‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 26 sur 178 · J. SCHMITT · texte numérisé non relu

J. SCHMITT

Professeur à la Faculté de Nancy.

Considérations générales.

La cavité buccale de l’homme, même à l’état de santé parfaite, renferme une quantité innombrable de micro-organismes. C'est dans la bouche, on s'en souvient, que Leuwenhœck a vu les premiers microbes; les recherches ullérieures de Robin, les travaux plus récents de Rappin, de Rassmussen, de Muller, de Rosenbach, de Lewis, de Vignal, de Biondi, de Netter, de Galippe, de Roux, de Widal, etc., nous ont fait connaître une bonne partie de cette flore luxuriante. Miller y a compté une centaine d'espèces distinctes; Vignal, par une expérimentation rigoureuse, a réduit ce chiffre à vingt espèces, toujours présentes dans la bouche normale, et sans tenir compte de la grande variété de parasites accidentels qui peuvent s'y rencontrer.

Introduits par l'air et par les aliments ou amenés dans la bouche avec les sécrétions d'organes en communication avec elle, certains de ces microbes ne font qu'y passer, soit pour pénétrer plus avant dans les voies digestives ou aériennes, soit pour être expulsés au dehors; d’autres, y trouvant les con-

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ditions les plus propices à leur développement : humidité, chaleur, anfractuosités diverses, matières nutritives, s'y établissent, s'y multiplient, y deviennent autochtones et restent les hôtes permanents de la cavité buccale.

Mais là comme ailleurs, c'est moins le nombre que la qua-

ité des microbes qui nous intéresse, et au point de vue de leurs propriétés, nous avons à les distinguer en deux classes : les uns sont des microbes inoffensifs, non pathogènes; les autres, inoffensifs aussi à l’état normal, peuvent, à l’occasion, développer une activité spéciale et devenir pathogènes.

Dans la première classe, nous trouvons un grand nombre de bactéries, banales ou spéciales (leptothrix buccalis, bacillus subtilis, b. termo, amylobacter, spirilles, etc.), parfaitement inoffensives par elles-mêmes; quelques espèces sont chromogènes et produisent la coloration verdâtre des dents, la couleur noire des anciennes caries, la teinte jaunâtre de certains enduits buccaux (Miller). Un bon nombre interviennent comme agents de la digestion, en particulier de la digestion salivaire : elles gonflent l’albumine et la fibrine, dissolvent la caséine, transforment l’amidon, changent la lactose en acide lactique (Vignal); leur rôle est donc plutôt utile. Tout au plus quelques microbes saprophytes et saprogènes donnentils lieu, quand leur activité s’exagère sous certaines conditions, à une fétidité spéciale de l’haleine, fétidité d’origine buccale qu'il est facile de distinguer de la fétidité liée à des fermentations vicieuses dans les voies digestives ou dans les voies respiratoires supérieures ou inférieures. Mais déjà, par leurs produits de fermentation, ils peuvent créer dans la bouche un milieu de culture favorable à la pullulation d’autres germes plus nocifs et ainsi prendre part au développement d'infections auxquelles ils semblent tout d'abord être restés étrangers. Le rôle accessoire en apparence de ces saprophytes n’est donc pas tout à fait négligeable (Roger).

La seconde classe de microbes est pour nous beaucoup plus importante. On connaissait depuis longtemps l'action pathogène de la salivé humaine, quand Pasteur y découvrit

le microbe de la septicémie salivaire, qui n’est autre, nous le savons aujourd'hui, que le pneumocoque; et les recherches nombreuses qui ont suivi cette première démonstration expérimentale ont montré que tous les microbes de la pathologie humaine, ou presque tous, peuvent se rencontrer dans la bouche de sujets en parfait état de santé. Quelques-uns ne s’y trouvent cependant que d’une facon accidentelle : le bacille de la tuberculose, les bacilles diphtérique et pseudo-diphtérique, le bacille d'Eberth, le parasite du muguet, etc. Par contre d’autres microbes, pathogènes proprement dits, font partie presque intégrante et habituelle de la flore buccale : le bactérium coli, le pneumocoque, le streptocoque, les staphylocoques pyogènes, le pneumo-bacille de Friedlænder (Netter).

