‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 67 sur 178 · A == APERÇU CLINIQUE · texte numérisé non relu

A == APERÇU CLINIQUE

Sous le coup d’excitalions renouvelées, ce ne sera plus seulement par des crises plus ou moins aiguës et plus ou moins durables que se manifestera la dyspepsie, mais bien par un état permanent et des troubles digestifs continus qui caractérisent l'hypersthénie gastrique permanente ou chronique.

Cette forme de dyspepsie correspond à la dyspepsie acide de Gubler, à la dyspepsie hyperchlorhydrique de Germain Sée, à la forme permanente de l’hypersécrétion protopathique ou maladie de Reichmann, de Bouveret, au catarrhe acide de Jaworski, à l’hypersécrétion chronique de Riegel, à la gastrite hyperpeptique d'Hayem, à une partie de l’ancienne dilatation de l’estomac, etc., etc.

Elle constitue la plus fréquente des maladies de l’estomae et peut êlre considérée comme un des grands retentissements

morbides de la lutte pour la vie. Elle procède presque toujours de l’une quelconque des variétés de la forme aiguë. Le nervosisme héréditaire ou acquis, l’arthritisme, la chlorose et la tuberculose sont les états protopathiques qui créent le terrain favorable à son développement.

1° Symptômes essentiels. — L'hypersthénique permanent est souvent un individu pâle et amaigri, d'apparence plus ou moins cachectique. donnant quelquefois l'impression d'un cancéreux. Il insiste principalement sur ses accès douloureux, son appétit conservé ou exagéré, la crainte qu'il a de manger parce que le repas réveille des crises qu'il décrit avec un grand luxe de détails.

Crises douloureuses très variables dans leurs expressions et dans leurs retentissements, désaccord entre l'appétit qui est excellent et la déchéance de l’état général, tels sont les deux premiers signes qui frappent l'observateur. L’exploration de l'estomac, du foie et de l'intestin révèle trois autres signes qui, Joints aux précédents, forment un ensemble symptomatique assez important pour imposer le diagnostic, en l'absence de tout examen chimique du contenu gastrique.

La région épigastrique est sensible à la pression ; chezquelques sujets, cette sensibilité paraît plus aiguë au niveau du pylore. Les parois abdominales sont flasques; le creux épigastrique est plus souvent ballonné que déprimé.

Quant à l'estomac lui-même, il est si fréquemment distendu que je n'ai vu la distension manquer que 47 fois sur 1595 cas. C'est cette fréquence mème, jointe à l'erreur qui a fait confondre jusqu'ici la distension par spasme prolongé avec la dilatation vraie, qui en à imposé aux médecins et leur à fait diagnostiquer des dilatations, là où il n’y avait que des distensions. La distension et le clapotage gastriques sont donc la règle, et l’on peut ajouter que l’immense majorité des grandes ectasies gastriques appartient à l’hypersthénie permanente.

L'agitation péristaltique de l'estomac et la sensation de résistance, de fausse tumeur,au creux épigastrique, par suite

Hé XIII. ) Est

de la contraction tonique de la couche musculeuse de l’estomac, sont des symptômes plus rares, mais utiles à connaître à cause des erreurs de diagnostic auxquels ils peuvent donner lieu.

L'augmentation du volume du foie, qui est presque toujours sensible et parfois douloureux à la percussion, eonstitue un signe presque aussi important que la distension gastrique, puisqu'ilne manque que dans moins d'un quart des cas. Mais, pour le constater, il importe de percuter le malade debout,

La constipation avec coprostase perceptible à la palpation, au niveau du cæcum, de VS iliaque et quelquefois du côlon descendantestextrêmement fréquente. Chez bien des malades, ces amas de matières fécales dans le cæcum, en dehors des accidents divers qu'ils peuvent provoquer. sont pris pour un rein mobile et traités comme tel. J'ai rencontré ce signe de la coprostase, avec ou sans distension du gros intestin, 1106 fois 1595 cas. Dans les autres cas, les garde-robes sont plus ou moins régulières, ou bien il y a de l’entérite mucomembraneuse qui masque la constipation, ou bien encore il y à diarrhée.

