‹ Traité de thérapeutique appliquée (volume 3)Chapitre 56 sur 111 · À. — PROPHYLAXIE DANS LA VILLE · texte numérisé non relu

À. — PROPHYLAXIE DANS LA VILLE

Il faut toujours atteindre un contage régnant, et dont l’endémicité est reconnue, dans ses centres de production et de reproduction. Nous avons dit que les coiffeurs étaient presque les seuls fauteurs d’épidémie en ce qui concerne la pelade. La prophylaxie urbaine de la pelade concerne donc exclusivement les améliorations à apporter dans l'exercice de cette profession.

Il n’en est presque pas où les préceptes d'hygiène, désormais vulgaires, et même les préceptes de propreté simple soient moins respectés. Or, la population entière d’une ville passe chez les coiffeurs; elle est, au point de vue des maladies contagieuses du cuir chevelu, à leur merci.

Je n'ai pas besoin d’insister sur le danger que peuvent présenter au point de vue hygiénique les peignes et brosses banals, les rasoirs, les ciseaux, les tondeuses, les houppes à poudres de riz, ete. Et l'éponge, commune encore chez beaucoup de coiffeurs, qui sert à essuyer la tête de tous les clients après l’ablution qui suit le schampoing!

De suite j'écarte une objection qui est faite mille fois pour une et qui n'a aucune valeur : « J'ai chez le coiffeur tous mes outils à moi, et ils ne servent que pour moi. »

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D'abord, laisser ses peignes, brosses, ete., chez le coiffeur, c’est, à mon avis, s’exposer grandement à ce qu'ils servent à tout le monde. Mais laissons cela et supposons vrai ce qui n'est le plus souvent que théorique : que les peignes, brosses et accessoires qui appartiennent à un client ne soient mis en usage que pour lui. Suivons l'usage qui en sera fait.

Si une tondeuse pince ou coupe mal, on la remplace aussitôt par la tondeuse banale, ou bien on la graisse avec un pinceau huileux qui a graissé toutes les tondeuses précédentes.

Quand on s’est servi du peigne fin, on le nettoie aussitôt avec une brosse ad hoc, que presque jamais le client ne s’est procurée et qui nettoie semblablement tous les peignes fins de l’établissement.

Et puis tous les instruments quelconques, spéciaux à chaque client, sont déposés sur des tables sales, lavées au plus une fois par Jour; ils sont éparpillés çà et là parmi les peignes et les brosses banals.

En vérité, dans ces conditions, importe-t-il beaucoup d’avoir ou non ses instruments chez le coiffeur, puisqu'ils sont nettoyés et touchés à chaque instant par d’autres qui sont banals ?

Il est étrange que, dans un temps où la propreté chirurgicale est devenue si justement minutieuse, on comprenne si mal ce que doit être la propreté des professions qui touchent immédiatement le corps de tout le monde.

On objecte à ce fait l'impossibilité d'une législation. À supposer décrétés le nettoyage et la stérilisation de tous les instruments entre chaque client, — qui pourra vérifier si cette stérilisation est vraiment faite? Il faudra instituer un corps de vérificateurs comme pour les fabricants de poids et mesures? C'est impraticable. D'ailleurs il faut bien savoir que cette stérilisation n’est pas facile.

Nombre de coiffeurs, sous ia pression de l'opinion publique, ont cherché un moyen de stériliser leurs instruments. [ls ont abouti à des manœuvres illusoires, sans valeur. S'ils cherchent à donner le change à l'opinion, ils peuventréussir, mais

aucun homme sachant ce que doit être la stérilisation d’in-

struments tranchants, des éponges et des brosses, ne considé-

rera une seconde leurs essais de stérilisation comme suffi-

sants. Une stérilisation sérieuse estdifficile pour trois raisons : 1° Parce que les outils qu'il s’agit de désinfecter sont gras. 2° Parce qu'ils sont tranchants.

3° Parce qu'ils sont compliqués.

Ils sont gras, el imperméables de ce fait à la plupart des solutions antiseptiques.

Ils sont tranchants, et la plupart des solutions antiseptiques émoussent les tranchants en quelques heures.

Ils sont compliqués. Entre les écrous d’une tondeuse ou les poils d’une brosse, il est des points que trois jours d'immersion dans l'alcool ne stériliseraient pas.

Plus on envisage cette question de salubrité publique, moins on comprend que la réforme à faire puisse être faite par ce côté. Que l’on suppose les moyens de désinfection les plus radicaux et les plus simples : une petite étuve à vapeur à pression instantanée telle que les étuves mobiles municipales; il faudrait encore un manœuvre qui sache les manipulations à faire, ce qu'est un manomètre, etc., et à quoi bon, si celui qui se servira de l'instrument propre a les mains sales?

Je le répète, la réforme à faire ne peut pas se faire de cette facon. — La profession ne se réformera pas toute seule. Il faut que le public la réforme, et le public seul peut le faire.

C'est une habitude nouvelle que le public doit prendre.

Il se sauvegardera lui-même. Il ne faut plus aller chez le coiffeur, il faut faire venir le coiffeur chez soi. Chez soi on aura avec son nécessaire de toilette /ous les instruments nécessaires : rasoirs, tondeuses, ciseaux, éponges et brosses.

La dépense pour ceux qui voudront un arsenal complet est assez forte, mais, une fois faite, définitive. Je ne sais si Je me trompe, mais quand le public saura mieux ce qu'il peut craindre des coiffeurs, — et il le saura dans peu d'années à voir la marche ascendante que suivent les statistiques de

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pelade depuis ces années dernières, c’est là une réforme qui se fera toute seule.

Je ne connais guère de peladiques qui ne se soient décidés sur-le-champ à cette mesure, — pour eux tardive. Là comme toujours on attend son expérience propre pour conclure, sans profiter de l'expérience d'autrui. Mais la peur est un mobile énergique. Je suis convaincu que dans un avenir peu éloigné il agira. Et les besoins du public transformeront la profession et la réformeront sans secousse.

Hors de cette mesure, toute-puissante et seule puissante, — je déclare n’en voir pas une qui vaille la peine de la discussion, Et je trouve même fàâcheux ces essais de désinfection illusoires, parce qu'ils donnent au public la plus fausse sécu-

rité.

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