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D. — HYGIÈNE DES HYPERSTHÉNIQUES PERMANENTS

Si l’on a bien compris notre conception de l'hypersthénie, on s’'ingéniera à bannir avec le plus grand soin de la vie du malade, de son régime et aussi de son traitement médicamenteux tout ce qui est susceptible de provoquer une excitation quelconque, soit générale, soit locale. Malheureusement, cette règle est loin d’être comprise, ce qui a amené les erreurs de thérapeutique que j'ai résumées plus haut.

La vie de l’hypersthénique doit être réglée avec le plus grand soin. Il doit mesurer avec prudence toute dépense d'énergie morale où physique, car chaque effort réagira sur son estomac. Une promenade prolongée, une soirée passée au delà de l'heure coutumière du coucher, un travail musculaire ou intellectuel trop actif ou trop prolongé, une grande joie ou une grande tristesse, un concert trop goûté, un coït intempestif, en un mot, tout dérangement, si minime soit-il, dans le train-train ordinaire de l'existence, devient une cause d’excitation gastrique qui entretient la maladie ou engendre une crise.

Ceci étant bien compris par le malade, il est nécessaire qu'il se mette en mesure de faire disparaître ces causes d’excitation. Sa tranquillité est à ce prix. Donc, il faut une vie réglée comme dans un cloître : lever matinal, pour éviter l’état congestif causé par le séjour prolongé au lit; toilette à l’eau chaude, afin d'écarter une réaction trop vive; repas à heures régulières ; travail ménagé, mais jamais de paresse, car elle prédispose à la neurasthénie; exercice doux et sans dépenses imprévues de forces physiques; coucher de bonne heure, une moyenne de huit heures de sommeil par jour; à partir de 40 ans, grande réserve sur l’usage du génésique. Après les repas, un repos de une à deux heures est nécessaire; c'est ce que font les animaux. Voyez le chien, quand il vient de manger, il se met en boule et attend pour remuer que sa digestion soit terminée. On aura tout avantage à faire comme lui et à supprimer tout mouvement et tout travail jusqu'à ce que l’estomac ait terminé la première partie de l'acte digestif; ensuite le malade pourra agir ou sortir sans inconvénient.

Une question d'hygiène qui est souvent posée est de savoir si les dyspeptiques peuvent faire usage du fabac. La réponse dépend de l’effet produit, car si chez certains malades le tabac provoque une véritable inhibition de l'acte digestif, il arrive également que chez d’autres la fumée amène une excilation des sécrétions; on conçoit que l’autorisation du tabac ne puisse être conseillée d'une manière définitive et uniforme, quoi qu'il soit démontré que le tabac est nuisible dans la plupart des cas.

En dehors de ces règles générales au sujet de l'exercice et du repos, il faut tenir compte des cas particuliers qui peuvent se ranger sous deux groupes.

Dans le premier groupe, il s’agit d'hypersthéniques en état de semi-inanition, faibles, amaigris, frisant la cachexie. A ceux-là, on recommandera le repos absolu. Au besoin même, le repos au lit, au moins pendant la première phase du traitement. Comme ces malades vivent presque sur eux-mêmes, il importe de réduire leurs dépenses.

Dans le second groupe, se rangent les individus encore vigoureux, ayant ou ayant eu des manifestations arthriliques. À ceux-là, on conseillera la vie en plein air, l’activité, l’exercice régulier par entrainement progressif, toujours limité par la fatigue et précédé de la période de repos après le repas.

Le sommeil après les repas devra-t-il être permis ou interdit? Pour cela encore pas de règles fixes : il faut laisser dormir ceux qui s’en trouvent bien et qui se réveillent avec un sentiment de bien-être, tandis qu’il faut interdire le sommeil à ceux qui en sortent engourdis avec de la lourdeur de tête et de l’inaptitude physique et intellectuelle. En tout cas, le sommeil devra être très court et ne pas dépasser une demi-heure.

Quant à la nature de l'exercice, je n’en connais pas de meilleur que la marche, la chasse ou la bicyclette à petite allure et en terrain plat, avec un minimum d'effort. On ne craindra pas de provoquer une légère transpiration.

Durant la période du repos qui doit suivre le repas, on appliquera sur le creux épigastrique des serviettes chaudes ou un sac de caoutchouc rempli d’eau à 38°. J’emploie aussi l’ingénieux appareil à circulation d'eau chaude, imaginé par Verriest (de Louvain); je m'en suis fort bien trouvé chez des malades qui présentaient une intolérance absolue pour toute action médicamenteuse. On maintient cet appareil sur le creux épigastrique pendant une heure environ.

Les soins journaliers de la peau font partie essentielle de l'hygiène des hypersthéniques. Grands lavages le matin et le soir, au tub, avec de l’eau tiède, suivis d’une friction à l’eau de Cologne où à l'alcool camphré. Deux fois par semaine. grand bain tempéré à 30°-35°, de 20 minutes de durée, additionné de 250 grammes de gélatine de Paris et de 300 grammes de cristaux de soude.

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