qui découlent des faits précédents est la nécessité des soins prophylactiques du malade une fois alteint de pelade, soins destinés à prévenir, non pas a contagion d'autrui, mais la contagion de lui-même par luimême. Cette prophylaxie spéciale, 11 n'est pas une des pages qui précèdent qui n’en ait affirmé la nécessité et indiqué les moyens. Elle fait partie intégrante et première du traitement
de la pelade. Nous y avons assez insisté pour ne plus y revenir désormais.
La deuxième conclusion est la nécessité d’une prophylaxie sévère dans les collèges et les casernes, les seuls foyers d'épidémies véritables de pelade. Je vais y revenir tout à l'heure.
Sans vouloir négliger des préceptes désormais courants d'hygiène privée, je serai bien moins strict dans la prophylaxie familiale de la pelade.
Quant aux préceptes d'hygiène publique qui devraient enrayer l’endémie peladique actuelle, je crois devoir leur réserver la première place et je vais en parler de suite.