E. — RÉGIME DES HYPERSTHÉNIQUES PERMANENTS
Les prescriptions hygiéniques qui précèdent ont pour but de réduire au minimum les excitations de divers ordres qui
peuvent retentir sur l'estomac. Le régime dont je vais maintenant m'occuper est destiné à modérer les excitations directes de la muqueuse gastrique.
1° Considérations générales.
Cette question de régime est de la plus haute importance, car d’un bon ou d’un mauvais régime dépendent fréquemment la guérison ou l’aggravation de la maladie. On a beaucoup discuté sur ce point délicat. Les uns veulent un régime carné absolu, tandis que les autres exigent le régime végétal non moins absolu.
Dujardin-Beaumetz, auquel on doit beaucoup dans l'étude du traitement des dyspeptiques, a vanté le régime végétarien, qu'il a défendu avec le plus grand talent, et je dois avouer qu'après l'avoir combattu, j'ai dû finir par me rendre à son opinion, au moins dans certains cas. C’est que tout dépend, dans cette question de régime, des réactions stomacales, et il est impossible de permettre et de défendre certains aliments sans connaître exactement comment se passent ces réactions digestives. Or l’analyse chimique du contenu stomacal prouve que dans des cas qu'il est impossible de prévoir par l'examen seul des signes cliniques, les féculents et divers aliments végétaux sont mieux digérés que les viandes ; il est bien évident que cette notion doit guider dans le choix des aliments conseillés. Au contraire, si l'analyse du contenu stomacal après repas d’épreuve montre que les féculents sont mal digérés, il faudra les interdire. Maison voit combien il serait erroné de donner un régime unique pour tous les cas.
Je vais donc seulement tenter d'établir les grandes lignes du régime alimentaire, en recommandant de pratiquer toujours l’analyse du suc gastrique ou, tout au moins, de suivre attentivement la façon dont le malade supporte l'alimentation conseillée, de manière à pouvoir éliminer, au fur et à mesure, ceux des aliments qui ne seraient pas bien tolérés.
N'oublions jamais que l’hypersthénique offre une étonnante variété de manifestations quant à sa capacité digestive pour tels ou tels aliments.
2° Première étape du régime.
On commencera par mettre le malade au régime lacté absolu, et cela, toutes Les fois qu'il sera possible de le faire. Le lait a trois avantages : il nourrit, il sature l'acide chlorhydrique libre, il repose l'estomac.
De 7 heures du matin à 10 heures du soir, on donnera, toutes les trois heures, un demi-litre de lait, soit 3 litres en tout, en recommandant de prendre ce lait avec un chalumeau, par petites gorgées, et de mettreau moins vingt minutes pour ingérer cette quantité. Dès que la tolérance sera établie, on portera chaque prise de lait à 600,700, 800 grammes, soit à 3 litres et demi, #4 litres et même 5 litres dans la journée. Il vaut mieux prendre le lait chaud que froid, cru que bouilli, complet qu'écrémé; mais ce qu'il faut surtout, c'est se guider d’après Les possibilités du malade. Prendre le lait est la chose importante ; la manière dont on le prend est accessoire.
Si le lait pur n’est pas toléré, on l’écrémera et on l’additionnera d’eau de Vichy ou d'eau de chaux dans la proportion de un dixième à un cinquième.
Le régime lacté sera continué tant que le malade pourra le supporter, et en tout cas, tant que celui-ci augmentera de poids. La pesée hebdomadaire est indispensable pour juger de ses effets et pour fixer le moment où il devra être interrompu. Au début du régime lacté, les malades maigrissent fréquemment, mais cet amaigrissement n'est pas de longue durée et la perte est vite réparée. Si elle ne l'était pas après une dizaine de jours, il faudrait passer à la deuxième étape du régime.
Quand le poids deviendra stationnaire ou aura tendance à diminuer, on cessera le régime lacté absolu. C'est là un critérium absolu.
Si le lait n’est pas toléré, soit qu'il soit vomi, soit qu'on ne puisse en prendre au moins 3 litres par jour, il conviendra aussi de le supprimer, après avoir essayé d'en assurer la tolérance en donnant, cinq minutes avant la prise de lait, deux gouttes de /audanum ou de deux à cinq gouttes de la mixture composée à la prcrotozine dont il sera question plus loin.
Debove conseille de joindre au lait la poudre de viande, en commencant par 30 grammes et en arrivant peu à peu à 200 grammes. En thèse générale, je me suis mieux trouvé du régime lacté absolu, au moins pendant cette première étape.
3° Deuxième étape du régime.
Dans la deuxième étape du régime, on continuera le lait, en y ajoutant progressivement les œufs à la coque très peu cuits, les œufs brouillés, les potages épais au lait ou au tapioca, de la semoule, des pâtes alimentaires, des jaunes d'œufs, puis le riz, les farines de végétaux azotés, tels que lentilles, haricots rouges et blancs, pois, fèves; enfin le macaroni, les nouilles, les purées d’artichauts, de pommes de terre, de carottes, de navets, les épinards. Tous ces aliments seront
préparés au lait. — Le pain est permis, grillé et en petite quantité. — Comme dessert, marmelade de pommes.
Cette deuxième étape de régime durera de dix à vingtjours. A ce moment, les repas seront organisés ainsi :
Au réveil, un demi-litre de lait;
À 11 heures, déjeuner composé de quelques-uns des aliments ci-dessus, avec du lait comme boisson;
À 4 heures, un demi-litre de lait;
À 7 heures et demie, diner composé des aliments précédents, et encore du lait en boisson.
Durant les derniers jours, on ajoutera à chacun des repas, soit du poisson bouilli (sole, merlan, barbue, turbot), soit de petites quantités de viande crue hachée ou de viande bien cuite, finement divisée et passée pour en éliminer les parties tendineuses.