‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 15 sur 178 · B. — MÉDICAMENTS AGISSANT SUR LES SÉCRÉTIONS · texte numérisé non relu

B. — MÉDICAMENTS AGISSANT SUR LES SÉCRÉTIONS

Ils doivent avoir pour but de modifier chimiquement la composition des sucs ou d’en augmenter la production. 1° Les acides. — L'introduction des acides en théra-

peutique remonte à une époque éloignée. Haller, Sydenham, prescrivaient déjà l’acide nitrique et l'acide sulfurique.

Jusqu'à nos jours, on n’a guère employé que les acides minéraux, et l'acide chlorhydrique exclusivement depuis Trousseau.

Parmi les acides organiques, l'acide citrique, mais surtout l'acide lactique ont élé utilisés; ce dernier a pris en thérapeutique une très grande importance grâce aux recherches de Hayem.

L'acide chlorhydrique étant considéré comme sécrété à l’état de liberté par la muqueuse gastrique, on avait pensé que l'emploi de cet acide était tout indiqué dans les cas où l'acide du suc gastrique paraît exister en quantité insuffifisante.

Cette déduction serait fausse si l'on admet, avec Hayem et Winter, que l'acide libre du suc gastrique ne représente qu'un excès d'acide libéré à un moment donné. On pourrait donc croire au manque d'acide chlorhydrique dans des cas où il existe en quantité suffisante. Aussi ne saurait-on trop recommander aux médecins de ne pas prescrire à la légère l'acide chlorhydrique sans savoir réellement si la proportion de cet acide a notablement diminué ou s’il fait mème défaut dans le suc gastrique. Dans le cas où l'acide chlorhydrique est en suffisance, il est inutile d'en prescrire; et il peut ètre dangereux dans les cas où cet acide est produit en excès.

Comme la proportion d’acide chlorhydrique, au moment de la digestion, est de 2 p. 1000, il faut, dans les cas d’absence d'acide, en donner toutes les demi-heures (XX gouttes d'acide chlorhydrique diluées dans 100 grammes d’eau).

Quelques auteurs (Boas, Henne) prétendent que l'acide chlorhydrique ingéré ne sert pas à la digestion; en tout cas, ilagitsur les albuminoïdes quandils'en trouve dans l’estomac.

Du Mesnil, Reichmann, assurent que l'acide chlorhydrique ingéré provoque une hypersécrétion de cet acide; Eichenberg prétend qu'il diminue la durée de la digestion

gastrique.

2 Chlorure de sodium. — Son effet sur la digestion n'est pas exactementdéterminé. Reichmann, Girard, etc., prétendent qu'il diminue la sécrétion du suc gastrique et abaisse Le taux de l'acidité; pour d’autres, au contraire, l'usage répété de petites doses de chlorure de sodium, sous forme d’eau minérale, augmenterait la sécrétion des glandes de l'estomac.

D’après Hayem, le chlorure de sodium est un excitant qui aggrave les troubles chimiques de l'hyperpepsie.

3° Le sulfate de soude diminue l'acidité totale des hyperpeptiques.

4° Orexine. — Penzoldt a étudié Le premier ce médicament (phényldihydro-chinazoline) sous forme de chlorure et de base.

IL emploie surtout cette seconde forme. Ce médicament diminue la durée de la digestion gastrique et provoque l’appétit chez la moitié des anorexiques en augmentant la production de l'acide chlorhydrique et en favorisant les mouvements péristaltiques et les phénomènes de résorption. La dose journalière est de 05,30 etpeut ètre élevée à 04,40 et 08,50. On suspend le médicament au bout de huit à dix jours. Il ne faut pas en prescrire dans les cas d'hyperchlorhydrie, d’ulcère simple ou de néphrite.

»° Les amers sont très employés dans le traitement des affections gastro-intestinales. On a prétendu pendant longtemps qu'ils donnent de l'appétit et stimulent les fonctions digestives.

Les nombreux travaux publiés par Jaworski, Reichmann, Tcheltzow, Marcone, Eichenberg, semblent prouver que leur efficacité est douteuse et que leur emploi prolongé peut présenter des inconvénients.

D'après Reichmann, un amer n'augmente la sécrétion du suc gastrique que lorsqu'il a disparu de l'estomac.

Il faut, en tout cas, les faire absorber une demi-heure au moins avant les repas.

Les uns : la gentiane, le quinqguina, le quassia amara, la cascarille, le colombo, le condurango, Va rhubarbe, etc., sont

employés à fortes doses, sous forme de vin, de teinture, de macération; les autres, à petite dose, comme la noix vomique, la strychnine.

6° Citons encore les épices : le poivre, la moutarde, et une série de condiments qui renferment des huiles essentielles. Leur emploi peut être dangereux; rien ne prouve qu'il soit utile.

1° Alcool. — Il est peu de substances qui aient donné lieu à plus de recherches et d'expériences. Il semble acquis que de faibles doses d’un fort mélange d’alcoolou des dosesmoyennes d’un mélange faible (bière, alcool), n’ont pas d'action nuisible sur la digestion stomacale chez l’homme sain, et par ce fait qu'elles sont rapidement entraïnées au delà de l'estomac (Brande).

À faible dose, l'alcool diminue la durée de la digestion gastrique et stimule les sécrétions. À forte dose, au contraire, il diminue les sécrétions et ralentit notablement la digestion.

8° Les ferments. — Ils ont joui pendant longtemps d’une grande faveur.

On leur accorde aujourd'hui beaucoup moins de confiance, car on à reconnu qu'ils faisaient rarement défaut.

L'efficacité de la pepsine est plus que problématique. Les expériences de Bourget, de Georges, ont montré que l’addition de pepsine au suc gastrique n’influence pas la digestion.

Hayem ne se prononce pas sur la valeur de ce médicament.

La pancréatine semblerait devoir être plus efficace et on la prescrit plus que la pepsine, surtout dans les cas où la sécrétion gastrique est supprimée; mais on ne sait rien de positif sur son action.

La papaïne, produit du suc du Carica papaya, est un ferment digestif végétal, qui peut dissoudre mille à deux mille fois son poids de fibrine, soit dans un milieu neutre ou alcalin, soit même dans un milieu acide.

On à introduit aussi dans la thérapeutique la #altine

(Coutaret) qui existe dans l'orge germée, pensant que les

dyspepsies sont dues à une insuffisance de la digestion salivaire des amylacés.

Or, il n'existe pas de dyspepsie salivaire.

Page 1