Ces microbes peuvent séjourner indéfiniment dans la bouche, s’abritant dans le tartre dentaire, dans les interstices des dents, dans les cavités de caries, dans les anfractuosités et les déchets épithéliaux de la muqueuse, sans donner lieu à aucun accident. C’est un des exemples les plus frappants du microbisme latent de Verneuil. À ce propos, il est bon de remarquer que l’un des rôles physiologiques de la salive est de balayer, de délayer incessamment les colonies microbiennes et de les entrainer dans l'estomac pour y subir l’action stérilisante du sue gastrique; dans les cas nombreux, pathologiques ou autres, où la sécrétion salivaire est diminuée ou tarie, la suppression du rôle chimique de la salive se complique donc de la suppression de son rôle mécanique et le champ reste libre aux parasites habituels de la cavité buccale. Vienne alors une circonstance quelconque qui exalte leur virulence, leur ouvre une porte d'entrée ou crée l’opportunité morbide, et ces hôtes inoffensifs ou plutôt inactifs jusque-là, spécifiques ou indifférents, commenceront leur œuvre. Les uns iront exercer leurs ravages en des points plus ou moins éloignés; d’autres se porteront sur les organes du voisinage, d'autres enfin attaqueront la muqueuse buccale ellemème et y produiront les diverses variétés de stomatites, sans préjudice d’ailleurs d'infections secondaires plus profondes.

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De ces considérations très sommaires découle une première notion essentielle de prophylaxie. Il faut chercher à détruire les microbes pathogènes que recèle la cavité buccale, ou du moins à neutraliser leur action nuisible. La lutte contre ces microbes, la lutte par l'hygiène et l’antisepsie buccales, s'impose au médecin, et cela surtout dans cette période d'inactivité, de latence où ils sont plus accessibles et plus vulnérables; elle s'impose à tous, à tout âge, à toute condition. Indispensable chez le sujet sain, elle est de nécessité plus urgente encore chez le malade. Si elle était dirigée chez l’un et chez l’autre avec toute la rigueurdésirable, elle diminuerait sans doute la fréquence de certaines maladies générales ou la gravité de beaucoup d’autres, et les stomatites, qui sont toutes fonction microbienne, seraient près de disparaitre de la pathologie humaine.

Hygiène et antisepsie buccales.

L'hygiène, l’antisepsie buccale doivent répondre à deux indications : faire disparaître de la bouche tout ce qui peut servir de terrain de culture aux microbes ou leur ouvrir une porte d'entrée sur l’économie ; détruire ces micro-organismes ou du moins entraver leur développement.

Divers moyens mécaniques répondent à la première indication, la seconde est remplie par les antiseptiques.

Les parcelles alimentaires arrêtées dans les recoins de la muqueuse et dans les interstices dentaires, les enduits saburraux ou muqueux, les déchets épithéliaux offrent aux microbes de la bouche un terrain de pullulation éminemment favorable; pour lesenlever, on a recours au cure-dents, à la brosse, au savon et au rince-bouche.

Du cure-dents, je n'ai rien de particulier à dire, sinon qu'aux cure-dents de métal, de bois ou de plume qui ont tous l'inconvénient de piquer, de lacérer les gencives, d'élargir à

la longue les interstices dentaires et par suite de déchausser les dents, on peut substituer avec avantage l'emploi d'un simple fil de caoutchouc qui s’introduit sans efforts entre les dents les plus serrées et chasse facilement les débris alimentaires sans risquer de blesser les gencives.

La brosse à dents devra être assez dure pour produire un effet mécanique énergique ; pas assez pour 1rriter la muqueuse ou user l'émail. La brosse en blaireau et la brosse-éponge ont une action insuffisante ; on leur préférera la brosse de caoutchouc ou la brosse de crin. Ces brosses se vendent dans le commerce sous divers numéros variant suivant la rigidité du crin. On prendra habituellement le n° 2 pour les adultes, le n° 3 ou # pour les enfants, en réservant les numéros les plus élevés pour les personnes dont les gencives sont enflammées ct facilement saignantes ou pour les enfants en bas âge. L'usage de la brosse devra en cffet être recommandé même chez les tout jeunes enfants dès que leur alimentation devient solide et laisse des résidus dans les interstices dentaires. C’est le moyen le plus sûr de prévenir la carie des dents de lait qui, outre les douleurs qu’elle détermine et les complications qu'elle peut entrainer aussi bien que celle des dents permanentes, peut avoir un retentissement fâcheux sur la seconde dentition et le développement régulier des maxillaires. Ce nettoyage mécanique sera surtout indispensable quand auront paru les dents permanentes. Il sera pratiqué plusieurs fois par jour, le matin et le soir, après chaque repas et tout particulièrement après qu'on aura mangé du pain, des gâteaux, des sucreries, des corps gras; les résidus gras et sucrés subissent, en effet, des fermentations acides dont les produits détruisent la cuticule de l’émail et, permettant aux agents de la carie dentaire de commencer leur œuvre, deviennent ainsi plus ou moins directement des causes d’irritation de la muqueuse buccale.

La brosse sera enduite de savon, qui dissout le mucus et l'entraine avec les parcelles alimentaires qui y sont retenues. Le savon est l'agent de nettoyage le plus sûr, et si la saveur en

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est désagréable pour certaines personnes, il est facile de la masquer par des artifices sur lesquels je n’insiste pas ou de le remplacer par la teinture de quillaya saponaria dont l'effet est identique. Ce savonnage minutieux doit porter à la fois sur la face antérieure et sur la face postérieure des dents; il sera suivi d'un lavage de la cavité buccale tout entière, de préférence avec un liquide antiseptique; nous arrivons ainsi à la seconde indication.

