TRAITEMENT ORTHOPÉDIQUE
Il a pour butde rétablir l'équilibre abdominal en soutenant et en relevant les organes splanchniques. C’est en se plaçant à ce point de vue qu'il faut apprécier la valeur des appareils contentifs.
La ceinture de flanelle, qui serre l'abdomen au niveau du mésogastre, soulage en augmentant la tension abdominale, mais elle se déplace facilement et ne relève pas les organes.
On s’est ingénié à trouver des appareils contentifs qui remplissent les indications de l’entéroptose et soient en même temps d’une application commode.
Glénard a inventé une ceinture qui porte son nom; elle est généralement employée.
Elle se distingue des appareils similaires :
1° Par sa simplicité ;
2° Par la fermeté de son tissu élastique;
3° Par sa forme de sangle, c’est-à-dire de bande plate, à axe rectiligne et à bords parallèles ;
4° Par son mode d'application.
Au lieu de passer au-dessus des hanches, la sangle de Glénard les embrasse largement et prend sur elles leur point d'appui; aussi lui a-t-il donné le nom de ceinture pelvienne.
Elle s'applique à la généralité des cas. Elle se compose d'une bande droite de tissu élastique de 14 centimètres de large et de 68 à 76 centimètres de long, qui se termine en arrière, d’une part, par trois bandelettes de tissu non élastique de 4 centimètres et demi de large, et, de l’autre, par trois boucles. On l’applique juste au-dessus du pubis et assez bas pour qu'après avoir contourné la région pelvi-trochanté-
rienne, son bord supérieur ne dépasse pas la crête iliaque de plus de deux travers de doigt.
Il faut boucler isolément chaque bandelette sur le malade, en commençant par l'inférieure, et la constriction sera poussée jusqu'à la limite d’élasticité du tissu.
A cette sangle on ajoute, suivant les indications, une ou deux pelotes latérales au niveau des flanes, ou une pelote semilunaire au-dessus du pubis. Cette ceinture rend des services réels; mais le médecin devra la placer lui-même la première fois et habituer progressivement le malade à la revêtir.
Il faut la placer très bas, au-dessus de la crète iliaque ; elle doit être à axe rectiligne et non oblique.
A partir du moment où l’accoutumance est faite, Les malades ne songent plus à se plaindre du port de la ceinture. Certains se trouvent soulagés au point qu'ils la gardent même la nuit. |
On a imaginé une série de ceintures analogues; l'essentiel est qu'elles remplissent les indications auxquelles répond la sangle pelvienne, qu'elle soit bien faite et avec de bons tissus.
De l'intervention chirurgicale dans le traitement des maladies du tube digestif.
La chirurgie a fait des progrès si rapides dans letraitement des affections de l'estomac et des intestins, que le médecin ne saurait s’en désintéresser. Ce n’est pas à nous à parler ici des différents procédés de gastrotomie, de divulsion du pylore, de résection gastrique, à indiquer les détails de la gastroentérostomie, de l'intervention dans l’appendicite, dans l’obstruction intestinale, dans le cancer de l'intestin ou du rectum, etc. Cette courte énumération suffit à montrer le rôle que joue aujourd’hui l'intervention chirurgicale dans le traitement des affections gastro-intestinales. Mais il est évident que des règles sont à poser pour les cas particuliers; qu'il
reste de nombreuses questions à élucider, qu'il y a des entrainements à modérer, des interventions à rejeter.
Mais il y a là une évolution, un progrès avec lequel il faut compter et dont le médecin ne saurait se désintéresser. Il y a quelquès années, l'intervention du chirurgien était limitée aux hernies, aux lésions du rectum et de l'anus.
Il est certain que des malades doivent aujourd’hui leur guérison où une survie de plusieurs années aux opérations chirurgicales.
Qu'il nous suflise de citer ces malades atteints d’un épithélioma de l'intestin compliqué d'obstruction, d'hémorragies formidables, voués autrefois à une mort certaine, dont l'existence peut être plus ou moins prolongée par l’établissement d'une anastomose intestinale.
Mais la question est plus élevée. Elle a été posée ainsi par Bouchard ”.
« Le départ des maladies entre la médecine et la chirurgie, tel qu'on le concevait autrefois, subitune modification profonde. Le chirurgien n'avait à soigner jadis que les traumatismes etles maladies des parties extérieures ou superficielles.
« Il y a longtemps qu'un barbier hardi s’est emparé de la vessie; la chirurgie ne s’occupait des viscères que lorsqu'une hernie les rendait superficiels; aujourd'hui, elle va les saisir dans la profondeur des cavités.
« Son domaine s'étend parce que l’antisepsie a presque supprimé les limites de son action, parce qu'elle arrive à porter partout le remède sur le siège du mal. Tout ce qu'il devient possible de traiter localement devient chirurgical.
