CHAPITRE XVI
TRAITEMENT DU XANTHOME
PAR
P. AUBERT
Chirurgien de l'Antiquaille.
Considérations générales
Le xanthome est une maladie sur la nature de laquelle on est loin d'être fixé, quoique son histoire ait subi de singulières transformations dans ces dernières années. Les mémoires sur ce sujet sont nombreux, les faits isolés plus nombreux encore et se trouvent disséminés un peu partout. On trouvera desrenseignementsabondants, soit dansles Annales de dermatologie, soit dans les notes étendues et judicieuses de Besnier et Doyon dans la traduction de Kaposi.
Rayer, sous le nom de plaques jaunûâtres des paupières el de plaques jaunes folliculeuses, avait en 1835 figuré le xanthome dans son atlas. Le premier mémoire est celui d'Addison el Gull (1851) sous le nom de vitiligoïdea. La mème maladie a été décrite en 1867 par S. Wilson et en 1869 par Frank Smith sous les noms de ranthélasma et de ranthome; c'estee dernier qui est resté. Hutchinson en 1871 à réuni quarante observations et insiste sur les rapports du xanthome avec lictère et les maladies du foie. Chambard, dans les Annales de dermatologie, à poursuivi l'étude de cette question en une série de mémoires importants. À mentionner dans le même recueil le
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mémoire de Besnier (1889) sur le xanthome glycosurique intermittent, celui d'Hallopeau (1892) sur la nature du xanthome, celui de Tôrôk (1893) sur le même sujet.
Cliniquement le xanthome se manifeste sous forme de taches, de nodosités, papules ou tubercules, ou même de véritables tumeurs, de teinte jaunâtre chamois, feuille morte, beurre frais, etc. Cette teinte peut être masquée ettourner au rose par le développement vasculaire, mais la pression du doigt révèle alors la couleur réelle. Si tout xanthome n'est pas jaune, tout ce quiestjaune n’est pas xanthome; le milium, l'urticaire versicolore peuvent prêter à la confusion.
La localisation la plus fréquente, souvent unique, est celle des paupières près de leur angle interne sous forme de tache ou de petits grains. En dehors de ce siège des taches, papules, tumeurs peuvent se rencontrer partout, mais ont une prédilection pour les saillies des coudes, des genoux, des doigts, pour les plis de flexion, la paume des mains et la plante des pieds sous forme de trainées ponctuées. Les muqueuses de la bouche, du tube digestif, des voies biliaires, les séreuses, Les artères, l'endocarde, les organes internes peuvent également être envahis.
Les coexistences pathologiques les plus souvent signalées sont l'ictère et le diabète.
En dehors de sa constatation, de la gène fonctionnelle que quelques éléments plus volumineux ou mal placés peuvent causer, le xanthome ne donne lieu à aucun symptôme; les formes diabétiques peuvent cependant être le siège de prurit et de brûlure.
Certaines localisations en lignes sur les trajets nerveux, ou en demi-ceinture, zostériformes; la coexistence avec des nævi ou le développement sur des nævi (fait de Kübner); la coexistence signalée quelquefois chez plusieurs personnes de la même famille, parents et enfants, frères; le début noté parfois dans l’enfance et dans la vie intra-utérine, ont conduit à considérer les xanthomes comme étant des néoplasies bénignes, d’origine embryonnaire, à rapprocher des nævi.
Dans cette hypothèse émise en Allemagne par Touton et Kübner, soutenue en France par Hallopeau (1893), l'ictère, au lieu de jouer un rôle étiologique dans la formation du xanthome comme on le croyait autrefois, serait lié lui-même à l'existence dans les voies biliaires d'éléments analogues à ceux de la peau et dépendant comme ceux-ci d'une même cause générale. Hallopeau a émis l'hypothèse que la coexistence du diabète pouvait peut-être s'expliquer par une localisation pancréalique du xanthome.
Tôrôk, dans un important mémoire (1893), a soutenu avec quelques modifications des idées analogues et admet trois types : le xanthome vulgaire, le xanthome élastique, le xanthome des glycosuriques. I englobe dans le zanthome vulgaire des formes en taches, en papules ou en tumeurs, comme répondant à un même processus pathologique. Ce processus consiste dans le développement des cellules xanthomateuses déjà décrites par Chambard et dont Türük donne l'interprétation suivante. Ce sont des cellules du tissu adipeux physiologique, à noyaux multiples, en voie de formation, qui restent arrêtées dans leur évolution à cause de leur siège. Le xanthome vulgaire doit donc être considéré comme une anomalie de formation produite sous l'influence de conditions héréditaires et congénitales, par la prolifération de cellules connectives et leur transformation en cellules adipeuses en des endroits qui sont normalement dépourvus de graisse.
