Obs. IV de mon mémoire
l’autre. Cest ce que Je me suis appliqué à faire ressortir dans mon travail de 1887 sur l’ulcère simple du duodénum.
En effet, tandis que dans l’ulcère gastrique, la lésion subit le contact direct de sécrétions acides qui l’irritent et exercent une action corrodante, dans l’ulcère duodénal, la pâte chymeuse n'atteint la partie malade qu'après avoir traversé le pylore et modifié ses qualités chimiques. D’acide qu’elle était, elle devient alcaline pour s'approprier aux conditions physiologiques du milieu intestinal, elle est par conséquent moins irritante et plus favorable à la cicatrisation de l’ulcère. L’intégrité de l'estomac change aussi les conditions du traitement ; l’absence de vomissements,et des crampes douloureuses, la persistance de l’appétit rendent l'alimentation facile et permettent les médications indiquées à la suite des grandes hémorragies intestinales et en particulier les toniques et les ferrugineux.
La médication alcaline, pour Debove et Renault, est le traitement médical rigoureusement indiqué de l’uleère simple du duodénum. Les alcalins doivent y être administrés aux mêmes doses et de la même manière. Ces auteurs fondent cette pratique sur la nécessité de neutraliser le suc gastrique au fur et à mesure de sa sécrétion pour éviter l’irritation de la plaie intestinale.
Je viens de montrer ce qu'il faut penser de cette action irritante dans l'intestin; aussi, si je me suis montré déjà peu disposé à employer les alcalins aux doses élevées conseillées par Debove et quelques cliniciens, le serai-je moins encore dans le cas où l’irritation directe par hyperacidité n’est pas à craindre. Je suis loin cependant de méconnaître que le becarbonate de soude, à doses moyennes, comme nous l’avons conseillé dans l’ulcère de l'estomac, ne soit encore la médication à employer.
En raison des hémorragies intestinales souvent si abondantes et si répétées, j'ai dans bien des cas prescrit l’eau «de chaux au lieu de bicarbonate de soude, réservant celui-ci pour l’époque de la convalescence. Alors j'ai recours aux alcalins, non pour neutraliser le suc gastrique, mais pour activer
au contraire la production d'acide chlorhydrique. Le traitement par l’eau de Vichy se trouve donc indiqué dans ces circonstances. Je donne un demi-verre d’eau de Vichy (source d'Hauterive ou de l'Hôpital), un quart d'heure avant le repas, deux fois par jour et la même eau dans le lait de la boisson, comme je l’ai formulé dans le chapitre précédent.
Il est en effet à noter que si les malades porteurs d’ulcère gastrique sont presque toujours des hyperchlorhydriques, il n’en est plus de même pour ceux qui sont atteints d’ulcère duodénal. Les recherches d'Albert Robin dans différents cas d’ulcère du duodénum lui ont donné trois fois à l'examen du suc gastrique une diminution considérable de l'acide chlorhydrique avec des fermentations lactiques secondaires très intenses, argument à ajouter à ceux que j'ai donnés déjà contre l’alcalinisation à outrance.
C. — Régime et alimentation. — Les considérations précédentes me permettent d’abréger beaucoup ce que j'aurais à dire de cette partie importante du traitement de l’ulcère simple du duodénum.
Dans la période aiguë de la maladie, le régime doit être absolument rigoureux et le lait la seule alimentation du malade. Ce sont les mèmes règles que dans l'ulcère simple de l'estomac. Seulement, tandis qu'il est nécessairede prolonger indéfiniment dans ce dernier cas Le régime lacté même exclusif, au bout de très peu de temps, dans l'ulcère du duodénum, le retour de l'appétit et l'intégrité de l'estomac permettent et exigent même quelquefois une alimentation plus variéeet plus substantielle. On voit, par quelques observations de mon mémoire, comme elle a été bien supportée et combien elle à été utile.
Il est de toute évidence que cette alimentation devra être réglée et surveillécavec grand soin, ne donnant d'abord que des aliments légers, de facile digestion, évitanttout alimentgrossier qui ne pourrait pas subir dans l'estomac une chymification suffisante et prendrait par là des propriétés irritantes au contact de la plaie intestinale.
TN XIT:
Les alcools de tout genre, vins et liqueurs, sont aussi complètement proscrits dans le traitement de l’ulcère du duodénum que dans celui de l’ulcère stomacal. Passant en nature dans la circulation, ils ne sont pas détruits par le travail de la digestion et gardent leurs qualités irritantes aussi bien dans le duodénum que dans l'estomac.
Comme dans le chapitre précédent, les complications de l’ulcère simple du duodénum ne sont pas à étudier au point de vue du traitement médical. Plus encore que l’ulcère gastrique, par la fréquence de la perforation et des conséquences qu'elle entraine, l’ulcère simple du duodénum fera réclamer l'intervention du chirurgien, et son traitement appartient alors
à la thérapeutique chirurgicale”.
1. Voir à ce sujet l’artiele de M. VercuÈèRE dans le fascicule XIII.