« Mais que les médecins y prennent garde; je me demande s'ils n’ont pas à se préoccuper de cet état de choses et si l’enseignement ne doit pas tenir compte de cette situation nouvelle.
« Quand toutes les maladies tendent à devenir chirurgi-
1. Boucuarp. — Thérapeutique des maladies infectieuses, 1889.
cales, il serait bon que le médecin devint un peu chirurgien. Le vrai médecin, demain, ce sera le chirurgien; car le chirurgien possède tous les secrets de son ancien domaine, auquel vous avez voulu rester étrangers; de plus, appelé à traiter les maladies que vous aviez cru vous réserver, il a appris à les connaître. Il les diagnostique peut-être avec plus de précision. Il n’a plus besoin de votre assistance pour reconnaitre l’hydro-néphrose, les pyélites calculeuses, les tumeurs du rein; il différencie aussi bien que vous le kyste hydatique du cancer du foie et de la cirrhose hypertrophique: les épanchements pleuraux lui sont familiers, même les épanchements péricardiques.
« Il délimite les cavernes pulmonaires et détermine leur nature. Il excelle à diagnostiquer exactement une lésion intra-cranienne dans les cas d’épilepsie jacksonienne. En quoi le chirurgien va-t-il done différer du médecin? En un point! Il est adroit de ses mains et vous vous obstinez à rester maladroits.
« I sait mieux que vous appliquer le traitement local dont il sait, comme vous, poser les indications.
« Ne m'objectez pas que, le moment venu, vous ferez appel au chirurgien.
« Savoir et être incapable d'agir, c'est souvent n'avoir qu'une science stérile.
«Je suis persuadé que, dans nos services hospitaliers, il y a une différence dans la mortalité par pleurésie purulente, suivant que le chef du service est un médecin qui pratique lui-même l'empyème ou un médecin qui s'adresse au chirurgien. Tous deux reconnaissent le moment où l'intervention s'impose; le premier l’exécute; le second envoie prier le chirurgien, qui est occupé ou qui est parti. Le chirurgien vient le lendemain, mais quelquefois le malade est mort.
« Si pareilles choses surviennent dans les villes, que sera-ce à la campagne, où les chirurgiens n'ont pas coutume d'élire domicile.
« Le médecin reconnait l'urgence d'une thoracentèse et
n'ose pas la pratiquer; il espère voir survenir des modifications favorables; il applique un nouveau vésicatoire, et si l’état s'aggrave, 1l fait une injection d’éther, ou bien enfin il se décide, mais trop tard; il a laissé passer le moment opportun, le moment qui ne revient pas.
« I y a là un vice d'éducation que je vous signale. J’estime que l'enseignement doit tenir compte de la situation nouvelle créée par l'importance croissante des thérapeutiques locales. Tout médecin doit être familiarisé avec la pratique de certaines opérations, opérations d'urgence au nombre desquelles je n’inscrirai pas les ligatures d’artères au lieu d’élection. »
Bouchard termine cette digression, que nous regrettons de ne pouvoir reproduire en entier, par un vœu : c'est que les médecins soient exercés à pratiquer les opérations d'urgence.
Ce que nous avons dit des affections gastro-intestinales a eu sa contre-partie en gynécologie et en laryngologie. Les médecins gynécologistes ou laryngologistes qui ont voulu rester médecins sans devenir des opérateurs, ont perdu leurs malades.
Se spécialiser dans le traitement des maladies du tube digestif sans apprendre à opérer deviendra sûrement, dans l'avenir, de plus en plus difficile.
C'est le chirurgien qui détermine presque toujours les indications de l'intervention. Le médecin, peu au courant des nouveaux procédés opératoires, quand il est appelé à donner un avis sur le compte d’une intervention, se trouve dans une situation perplexe, parce que son éducation est incomplète.
Le seul moyen d’obvier à cet état de choses, c’est que le médecin complète journellement son éducation chirurgicale, et surtout qu'il développe ses connaissances en diagnostic; qu'il arrive à différencier avec le plus de sûreté possible un catarrhe chronique d’une lésion organique, un rétrécissement pylorique simple d’un néoplasme; qu'il apprenne à préciser le moment, les indications et la nature de l'intervention, qu'il serve de guide au chirurgien dont 11 réclame le secours, et que le malade ne soit pas le témoin de ses hésitations et de ses
lenteurs souvent coupables. Combien de fois, en effet, le médecin ne se décide-t-il pas trop tardivement, quand il s'agit d'une obstruction intestinale, d’une péritonite, d'une perforation, d’une hémorragie!
L'avenir est au médecin instruit qui saura préciser son diagnostic, poser nettement les indications de l'intervention chirurgicale, l'appliquer parfois lui-même, et surtout la pro-
voquer à temps.