CouBx. — Arch. génér. de méd
Les troubles fonctionnels se traduisent tantôt du côté de l'appareil digestif (dyspepsie), tantôt du côté du système nerveux (convulsions, insomnie), ou bien vers la peau (gourmes, urticaire) et vers les muqueuses (bronchite).
Les signes physiques consistent en un développement exagéré du ventre, du tympanisme, et dans l'existence d’un bruit de clapotage facile à reproduire cliniquement.
Le pronostic est sérieux, parce que la dilatation peut persister dans la deuxième enfance et durer même bien au delà, jusqu'à l’âge adulte.
La cause principale et même unique serait l'alimentation grossière ou prématurée, le sevrage brutal, accompli sans transition, etc.
Il est juste d'ajouter que, d’après Comby, la subordination du rachitisme à la dilatation n’est pas directe, immédiate. Ces deux états pathologiques procèdent tous deux d’une cause commune, l'alimentation défectueuse ou insuffisante, mais on ne peut pas dire que la dilatation engendre directement le rachitisme. Comby proteste même contre cette interprétation, à l’occasion de laquelle il se sépare délibérément de l'opinion de Parrot concernant les causes de la grande dystrophie osseuse qu'on appelle Le rachitisme.
Telle est, très brièvement résumée, la conception que l'on se faisait de la dilatation de l'estomac chez l'enfant il y à une quinzaine d'années environ, au début des recherches sur ce sujet. On y retrouve l'influence des idées de Bouchard, qui avait fait sienne l’étude de cette maladie, et la trace de son enseignement, notamment la tendance à subordonner à la constatation purement clinique de l’ectasie gastrique la plupart, sinon la totalité des troubles observés simultanément du côté des différents systèmes, ce qui, naturellement, devait singulièrement charger le tableau séméiologique de la maladie. Nous avons exprimé plus haut, à propos de la dilatation chez l'adulte, les réserves qui nous semblaient commandées sur ce point. Nous devons formuler les mêmes restrictions à propos de la dilatation chez l'enfant, pour laquelle égale-
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ment on a amplifié démesurément les conséquences d’un fait qui, à tout prendre, n’est qu'un accident passager et soumis à une éliologie très facile à comprendre.
La connaissance de cette étiologie, qui se réduit à une seule notion, l'alimentation vicieuse, doit commander le traitement, nous devrions dire plutôt la prophylaxie. Ainsi le médecin doit conseiller l'allaitement naturel et défendre les tétées trop fréquentes, en faisant espacer celles-ci dans des limites raisonnables. Il doit interdire aussi la pratique du biberon et l’usage prématuré des féculents et autres substances indigestes. En général, il y a intérêt à reculer l’époque du sevrage, pour éviter la surcharge de l’estomac lors du changement d'alimentation.
Chez les enfants plus âgés, Comby recommande la diète sèche, et dans certains cas, le lavage de l’estomac.
Plus récemment, la dilatation gastro-intestinale avec dyspepsie chez - l'enfant à fait aussi l’objet de nombreux mémoires. On la considère généralement comme un des aboutissants les plus communs des fautes d'hygiène commises dans le jeune âge. Comme conséquence de celles-ci surviendraient un amoindrissement des opérations chimiques de la digestion, des fermentations anormales liées à ce chimisme imparfait, puis une sorte d’atonie du tube digestif tout entier. Cest à peu près la théorie de Bouchard et de Comby, mais nous ferons remarquer seulement que la dyspepsie joue ici un rôle considérable, peut-être initial, et que la gastro-stase ne saurait plus être envisagée ni traitée à part comme on a pu le faire chez l'adulte, où elle a paru quelquefois constituer toute la maladie.
Aussi le traitement s’adresse-t-1l au moins autant à la dyspepsie qu'à la dilatation, qui ne représente plus qu'un symptôme secondaire et accessoire. C'est ainsi que l’on conseille l'emploi des ferments digestifs pour remédier à l’insuffisance des ferments naturels, entre autres, l'acide chlorhydrique, très usité dans la thérapeutique des enfants. Gillet conseille la solution suivante qui présente un degré de con-
centration à peu près égal à celui du suc gastrique naturel
> Acide chlorhydrique médicinal. . . . 40 centigr. Eau distillée. . . . . . . . . . . . . 100 grammes.
Une cuillerée à café après le repas.
La pancréatine, la pepsine, la maltine sont également des ferments rationnels. Gillet conseille de préférence les élixirs à base d'alcool ou les poudres que l’on peut mélanger à du sucre ou à une confiture.
