C. — STOMATITE APHTEUSE
Le nom de stomatite aphteuse devrait être réservé à une maladie infectieuse que, dans les cas un peu sérieux, on pourrait appeler fièvre aphteuse de l'homme et qui serait identique à la fièvre aphteuse des bovidés. Si sa contagiosité de l’homme à l’homme est encore discutable, des faits, assez nombreux déjà, attestent sa transmissibilité des bovidés à l’homme, par l'intermédiaire. du lait surtout (David), et plaident en faveur de sa spécificité, bien que la fièvre aphteuse humaine n'ait pas encore livré son micro-organisme spécifique, pas plus d’ailleurs que celle des bovidés.
On se préservera de la contagion animale en évitant de porter à sa bouche les mains qui ont touché une vache malade, on ne boira qu'après l'avoir fait bouillir le lait suspect, et comme la crème, le fromage, etc., restent dangereux, il faudrait interdire la vente du lait de tout animal soupconné ou atteint de cocotte.
La maladie est habituellement bénigne, et il suffit pour la guérir de lavages antiseptiques fréquents. On y joindra l’attouchement des ulcérations avec une solution cocaïnée à 1 p.20 pour combattre la cuisson et la dysphagie, et des badigeonnages avec un collutoire boraté, aluné, où même avec
une solution faible d'acide chromique à À p. 50 pour en hâter la cicatrisation.
D'après E. Hirtz, le meilleur topique, celui qui donne les résultats les plus sûrs et les plus rapides, c’est le salicylate de soude en solution concentrée à 20 p. 100 au moins, dont on badigeonne la muqueuse buccale et pharyngée cinq ou six fois par Jour, principalement après le repas. Le salicylate de soude a sur les autres antiseptiques, le sublimé par exemple, l’avantage de calmer en quelques heures et de faire disparaître très vite la cuisson si douloureuse des ulcérations, de rendre inutile l'emploi de la cocaïne.
On obtient d’ailleurs les mêmes résultats avec le salo/ sulforiciné ou avec un collutoire à l'acide salicylique (acide salicylique 2, alcool q. s., glycérine 30).
Dans les cas graves d’aphtes confluents que l’on observe plus spécialement chez des enfants débilités ou chez les vieillards, les symptômes généraux, surtout la fièvre et les troubles digestifs, réclament, outre le traitement local, l’antisepsie de l'estomac et de l'intestin par le naphtol et les salicylates de hismuth où de magnésie.
D. — STOMATITE HERPÉTIQUE
Par son étiologie, la stomatite aphteuse se distingue nettement de la stomatite herpétique, mais la similitude des symptômes objectifs fait que les deux affections sont habituellement confondues.
La stomatite herpétique coïncide habituellement avec l'herpès labial, mais elle peut aussi se montrer sous forme de poussée isolée ou concurremment avec l'apparition de vésicules d'herpès en un point quelconque du tégument. Comme tout herpès, elle est infectieuse et se montre soit comme manifestation primitive, soit comme infection secondaire greffée sur une autre maladie générale : pneumonie, fièvre typhoïde, rougeole.
Le traitement consistera en lavages antiseptiques de la
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bouche, en attouchement des ulcérations tous les deux jours avec une solution de xt/rate d'argent à p.10, et plusieurs fois par jour avec un collutoire boraté (glycérine 20, borax 2). Le salicylate de soude et V'acide salicylique seront également employés sous les formes indiquées plus haut à propos de la stomatite aphteuse.
La variété spéciale de stomatite herpétique, mise en lumière par le professeur Fournier et si souvent confondue avec des lésions syphilitiques de la bouche, FAerpès récidivant buccal, sera traitée comme la forme vulgaire, en y ajoutant les médications capables de modifier la constitution herpétique, arthritique, lymphatique du sujet dans l'espoir d'éviter ainsi la reproduction souvent désespérante des poussées d’herpès.
E. — STOMATITE IMPÉTIGINEUSE
Il s’agit là encore d'une stomatite infantile coïncidant avec l’impétigo externe de la face ou du cuir chevelu ; comme celui-ci, elle est contagieuse, inoculable et probablement spécifique. Sevestre, qui a fourni sur cette affection le {travail le plus important, y a trouvé du staphylocoque doré dans les neuf cas qu'il a étudiés bactériologiquement, et trois fois un bacille spécial sur la valeur duquel il est difficile de se prononcer. L'intérêt de cette stomatite réside surtout dans ce fait, que les plaques qui la caractérisent ont une analogie assez nette avec les pseudo-membranes diphtériques pour que le nom de stomatite diphtéroïde ait pu lui être appliqué.
Toujours bénigne d'ailleurs, elle comporte un traitement très simple : lavages à l’eau boriquée ou chloralée et attouchement des ulcérations avec un collutoire au borax, ou avec le salol sulforiciné, où avec une solution d'acide lactique autiers.
A la stomatite impétigineuse se rattache une lésion co mmissurale étudiée par Lemaïitre (de Limoges), et plus récemment par P. Raymond et Tenneson : c’est la perlèche qui n’est en réalité qu'un impétligo de la commissure.
