‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 65 sur 178 · C. — TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX · texte numérisé non relu

C. — TRAITEMENT MÉDICAMENTEUX

Après bien des controverses sur le traitement médicamenteux qu'il convient d'appliquer à l'accès, la plupart des praticiens se sont rangés à l'emploi du bcarbonate de soude,

dans le but de saturer l'extrême acidité du suc gastrique. Et l'on donne ce médicament à doses massives répétées, au point que beaucoup de médecins n'hésitent pas à en faire prendre de 20 à 30 grammes par jour. Malgré l'autorité des promoteurs de cette médication, je ne puis me résoudre à la conseiller, parce que l'expérience m'a démontré ses inconvénients, sinon ses dangers.

Le bicarbonate à haute dose est passible, en effet, de trois objections fondamentales :

1° [se transforme dans l'estomac en chlorure de sodium, et tout le monde sait que c’est aux dépens de ce sel que les glandes gastriques fabriquent l'acide chlorhydrique; il fournit donc, en quelque sorte, un excès de matière première à une sécrétion déjà surabondante ;

2° Ilest, suivant la loi posée par Claude Bernard, confirmée par les expériences de Lemoine et Linossier et par les miennes, un excitant de la sécrétion acide de l’estomac; par conséquent, son emploi abusif et réitéré surmène la muqueuse gastrique et est certainement l’une des causes de la transformation plus rapide de certaines hypersthénies aiguës ainsi traitées en hypersthénies permanentes;

3° Enfin, il donne lieu à un dégagement considérable de gaz acide carbonique qui distend le viscère d’une manière parfois immodérée.

Pour toutes ces raisons, je préfère les alcalino-terreux, c'est-à-dire la magnésie et le carbonate de chaux.

La magnésie commence par saturer l'acidité du contenu gastrique et forme aussi du cAlorure de magnésium qui, comme l’ont démontré Laborde et Aguilhon de Sarran, est un excitant des fibres musculaires lisses et remédie à la constipation atonique, si commune chez les hypersthéniques. La magnésie est donc saturante, puis laxative; elle est en même temps, comme il ressort des recherches faites avec Gaube (du Gers), un tonique minéral de la nutrition nerveuse, ce qui n'est pas à dédaigner dans une maladie où l’élément nerveux tient une place si importante.

De toutes les formes pharmaceutiques de ce médicament, je donne la préférence à la magnésie hydratée :

% Magnésie hydratée. . . . . . 15r,50 Sous-nitrate de bismuth. . . 05,25 à 05",60 Craie-préparée …. 0550 Chlorhydrate de morphine. . 05',0005 à 08r,002 Bicarbonate de soude. . . . . 1 gramme.

Mêlez exactement pour un paquet ou pour trois cachels. — Prendre un

paquet où successivement les trois cachets à dix minutes d'intervalle, dès le début de l'accès douloureux.

Comme cette formule renferme d’autres principes que la magnésie, il s’agit de justifier leur présence.

Le sous-nitrate de bismuth est un absorbant qui fait vernis à la surface de la muqueuse, la protège, calme son irritabilité et paraît diminuer sa sécrétion.

La craie préparée sature les acides gastriques et se transforme en chlorure de calcium, très diffusible et légèrement diurétique (Giacomini).

Le bicarbonate de soude qui figure ici à une dose que ses partisans qualifieront d’insigniliante, sature immédiatement une partie de l'acide libre et détermine un soulagement qui laisse à la saturation plus lente par la magnésie et la craie le temps de s'effectuer.

Quant au chlorhydrate de morphine, agit, malgré sa dose minime, comme modérateur réflexe, sédatif, analgésique, antisécréteur et anexosmotique, toutes propriétés qui trouvent ici d’immédiates applications. Chez les sujets quiontune répugnance pour la morphine ou qui ne la tolèrent pas, on la remplacera dans la formule par 4 où 2 centigrammes de poudre d'opium brut.

Si le goût du mélange précédent délayé dans l’eau était trop désagréable au malade, on pourrait utiliser la forme de cachets ou ajouter à la formule 0:",50 de lactose et 02,10 de poudre de vanille qui en masqueraient suffisamment la saveur fade.

Cette préparation calme presque instantanément la crise.

Si l’accalmie se faisait attendre plus de vingt à trente minutes, on ordonnerait une nouvelle dose, et il est rare que ces deux doses successives n'interrompent pas la crise. Il est important de recommander aux malades d’avaler leur paquet de poudre dès que la douleur commence ; on aura ainsi beaucoup plus de chance de calmer cette douleur que si lon attend qu’elle batte son plein, car il est plus facile d’arrèter une suractivité sécrétoire qui commence que de la suspendre quand elle est en pleine activité.

Aucun médicament ne m'a donné des résultats aussi salisfaisants que la préparation dont il s’agit. Le /audanum. Veau chloroformée, le bromure de potassium, Vextrait et la teinture de belladone ne sont que des palliatifs. Cependant, si la crise douloureuse prenait un caractère angoissant et n'était pas calmée par la saturation magnésienne, on pourrait recourir exceplionnellement à l'injection sous-cutanée de chlorhydrate de morphine.

Page 1