L'antisepsie intestinale s'obtient, comme chez l'adulte, en partie au moyen du régime, qui doit varier avec l’âge de l'enfant, en partie avec les médicaments qui entravent les fermentations. Avant deux ans, l'enfant doit recevoir exclusivement en boisson du lait, autant que possible stérilisé, trois quarts de litre environ, en quatre prises, régulièrement espacées. Des œufs et des féculents très cuits complètent sa nourriture. Après l’âge de 2 ans, on conseille une alimentation spéciale, d’où l’on exclut autant que possible ce qui peut favoriser les fermentations. Quelques médecins y ajoutent le rationnement étroit et méthodique des boissons, une forme atténuée du régime sec. C’est,en somme, la diététique de la dilatation chez l'adulte, avec quelques adoucissements motivés par l’âge et les exigences de l'estomac, qui n’est pas encore suffisamment éduqué.
Quant aux médicaments de la série antiseptique, ce sont également ceux que l’on emploie chez l'adulte et dont nous avons donné les formules plus haut. Rappelons ici qu'Albert Robin donne la préférence aux fluorures, qui ont la propriété d’entraver les fermentations dues aux bactéries et de respecter celles qui dérivent des ferments non figurés. Une deses formules est la suivante :
% Fluorure d’ammonium,. . . . . . . . 50 centigr. FAT - “OUOBrromimnes.
Dissolvez.
Une cuillerée à dessert ou à bouche deux heures après le repas.
Nous devons ajouter, en manière de post-scriptum, que J. Comby a repris cette question de la dilatation stomacale chez l'enfant dans un mémoire tout récent (Soc. médic. des Hôpit., 1897), où il a encore accentué ses conclusions de jadis. Ses recherches ont porté cette fois sur quatre catégories d'enfants : 4° de 0 à 3 mois, 2 de 3 à 6 mois, 3° de 6 à 12 mois, 4° de 1 à 2 ans.Ila constaté l'existence de la dilatation chez le plus grand nombre des enfants de chaque groupe et à vu que parfois cette dilatation était énorme, mesurant jusqu'à 740 centimètres cubes chez des sujets du dernier groupe, chiffre véritablement excessif. Sur 87 enfants de 0 à 2 ans, morts à la crèche de l'hôpital des Enfants, 64 avaient l'estomac dilaté, 16 seulement un estomac de capacité ordinaire ou inférieure à la normale.
Les causes de cet état de choses sont celles que Comby avait indiquées dans son mémoire de 1884 : sevrage prématuré, alimentation grossière et de mauvaise qualité, usage du biberon pratiqué sans discernement, etc. Dans ces conditions, la stase gastrique survient et transforme l'estomac en une poche inerte qui retient les aliments, loin de les expulser, et qui devient impropre à la digestion. Le contenu gastrique devient un putrilage infect qui serait une source active d'intoxication dont certains accidents ultimes : diarrhée, vomissements, athrepsie, convulsions, n’en seraient que la traduction clinique. Ces derniers phénomènes suffisent amplement à expliquer la mort, qui cependant peut avoir lieu par un autre mécanisme, par une infection surajoutée, le plus souvent d'origine nosocomiale, comme une broncho-pneumonie. Comby a relevé en même temps des lésions d’entérite, des altérations du foie, de la rate et des reins. Il a donc raison d’imputer à la dilatation du premier âge une gravité excessive.
Le traitement est celui que nous avons indiqué plus haut, d'après le même auteur : il repose principalement sur le régime, qui a lui-même pour but le retour à une alimentation normale. Mais Comby insiste cette fois sur l'utilité du lavage de l'estomac qui, chez les jeunes enfants, serait une opération extrêmement facile à réaliser : après le lavage, les vomissements disparaissent, c’est un premier signe du retour de la tolérance, et progressivement le régime fait le reste. Il insiste également, de même que la plupart des auteurs qui ont traité de la dilatation, sur la nécessité de soumettre les petits malades à certaines règles d'hygiène après leur guérison, en s'appuyant sur ce que ces jeunes dyspeptiques restent, malgré tout, des dilatés effectifs ou en puissance, aveeun intestin allongé d'une facon durable. Il y aurait chez eux de ce chef une tare permanente, une sorte de lethalis arundo sur laquelle il faut veiller. Bouchard avait déjà formulé un jugement analogue, à propos de la dilatation de l'adulte, en exprimant des doutes sur la possibilité de la guérison absolue, en insistant sur la fréquence des récidives. Il y a dans cette évolution pronostique une nuance de pessimisme qu'il est permis de trouver un peu exagérée.