Crises gastriques, distension stomacale, hypertrophie fonctionnelle du foie, constipation et coprostase perceptible à la palpation, désaccord entre la déchéance de l’état général et la conservation sinon l’exagération de l'appétit, tels sont les signes fondamentaux dont la réunion impose en quelque sorte le diagnostic.

29 Chimisme stomacal.

conque, ce diagnostic reste douteux, l'étude du chimisme sto-

Mais si, pour une raison quel-

macal lèvera les hésitations.

L'exploration de l'estomac à jeun ramène de 60 à 200 grammes d’un liquide trouble, grisätre, jaunâtre ou verdâtre, sans résidus alimentaires, digérant la fibrine à l’étuve, titrant de 1 à 2 p. 100 d’acidité totale. Au microscope, on trouve dans ce liquide des filaments de mucus coagulé par HCI. On diagnostiquera la distension et la stase gastrique avec spasme ou

rétrécissement du pylore quand la sonde ramènera une grande quantité de liquide contenant des résidus alimentaires.

Si on lave l'estomac avant l'heure du coucher et si l’on fait, le lendemain matin, une nouvelle exploration qui ramène un liquide acide digérant la fibrine, il s'agit encore d’hypersthénie permanente.

Quant à l'examen du contenu stomacal après repas d'épreuve, il donne les résultats suivants qui résument les analyses de quatre cents malades.

1° L’acidité du contenu stomacal est foujours augmentée. Cette acidité est due, pour la plus grande partie, à l'HCI libre.

20 L'HCI combiné est presque toujours augmenté.

3° Les fermentalions secondaires sont /rès fréquentes (74 p. 100). Elles consistent surtout en fermentations lactiques (40 p. 100), plus rarement en fermentations acétiques (22,5 p. 100), et en fermentations butyriques (15,5 p. 100). L'acide acétique se rencontre surtout chez les buveurs,

4° La sécrétion muqueuse de l'estomac, autant qu'on peut en juger par la réaction de la mucine, est rarement augmentée (6 p. 100).

5° La digestion des matières albuminoïdes est, le plus souvent, imparfaite. Dans les deux tiers des cas, il reste de l'albumine coagulable par la chaleur, c’est-à-dire qui n'a subi aucune action de la part du suc gastrique. Dans plus d’un tiers des cas, l'albumine se maintient à l’état de syntonine. L'évolution peptonique est diminuée dans plus des deux tiers des cas.

6° La digestion des féculents, quoique mauvaise ou imparfaite dans plus de la moitié des cas, est cependant moins fréquemment atteinte qu'on ne serait en droit de le supposer d'après ce que l’on sait de l’action empêchante d'HCI sur cette digestion.

Ce fait que les albuminoïdes alimentaires s'arrêtent, en partie, au stade de la syntonine et évoluent difficilement en peptone, m'est une preuve de l'insuffisance de la pepsine chez les hypersthéniques. Il résulle, en effet, de mes re-

cherches que dans l’hypersthénie gastrique, il existe soit un arrêt, soit un retard dans la sécrétion de la pepsine, soit une véritable pepsinurie. La diminution dans la formation des peptones dépend donc, non seulement de l'excès d'HCI, mais aussi de la déperdition urinaire ou de la non-formation de la pepsine.

Quant aux variations de l’évolution stomacale des f6culents, elles démontrent au moins l'utilité du chimisme stomacal pour décider si l’on doit ou non introduire ces aliments dans le régime qu'on doit imposer aux malades.

3° Symplômes secondaires. — Aux signes fondamentaux qui précèdent, il convient d'ajouter un certain nombre de symptômes assez fréquents pour être distraits du groupe des complications réactionnelles. Ces symptômes sont : la sécheresse de la peau qui prend une teinte brunâtre, la faiblesse et le ralentissement du pouls, les palpitalions et les intermittences cardiaques, les vertiges, une sensation subjeclive de dyspnée, une émotivité spéciale et une particulière sensibilité au froid.

La nutrition est profondément troublée; l’amaigrissement fait de rapides progrès; les tissus sont flasques, les conjonctives décolorées, les forces musculaires, l'aptitude au travail déchues; enfin, il est assez commun de trouver des souffles anémiques à la base du cœur et dans les vaisseaux du cou.

Les complications les plus fréquemment observées sont : l'intolérance gastrique, l’hémorragie et l’ulcère de l'estomac,

la contracture permanente du pylore.

Page 1