CHAPITRE XXVII
PAR
H. HALLOPEAU
Médecin de l'hôpital Saint-Louis, agrégé de la Faculté de Paris, Membre de l'Académie de médecine.
Considérations générales.
Cette dermatose peut être considérée comme un type de maladie parasitaire. On sait en effet, d’une part, qu'elle à pour condition sine qua non l'invasion de l’épiderme par un être vivant, l’acarus scabier, et que, d'autre part, elle se traduit cliniquement, non seulement par le sillon que creuse dans l’épiderme la femelle de l’insecte, mais aussi par diverses lésions inflammatoires dont les causes prochaines sont l’action mécanique du parasite et l’action irritative des produits qu'il sécrète : l'étendue et les caractères de ces lésions secondaires varient essentiellement avec le nombre des acares et surtout avec le mode de réaction variable des sujets.
Les sillons présentent à considérer : une porte d'entrée, constituée, soit par une dépression infundibuliforme de lépiderme, soit par une vésicule; un trajet, le plus souvent un peu flexueux et ponctué, dans lequel l'épiderme est légèrement soulevé; une extrémité terminale ou queue, au niveau de laquelle l’on peut distinguer parfois un point brillant et
réfringent qui n'est autre que l'acare. Il est facile de l'en extraire en dissociant l'épiderme avec la pointe d'une aiguille; on y trouve en même temps les œufs et les fèces de l'animalcule. Assez fréquemment, il se développe, sur le trajet du sillon, une pustule qui le masque en partie. Dans certaines régions, le sillon s'accompagne constamment de lésions irritatives; elles consistent le plus souvent en une élevure avec rougeur et induration du derme sur son trajet; cette élevure peut être allongée suivant la direction du sillon; il en est habituellement ainsi au-devant des aisselles ; d'autres fois, elle est papuleuse. C'est sous cette forme que se présentent les lésions si fréquentes du prépuce et du gland.
Le nombre des sillons varie beaucoup suivant les cas ce n'est parfois qu'avec beaucoup de peine qu'on arrive à en trouver un dans une région qui en est habituellement exempte; d'aucres fois, ils sont nombreux dans les lieux d'élection.
Les altérations secondaires peuvent être de nature très diverse : les plus fréquentes sont l’altération papulo-croûteuse que Besnier appelle eczéma papuleux et à laquelle nous préférons maintenir le nom de prurigo, que lui donnait Hardy, car il nous parait répondre à ses caractères cliniques; souvent aussi l’on observe de l’eczéma vésiculeux, croûleux ou squameux, des pustules d'ecthyma, des lichénifications, parfois des bulles, et, comme complications, des lymphangites, des abeès cutanés ou sous-cutanés, et des adénopathies qui peuvent suppurer.
Ces altérations prédominent dans les lieux d'élection de la maladie, mais on peut les voir s'étendre à la plus grande partie de la surface du corps; la tête demeure indemne, du moins dans la gale vulgaire de nos pays: car dans le cas de gale équine que Besnier a fait connaître récemment, toute la surface du corps était envahie,
Le symptôme dominant de la gale est le prurits il est remarquable par les exaspérations vespérales el nocturnes qu'il présente le plus habituellement; Besnier signale un pru-
rit inconscient dans lequel les malades se grattent sans y être provoqués par des sensations prurigineuses.
Les éruptions secondaires s’effacent généralement en peu de jours après la destruction du parasite ; exceptionnellement elles peuvent persister et mériter ainsi la dénomination de paragaleuses, que leur a données Leloir : elles se présentent le plus souvent sous la forme d’eczéma ou d'ecthyma.
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Indications thérapeutiques.
L'indication essentielle, dans cette maladie, est, en toute évidence, de tuer la parasite. Les médicaments efficaces ne manquent pas; le médecin doit faciliter par des moyens mécaniques leur action sur lacarus, particulièrement sur la femelle et ses œufs cachés dans les sillons ; il lui faut en outre s'adresser à des agents qui, tout en ayant une action certaine sur l’acare, ne provoquent pas une irritalion nuisible du tégument: il doit également avoir en vue les éruptions diverses qu'a pu entrainer la présence de cet agent et enfin combattre directement, dans certains cas, les troubles fonctionnels qui durent généralement jusqu'à la destruction de l’animalcule et peuvent exceplionnellement, comme les éruptions secondaires, persister après lui. Les indications sont donc fournies par la cause, par les lésions et par les symptômes.