Souvent tenace en raison des üraillements auxquels elle
est sujette, la perlèche sera traitée, après détachement des croûtes et attouchement de l’ulcération au sulfate de zinc, par des applications répétées de vaseline boriquée.
F. — STOMATITE PULTACÉE
La stomatite pultacée, décrite par Bergeron, peut se montrer soit comme maladie primitive et isolée, soit à titre d’infection secondaire, dans le cours d’une autre stomatite, sous forme d’un exsudat blanc, crémeux, surtout épais aux gencives et sur la langue, peu adhérent et sous lequel la muqueuse est rouge et facilement saignante, mais jamais ulcérée. Elle est certainement parasitaire, mais l'organisme pathogène est encore inconnu.
Quelquefois bénigne et cédant en quelques jours à des lavages antiseptiques quelconques, elle est souvent très tenace, épuise le malade et se montre très rebelle au traitement. Il faut avec patience veiller à la propreté de la bouche et recourir à des lavages, des badigeonnages, des pulvérisations antisepliques jusqu’à ce que la maladie entre en résolution (Tenneson).
Stomatite spécifique. — Stomatite crémeuse. Muguet.
Le muguet est la seule des stomatites dont la spécificité soit absolument démontrée. Son agent pathogène est un parasite accidentel qui, pour n'avoir pas son siège exclusif dans la bouche, y trouve cependant son habitat de prédilection : l'Oïdium albicans de Robin, le Saccharomyces albicans d’Audry, parasite nettement déterminé, bien que sa place dans les classifications soit encore sujette à controverses.
En étudiant l'histoire naturelle du muguet et son remarquable polymorphisme, Audry a vu qu'il se développe 2n vitro aussi bien et aussi abondamment sur des milieux alea-
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lins que sur des milieux neutres ou acides, contrairement à l'opinion généralement admise depuis Gubler qu'un milieu acide lui est nécessaire. Roux et Linossier ont fixé plus strictement encore les conditions étiologiques de son apparition chez l’homme en montrant qu’il se développe mal dans la salive et en expliquant ainsi son apparition dans les premiers mois de la vie, quand la fonction salivaire n’est pas encore établie, et dans les affections cachectisantes où la sécrétion est à peu près tarie; enfin Achalme a été amené à voir dans l’éclosion du muguet un phénomène secondaire toujours conséculif à une première fermentation microbienne, qui a lieu dans le lait ou dans la bouche (stomatite vulgaire), et qui produit des substances acides devant servir de nourriture au champignon dont les germes sont apportés soit par l'air, soit par contagion directe (Teissier).
Sur ces diverses notions se sont établis la prophylaxie et le traitement rationnel du muguet.
Le muguet sera évité chez l'enfant par une hygiène buccale rigoureuse, par la surveillance du lait, par l’asepsie du biberon et du sein des nourrices, surtout dans le cas où une même nourrice est commune à plusieurs enfants.
C'est encore l'hygiène buccale qui pourra prévenir l’apparition du muguet chez les adultes quand il se montre comme manifestation ultime d’une maladie cachectisante : tuberculose, cancer, etc.
Contre le muguet une fois développé, l’ancien traitement par les a/calins garde son importance et sa valeur. L'acidité de la bouche chez les sujets atteints de muguet est un fait réel; que les alcalins en modifiant la réaction des liquides buccaux entravent directement le développement du parasite ou que, neutralisant les acides produits par une fermentation préliminaire, ils l’affament et Le tuent en le privant des éléments nécessaires à sa nutrition, il est certain qu'aujourd'hui comme il y à quarante ans, il suffit dans les cas bénins de quelques gargarismes à l’eau de Vichy où avec une solution de bicarbonate de soude, de lotions avec un pinceau où un
tampon imbibé d'eau de chaux pour arrêter et faire disparaître le muguet en très peu de jours.
Audry a montré que le borar est le véritable antiseptique du muguet; ajouté en faible quantité au bouillon de culture, il le rend stérile.
On se servira donc de préférence du borate de soude, soit en gargarismes, soit sous forme de collutoire boraté; mais plus qu'ailleurs, on remplacera ici, en raison de son acescence, le miel du collutoire boraté officinal par de la glycérine, soit: borax pur 5 gr., glycérine 20.
Dans certains cas tenaces où le borax ne suffirait pas à arrêter rapidement la végétation parasitaire, on pourra recourir à des badigeonnages de la cavité buccale envahie avec une solution de sublimé à 1 p. 1000, ou, comme le faisait déjà Bazin, à des attouchements répétés deux ou trois fois par jour avec la solution hydro-alcoolique de sublimé à 1 p. 30,en réservant toutefois ce moyen pour les cas les plus rebelles et pour les adultes seulement.
En cas de propagation à l'œsophage ou au tube digestif, on aurait recours au borate de soude pris à l’intérieur, à la dose de 5 à 10, 20 grammes par jour ou à la résorcine en solution de 02,50 à 1/100, une cuillerée à dessert toutes les deux heures (Baginsky).