A. RÉMOND (DE METZ
Professeur à la Faculté de médecine de Toulouse.
; Considérations générales.
Les maladies du pancréas sont peut-être celles qui sont entrées le plus récemment dans le domaine clinique et, en dehors des cas où elles se traduisent par cette forme particulière de diabète que Lancereaux a fait connaître le premier, peut-être aussi celles dont l'existence est le plus facilement méconnue.Souvent mortelles à bref délai, rarement curables, présentant un complexus symptomatique extraordinairement varié, elles semblent défier à la fois la sagacité du celinicien et l'ingéniosité du thérapeute; et si la chirurgie a quelquefois réussi à guérir les dégénérescences kystiques de l'organe qui nous occupe, nous devons avouer l’impuissance à peu près complète dont tous les traitements médicaux onl jusqu'ici fait preuve.
Le pancréas peut être alteint par un certain nombre de processus anatomiques qui comprennent la pancréatite aiguë, la dégénérescence kystique, la pancréatite chronique, la lithiase et le cancer. Nous devons rapidement passer en revue,
à propos de chacune de ces formes morbides, les éléments de séméiologie et de diagnostic dont on dispose.
Cesnotionsserviront malheureusement davantage à prouver notre impuissance qu'elles ne nous seront utiles pour étayer un traitement.
IT Pancréatite aiguë.
La pancréatite aiguë comprend les pancréatites hémorragiques, les abcès et les phlegmons de la glande, enfin la gangrène. Tantôt un individu plutôt obèse, en général alcoolique, estsurpris en pleine santé apparente par une douleur violente, subite, irradiée avec des paroxysmes atroces dans toute la cavité abdominale, ou localisée d’uné facon plus précise dans la région épigastrique, et la mort survient en quelques heures, quelques jours au plus. Tantôt l'accident est moins foudroyant : le malade avait depuis quelque temps des troubles digestifs vagues; l’évolution est moins rapide; la glande, plus ou moins détruite par le sang, suppure, et un abcès se forme qui s'enkyste dans l'arrière cavité des épiploons; la mort peut être retardée, mais survient cependant, au maximum en quelques semaines, soit par péritonite, soit par épuisement, soit par une nouvelle hémorragie. Quand un abcès se forme, l'ictère apparaît volontiers.
Douleur, irritation gastro-intestinale, schock abdominal, apyrexie, fièvre, ictère, phénomènes de péritonite aiguë, collapsus, tuméfaction épigastrique, anéantissement général et profond des forces sans cause appréciable, mort subite, tous les symptômes et tous les accidents possibles provoqueront de la part du médecin les hypothèses les plus diverses. Hilty* a diagnostiqué, dans un cas d’hémorragie du pancréas, un embarras gastrique; Huber* crut à des coliques hépatiques,
1. Hiry. — Correspondenz Blatl. f. Schweizer Aerzle, 15 nov. 1877, p. 666. 2. Huger. — Arch. f. klin. Med., 1875, t. XV, p. 455.
Gade’ à des coliques menstruelles, E. Paul? à une péritonite, Hirschberg*, Fitz', Zahn°, à un étranglement interne. Dans certains cas de gangrène sont apparues des taches rosées lenticulaires sur la paroi abdominale et l’on a cru à une fièvre typhoïde*.
Mais, en dehors de ces cas exceptionnels, on peut cependant dire que si le diagnostic d’hémorragie du pancréas ou de pancréatite aiguë ne se présente pas à l'esprit, les phénomènes observés attirent suffisamment l'attention sur la cavité péritonéale pour justifier, si l’évolution n’est pas trop rapide, une intervention chirurgicale, L’abdomen ouvert, on relèvera l’estomac pour pénétrer dans l'arrière-cavité des épiploons, déchirer le feuillet péritonéal postérieur, évacuer les caillots et lier le vaisseau si l’on trouve le point de départ de l’hémorragie. Le plus souventon se trouvera en présence d’un organe infiltré par des hémorragies multiples dues à une dégénérescence graisseuse de la plus grande partie de sa substance. On pourra alors cautériser au thermo-cautère, tamponner à la gaze iodoformée, et attendre ainsi l'élimination des parties nécrosées. Le pronostic est suffisamment grave pour justifier toutes les hardiesses (Sallard”).
Kystes du pancréas.
C’est encore au chirurgien qu'il faudra avoir recours dans le traitement des kystes du pancréas. Ceux-ci peuvent être consécutifs à un abcès, à une hémorragie, mais ce sont là des faits rares. De même ilest peu fréquent de rencontrer des