‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 82 sur 178 · Voyez page · texte numérisé non relu

Voyez page

« d'autant plus vive que l’eau est plus froide, le choc plus énergique, la durée plus courte. La douche en jet brisé est, de tous les procédés, le plus excitant; après elle, vient la douche en pluie, puis la friction au drap mouillé, le bain de rivière, et enfin la piscine froide (Glatz). » Par conséquent, on donnera à l'hypersthénique permanent des douches tièdes, en pluie nuageuse, de trois à cinq minutes de durée, en évitant absolument de toucher au creux épigastrique. La douche sera suivie d’une friction sèche et d'un exercice actif.

La douche froide, courte, sera réservée aux dyspeptiques neurasthéniques, non rhumatisants, qui n'auront pas été améliorés par le mode précédent.

La douche écossaise rendra des services aux dyspeptiques rhumatisants,etdans quelques casde fermentationsanormales.

Ajoutons, en forme de conclusion, que l'hydrothérapie nerencontre pour ainsi dire aucune contre-indication dans le traitement des dyspepsies, quelles qu'elles soient, à la condition d'être maniée par un praticien habile. Je pourrais citer les observations d’un nombre considérable de malades réfractaires aux actions médicamenteuses qui ont été très améliorés sous l’habile direction de Beni-Barde, de E. Duval, ou dans les établissements de Divonne, de Champel, etc. L'hydrothérapie méthodique est donc l’un des meilleurs traitements adjuvants de l’hypersthénie gastrique, sous toutes ses formes.

4 Cures hydro-minérales.

Il n'est pas de station hydro-minérale où l'on n'ait eu à enregistrer la guérison de dyspeptiques; aussi, la plupart des établissements inscrivent-ils la dyspepsie au nombre des maladies qu'ils revendiquent. Etpourtant, rien n'est difficile commele choix de la station à conseiller à un hypersthénique.

En partant des principes qui doivent régir la thérapeutique de cette affection, nous voyons qu'il faut s'abstenir des eaux minérales excitantes. Les eaux qui conviendront devront être peu minéralisées, peu ou pas gazeuses; elles seront tièdes

et renfermeront une certaine quantité de matières organiques. Étant donnée l'action sédative de l'azote (Albert Robin et Maurice Binet”), celles des eaux du type ci-dessus, qui sont dites « azotées », conviendront particulièrement.

Mais le principe une fois posé, combien l'application est difficile ! À chaque instant l'on aura des surprises. Tel hypersthénique se trouvera à merveille de la cure de Vichy, avec la source de l'Hôpital (Durand-Fardel). Tel autre retirera de Carlsbad d'excellents résultats. Saint-Nectaire, avec ses sources du Mont-Cornadore, Saint-Césaire, du Parc, Maurange (cette dernière très ferrugineuse et très chargée de matières organiques), m'a donné, ainsi qu'à Coutaret, des effets inespérés. Pouques accroît l'appétit, calme les dyspepsies douloureuses, diminue la flatulence, apaise les vertiges. Chatel-Guyon, régularise les fonctions intestinales. Cauterels, avec sa source du Mauhourat, apparaît comme sédatif de la sécrétion gastrique, ainsi qu'il a été démontré par des expériences faites dans mon service avec l’aide de Duhourcau. Royat agirait de la même facon, avee un mode moins accentué (F. Bernard). Bagnères-de-Bigorre, avec la source du Salut, diminue l’éréthisme de la muqueuse gastrique et facilite la tolérance pour les aliments (Coutaret). A/ef, Foncirque, Molitg (avec ses eaux riches en malières organiques), ont guéri des « dyspepsies irritatives ». Brides remédie aux insuffisances intestinales et soutient l’activité hépatique. Saint-Alban conviendrait aux dyspeptiques anémiques, etc. Et si nous passions aux stations étrangères, en dehors de Carlsbad, déjà nommé, que de cures obtenues à Marienbad, Ems, Hombourg, Kissingen !

L’embarras du praticien est immense, et il persistera tant que l’on n'aura pas revisé, d’une manière complète, l’action de ces différentes stations sur le fonctionnement physiologique de l'estomac. Cette étude, dirigée par la Commission des Eaux minérales de l’Académie de médecine, est en voie d'exécution, et les travaux de ses stagiaires, MM. Arthus,

4. Azserr Rogix et Maurice Biner. — De l'action sédative de l'azote sur les échanges respiratoires (Annales d'hydrologie el de climatologie médicales, 1897).

Ranglaret, F. Bernard, Leblanc, etc., ont préparé les solutions à intervenir; mais, actuellement, elle n’est pas assez avancée pour qu'il soit permis d'indiquer à coup sûr quelles sont les cures thermales dont sont justiciables les hypersthéniques.