Le zanthome élastique ({ype de Balzer) est une espèce rare dans laquelle lhypertrophie porte sur le lissu élastique qui forme des pelotons confluents à grosses fibres qui gardent leur continuité ou qui peuvent s'émietter el se segmenter.
Le zanthome des diabétiques serail aussi une espèce dislincte. Cliniquement il diffère du xanthome vulgaire dont il n'a pas l'évolution lente et la persistance ; c’est un type actif à évolutions et involutions rapides; c'est un va-et-vient de manifestations au lieu de la fixité du xanthome vulgaire; ce xanthome est également plus hyperesthésique, il ne s'accompagne pas d'ictère el ne coexiste pas avec les taches des pau
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pières. Tous les xanthomes diabétiques, du reste, n'ont pas cette mobilité d’allure.
Histologiquement le xanthome diabétique diffère du xanthome vulgaire en ce que sa graisse, au lieu de provenir de cellules adipeuses à évolution enrayée, résulterait d’une dégénérescence granulo-graisseuse des tissus.
Je dois faire observer iei que cette activité du xanthome diabétique s'accorde moins bien avec la théorie qui voit dans le diabète une maladie par ralentissement de la nutrition, qu'avec la théorie soutenue dans ce recueil par Albert Robin et qui établit que chez les diabétiques il y a exagération de tous les actes chimiques de la nutrition générale, suractivité spéciale de certains organes au premier rang desquels figurent le foie et le système nerveux.
Traitement.
À. — La thérapeutique générale du xanthome n’a pas reçu de toutes ces recherches une impulsion nouvelle, et elle en serait plutôt découragée. Quand on admettait que les coliques hépatiques, l’ictère, les lésions du foie étaient une cause provocatrice du xanthome, le traitement s’adressait au foie et lui appliquait les formules ordinaires en usage contre ces maladies; mais du moment que l’ictère, les coliques, les 16sions dépendent du xanthome, on se sent un peu désarmé; car on n'a aucun spécifique contre cette maladie. Sans doute, il est toujours bien de surveiller le régime, de favoriser les selles, d’administrer les alcalins à domicile ou dans les stations. On peut même avec Besnier donner de bonnes doses de térébenthine, jusqu’à 8 à 10 grammes par Jour ; mais on prescrit tout cela avec moins de confiance en songeant au peu d'action qu'ont ces moyens sur les xanthomes visibles de la peau et en craignant qu'ils n’en aient pas davantage sur les xanthomes profonds,
Dans les formes diabétiques, l'indication fondamentale est de traiter le diabète, et l'on se sent ici moins désarmé que chez les hépatiques.
B.— Localement, il est légitime d'enlever ou de détruire les lésions qui par leur siège ou leur volume peuvent troubler une fonction, les nodules des orifices du nez par exemple, ou les tameurs des coudes et des genoux. L'électro ou l'igni-puncture peuvent réduire des lésions de petit volume. Pour les tumeurs, l’extirpalion vaut mieux. L'antisepsie permet de faire, même chez les diabétiques, surtout si le diabète a 616 préalablement amélioré, ces opérations avec sécurité. La disparition spontanée possible des manifestations chez les diabétiques doit faire ajourner chez eux toute opération qui ne serait pas urgente, et en matière de xanthome l'urgence est rare,
[ne faut pas oublier que le xanthome en tumeurs a parfois des prolongements profonds ; dans l'observation de Carry (1880), la première de ce type, la dissection fut assez laborieuse ; en pareil cas, comme il s'agit ici de néoplasies bénignes,nous préférerions laisser quelques parcelles de la tumeur.
D'autres moyens de destruction ont été proposés et employés, soit la curette, soit les emplûtres à l'acide salicylique au ÿ° appliqués pendant deux ou trois jours et renouvelés (Prince-Morrow), soit enfin Le co/lodion au sublimé à 40 p.100 (Stern-Bluschko).
Il reste encore, en somme, bien des incertitudes dans la thérapeutique du xanthome et bien des obscurilés sur sa nature et sur la cause qui fait évoluer à un moment donné les éléments qui le constituent.
C. — Le xanthome élastique est probablement une espèce distincte, car le tissu élastique par lui-même est jaune et est un des éléments constitutifs de la peau. Pour le reste on serait fort embarassé d'établir une division rationnelle et de dire si les manifestations planes, papuleuses, en tumeur, localisées, généralisées, transitoires, diabétiques, hépatiques, ete., constituent une maladie unique, cequenous serions bien tenté de croire, ou doivent se rattacher à deux ou trois maladies distinctes.