À. — HÉMORRAGIES
Les hématémèses, par lesquelles se révèle le plus souvent la présence de l’ulcère de l’estomac, ont quelquefois une abon-
dance extrême et se répètent avec une fréquence plus ou moins considérable, au moins dans les premiers temps.
Les moyens propres à les combattre sont ceux qui conviennent dans toutes les hémorragies de ce genre : le repos absolu dans le décubitus horizontal, la 4/ace donnée par petits fragments ou mieux avalée grossièrement pulvérisée, le /ait frappé et de la glace appliquée sur le creux épigastrique, les révulsifs promenés sur les extrémités, et de plus l'emploi de divers hémostatiques : eau de Rabel, perchlorure de fer, ergotine, etc., dont quelques-uns, le perchlorure de fer principalement, ont été regardés comme ayant une action particulièrement efficace.
C'est le remède auquel j'ai toujours recours en pareil cas, et dont je n'ai eu qu'à m'applaudir.
1° Par ses propriétés styptiques et coagulantes, le perchlorure de fer arrête, comme surles autres muqueuses, les hémorragies produites à la surface de la muqueuse stomacale. Loin de déterminer aucune irritation par son action topique, il semble au contraire, comme l’a remarqué Luton, grâce au léger coagulum qui se produit, la protéger ainsi que les parties sous-jacentes contre les irritationsultérieures, et lui permet de bourgeonner pour combler la solution de continuité produite ”.
La meilleure manière d’administrer le perchlorure de fer est de Le prescrire simplement dans de l’eau sucrée.
Voici ma formule ordinaire:
% Eau sucrée A nt 125 grammes.
Solution de perchlorure de fer à 30°. . XXX gouttes. M. s. à.
A prendre en trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures, avee la
précaution de choisir le moment où l'estomac est à peu près vide d'aliments ou de boissons.
Cette médication par le perchlorure de fer paraît un peu oubliée aujourd'hui, car il en est fait à peine mention
1. A. Lurox. — Dict. de médecine el de chirurgie pratiques; art. Esromac,
XIVe D 256.
dans les traités de médecine ou de thérapeutique récemment publiés. C'est bien à tort; elle est, je le répète, des plus efficaces et des mieux folérées. Quand lulcère simple revêt surtout la forme hémorragique, elle s'associe fort bien à la médication lactée et alcaline, non seulement pour empêcher les hématémèses, mais pour concourir avec elle à la réparation de la partie lésée.
20 Ergotine. — L'ergotine a pris comme agent hémostatique dans le traitement des hémorragies stomacales la place occupée autrefois par le perchlorure de fer. Les propriétés physiologiques et thérapeutiques de ce médicament, la facilité de son emploi, soit qu'on l’administre à l’intérieur ou qu'on le prescrive en injections hypodermiques, en font un remède particulièrement indiqué en pareil cas; je dois dire cependant qu'il m'a donné quelquefois des déceptions.
A l'intérieur, on emploie ordinairement l'ergotine dite de Bonjean, qui est un extrait aqueux d’ergot de seigle, et n’agit qu'à doses assez élevées et supérieures à celles prescrites généralement. La dose utile est, par Jour, # grammes d’ergotine dans une potion de 120 grammes convenablement édulcorée.
On donne aussi par la bouche les solutions d’ergotine d’Yvon etd’ergolinine de Tanret, qu'on prescrit, étendues dans de l’eau sucrée : l’ergotine d'Yvon, à la dose de XXX gouttes, en trois ou quatre fois; l’ergotinine de Tanret, de X à XII gouttes, également en deux ou trois fois.
Ces deux dernières préparalions sont plus employées en injections hypodermiques, ce qui est une ressource précieuse lorsque l'estomac se montre intolérant: 1 ou 2 centimètres cubes de la solution d’Yvon, qui répond à des parties égales d’eau et d’ergotine; un demi ou 1 centimètre cube de celle de Tanret, qui contient 1 milligramme d’ergotinine par centimètre cube. Ces injections seront répétées deux ou trois fois par jour, suivant les indications.