Alors, comment procéder en attendant ? Je ne puis que donner les indications de ma pratique personnelle, en spécifiant qu'elle est purement d'attente et qu’elle se modifiera graduellement, au fur et à mesure que les études dont il s'agit seront plus avancées et qu’elles seront confirmées par l'observation des malades.

Jusqu'à plus ample informé et abstraction faite des médications propres à certaines stations et rapportées plus haut, je préfère les cures purement balnéaires aux cures internes.

Parmi ces dernières, on choisira les eaux inermes d’Alet ou d'Évian. Les eaux de Vittel et de Contreréville sont aussi recommandables quand l'urine est rare, haute en couleur et très acide. On surveillera de très près les fonctions de l'intestin qu’on aidera avec des laxatifs et de grands lavements.

À Luxeuil et à Plombières, on enverra les hypersthéniques anémiques ; à Méris, à La Malou, les hypersthéniques nerveux et rhumatisants ; à Badenweiler, à Wildbad, à Saint-Sauveur, les névropathes et les neurasthéniques ; à Cauterets, Luchon, les arthritiques torpides.

La méthode des cures associées, si habilement employée par Gubler, sera de mise quand on connaîtra mieux l’action des différentes eaux sur la physiologie de l'estomac, et quand on pourra bien déterminer le terrain sur lequel l'hypersthénie s'est développée. C'est ainsi que j'ai quelquefois réussi chez des arthritiques en conseillant Véchy après Cauterets et Luchon, et chez des névropathes anémiques en ordonnant une cure normale à Plombières suivie d'une courte cure à Saint-Nectaire. Ces exemples suffisent pour démontrer tout l'intérêt et tout l'avenir de ces cures associées.

5° Bains de mer.

Les bains de mer et même le séjour au bord de la mer, ne conviennent pas à la plupart des hypersthéniques, ce qui se conçoit puisqu'on recherche tout ce qui est sédatif et que nous repoussons tout ce qui est excitant. — En tout cas, on évitera les plages du Nord, de la Picardie et du Boulonnais pour choisir de préférence, dans les cas exceptionnels où le médecin devra indiquer une cure marine, les plages de la Méditerranée, ou Arcachon, Biarritz, ete., en spécifiant nettement l'interdiction de prendre des bains.

6° Climatologie.

En thèse générale, la cure climatérique est surtout à recommander, et il est exceptionnel qu'on n’en retire pas d'excellents effets. Combien de malades qui ont épuisé sans succès touteslescures hydro-minérales et qui reviennent transformés d’une cure d'altitude ! Cette transformation reconnait comme agents, l'altitude, l'exercice, l’absence des préoccu- -pations habituelles, et une hygiène mieux entendue. .

Pour le choix de la station, iln’y a aucune difficulté. Toute station convient, pourvu qu'elle soit entre 600 et 1 000 mètres, qu'on y mène une existence calme, qu'elle soit dépourvue d'humidité et aménagée de façon que l’on puisse y faire de l'exercice gradué.

7° Cure de raisins.

Très prônée parquelques médecins, je n'ai pas assez d’expérience personnelle pour formuler une opinion. On a cité des succès aux stations bien connues de Vevey, Meran, Durchheim, Bingen, Rudesheim, Bossart, Grünberg, ele.

K. — TRAITEMENT DE LA PÉRIODE CACHECTIQUE. — INDICATIONS DE L'INTERVENTION CHIRURGICALE

Le traitement de la période cachectique, si le malade se présente hâve, amaigri, déchu, avec l'aspect d’un cancéreux,

— et l’erreur est bien fréquemment commise, —ne diffère en rien de celui que je viens d'exposer et est justiciable des mêmes indications. Combien de fois ai-je vu ces prétendus cancéreux revenir à la santé et augmenter de poids dans d'invraisemblables proportions par l'application stricte des deux premières séries du régime (régime lacté, puis régime végétal), soutenue par l'emploi des médications appropriées ! Dernièrement encore, il y avait, au n° 53 de la salle Serres, à la Pitié, un malade envoyé avec le diagnostic « cancer de l'estomac », considéré comme un cancéreux par l’interne et les assistants du service, et qui sortit ayant augmenté de 18 kilos en trois mois!

Mais quand le spasme du pylore, intermittent d’abord, devient une contracture permanente, quand l'estomac distendu malgré ses efforts pour vaincre l'obstacle (agitation péristaltique au creux épigastrique), n’est plus qu’un cul-de-sac sans issue où les aliments séjournent et fermentent, quand tous les moyens médicaux tentés pour résoudre cette contracture sont demeurés inefficaces, on ne peut guère compter sur la fallacieuse ressource des lavements alimentaires !; la parole

Page 1