Cet antiseptique, pour être parfait, doit n’exercer aucune action chimique ou mécanique capable d’attaquer les dents ou d'irriter la muqueuse; il doit de plus arrêter la végétation des bactéries de la bouche dans un temps relativement court, deux minutes environ. .

A ce titre, la plupart des dentifrices employés habituellement, ceux même à base d'acide borique, d'acide salicylique, de chlorate de potasse, d'acide phénique ou de salol ne remplissent pas le but idéal de stérilisation parfaite : l'acide 1hymique en solution à 1 p.3000 ou le sub/iméàl p.5 000 détruisent seuls les bactéries de la bouche dans le temps voulu (Miller). Cependant il faut dire qu'en pratique la plupart des antiseptiques d'activité moyenne ou même faible donnent des résultats suffisants, peut-être en raison des essences qui y sont habituellement ajoutées et dont un bon nombre ont, d'après les recherches de Chamberland, des propriétés bactéricides énergiques même à faible dose, peut-être aussi parce qu'en associant plusieurs antiseptiques, on additionne leur pouvoir antiseptique dans le mélange.

Les dentifrices peuvent être divisés en liquides, solides et mous. Ces derniers ne sont plus guère usités : il faut en tout cas rejeter ceux qui sont à base de miel et ne conserver que les pâtes à base de savon : celles-ci, par l'addition d’un antiseptique, peuvent remplacer avantageusement le savon ordinaire pour le savonnage des dents.

Les poudres dentifrices sont plus souvent employées ; quelques-unes, formées de poudres inertes : craie, pierre ponce porphyrisée, talc de Venise, etc., ne sauraient avoir qu'un effet

mécanique et n'ont évidemment aucune valeur au point de vue qui nous occupe : elles ont même un inconvénient réel, celui de laisser entre les dents des poussières qui encombrent au lieu de nettoyer; celles qui renferment du charbon ou du noir animal forment à la longue au bord des gencives un liséré noirâtre indélébile.

Ce qu'il faut demander à une poudre dentifrice, c’est d’être antiseptique, soluble, mais lentement soluble, de façon à exercer au début de son action un effet mécanique sur les dents sans laisser à sa suite aucun dépôt (Thomas).

Une poudre composée d'acide borique et de carbonate de magnésie, additionnée ou non de chlorate de potasse et aromaltisée avec quelques gouttes de menthe ou de girofle, remplit à peu près le but :

VACITe DOTIQUEM SE ED IE AmMINnese Chlorate de potasse . . . NE —- Carbonate de magnésie Dulvérise on —

Essence de menthe.

: àà III gouttes Essence de girofle . É

Mais à ces dentifrices solides, il faut préférer les antiseptiques liquides.

La solution de sublimé à ! p. 1000 ou même à 1 p. 5000, le meilleur des antiseptiques buccaux d’après Miller, a une saveur styptique désagréable et sa toxicité ne permet pas de l'employer couramment, du moins chez les enfants.

L’acide thymique à 1 p. 3000, est presque aussi efficace, moins dangereux et plus agréable au goût.

Miller recommande la solution suivante :

> Acide thymique. . . SRE de LE 081,25 Acide benzoïque tre, DEN FM 3 grammes, Teinture a SON MURS AIS EMULE) — ACOO PET ENeE HA EL OO — Essence de menthe Se. A RUN 08r,75

En verser quelques gouttes dans de l’eau jusqu'à production d’un trouble.

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On en augmentera, si cela est nécessaire, la valeur anliseptique par l'addition de 25 à 75 centigrammes de sublimé. On peut encore prescrire avec avantage :

% Alcool de menthe . . . . . . . . . . 160 grammes. Acide phénique cristallisé . . . . . . 20 —

Dissolvez.

Quelques gouttes dans un demi-verre d’eau tiède (Moxix).

Ou encore :

% Acide phénique pur.. . . . . . . . . . 1 gramme. ACITODOrTIQUE Lu 20 —- DAYMOLMALE CM CA 1067.50 Essence de menthe.. . . . . . . . . . XX gouttes. Teinture d’anis.. . . . . . . . . . . . 10 grammes.

Pour un litre d’eau (DusarpiN-BEAUMETz).

Le phéno-salyl est souvent recommandé pour ce même usage. La formule suivante de Weber donne un composé d’un pouvoir antiseptique considérable, et, en solution étendue, facilement accepté :

% Acide phénique cristallisé . . . . . . . 60 grammes. Acide salicylique . . . . . . . . . . . 10 — MEnTNORENE M M NN 0 on. 1 Acide lactique . . . . . . . . . . . . 20 = Glycérine. . . . . RE AU —- Essence d’eucalyptus . . . . . . . . . 3 —

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