‹ Traité de thérapeutique appliquée (volume 3)Chapitre 80 sur 111 · E. Besnier. — Ann. de dermatologie · texte numérisé non relu

E. Besnier. — Ann. de dermatologie

2. LeLoir. — Journ. des maladies cutanées el syphililiques, 1890.

particulier à l'hôpital Saint-Louis, suivre les résultats obtenus par l'injection de la fameuse lymphe.

Qu'il me soit permis de me féliciter de m'être mis en garde contre l'engouement presque général de 1890 et de m'être refusé à employer la lymphe de Koch avant que son action réellement curative et son absence de danger pour la santé générale du sujet m'eussent été démontrées par l'expérience des autres.

Voici d'ailleurs ce que J'ai écrit! le # décembre 1890 à M. le professeur Brown-Séquard, en réponse à une lettre que cet éminent savant m'avait adressée pour me demander, afin de l'insérer dans les Archives de Physiologie, mon opinion sur le traitement du lupus par la méthode de Koch* :

« À M. le professeur Brown-Séquard, membre de l'Institul.

«Vous m'avez fait l'honneur de me demander mon opinion sur le traitement du lupus par la méthode de Koch. Voici ce que, à mon avis, l'on doit en penser actuellement (# décembre 1890).

« Le traitement de Koch, venant confirmer d'une facon si remarquable la démonstration expérimentale que J'ai faite en 1883 de la nature tuberculeuse du lupus (nature tuberculeuse que je soutiens depuis cette époque malgré l'opposition d'un certain nombre de médecins éminents), vient d'ajouter le eritérium réactionnel (pour ne pas dire thérapeutique) aux divers critériums cliniques, histologiques et expérimentaux, qui prouvent d'une facon péremptoire la nature tuberculeuse de cette affection. Cette démonstration constitue un fait scientifique majeur dans l'histoire du lupus.

« A l'importance de cette découverte au point de vue scientifique et diagnostique, faut-il en adjoindre une autre; la

4. H. Lecorr. — Remarques sur la nature tuberculeuse du lupus et sur son traitement par la lymphe de Koch. Archives de Physiologie, 1890.

2, Étant données nos connaissances nouvelles sur l'action combinée du bacille de Koch, et des agents de la suppuration dans l'évolution du lupus (H. LeLolr, Médecine Moderne, novembre 1890), il serait intéressant de savoir quelle action a ce remède, d'une part sur les lupus modifiés par les agents de la suppuration et d'autre part sur les lupus non modifiés en apparence par lesdits agents.

raleur thérapeutique de la Iymphe de Koch dans le traitement de cette redoutable affection?

« Le traitement de Koch guérit-il le lupus? Al guéri des lupus? Sommes-nous en présence d'un remède spécifique guérissant les tubereuloses cutanées?

« Actuellement, il est impossible de Le dire, parce que le temps écoulé depuis que le traitement de Koch est employé est trop court. Ceux qui ont un peu l'expérience de lévolution du lupus et des surprises que réserve son traitement savent que, pour affirmer qu'un lupus est guéri, il faut des mois, des années d'observation.

« Comme je l'ai montré et dit dans mes leçons sur le lupus, la marche naturelle du lupus est de procéder par à-coups séparés et par récidives. Or, le traitement de Koch ne date que de quelques semaines, Donc, en se plaçant au point de vue clinique, au point de vue scientifique pur, on ne peut pas dire que le traitement de Koch guérit le lupus; car obtiendrait-on une cicatrice d'aspect parfait où l’on ne découvrirait aucun nodule lupeux, l’on ne pourrait pas dire actuellement que le lupus est guéri d'une manière absolue.

«I nous estarrivé souvent en effet de voir des lupeux présenter de belles cicatrices et être atteints quelques mois après d'une récidive. Ces récidives se sont d’ailleurs produites chez plusieurs malades soignés par la méthode de Koch.

« D'autre part, j'ai lu avec soin les observations de lupus traités par la méthode de Koch, et pas une ne constitue jusqu'ici un cas de réelle guérison.

« Le lupusest, dit-on, amélioré. Mais nous savons tous ce que veutdire ce terme : «amélioration » quandils'agit du lupus. Tout le temps qu'il persiste des lupomes dans les tissus, le lupus n'est pas guéri: il faut redouter les récidives plus ou moins profondes, plus où moins intenses.

« Quant à dire que des lupus ulcéreux ont été par ce traitement transformés en lupus non ulcéreux, cela importe peu; car le traitement des lupus non ulcéreux n'est pas moins difficile que celui des lupus ulcéreux, au contraire peut-être.

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« Voici d'ailleurs ce qu'a pu constater, dans son récent voyage à Berlin, un des savants les plus compétents en matière de lupus, le professeur Haslund de Copenhague : il n'a pas vu un seul cas de lupus, parmi ceux qu'on lui présentait comme guéris, qu'il considérerait Iui-même comme guéris*,.

« Cette opinion de Haslund concorde avec les renseignements nombreux que j'ai reçus. Donc actuellement, nous ne pouvons pas plus dire que le traitement de Koch ne guérit pas le lupus que nous pouvons dire qu'il le guérit. Personne ne pourra Je dire avant quelques années, lorsque les malades auront été longuement et minutieusement examinés et suivis,

« Toute autre manière d'agir serait anti-scientifique, anticlinique, et je suis persuadé que tous les dermatologistes, tous ceux qui ont l'expérience du lupus, seront de mon avis. Agir autrement serait faire preuve d'enthousiasme irréfléchi et ferait grand tort à la découverte de Koch, C'est d'ailleurs ce qu'a bien senti cet illustre savant.

« Tout ce qui résulte des inoculations faites jusqu'ici, c'est que le traitement de Koch agit sur le lupus, que sa lymphe a sur cette maladie une action élective et irritative extraordinaire.

« Cette action est-elle curative? Nous n'en savons rien encore

« Actuellement nous devons nous poser les questions suivantes, que seules les années pourront permettre de résoudre :

« 4° Le traitement de Koch guérit-il le lupus? Le guérit-il toujours?

« 2 En combien de Lemps le guéritl?

3 Combien d'injections faut-il? Ces injections sont-elles sans danger pour le sujet, surtout quand elles sont répétées? « 4° Quel est l'état de la cicatrice obtenue par ce traitement?

« 5° Quelle est la fréquence des récidives? Car, quand la

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