B. — DU RÉGIME
Le lait qui convient si merveilleusement aux hypersthéniques est ici tout à fait contre-indiqué, sauf dans quelques cas exceptionnels, quand, par exemple, il existe une absolue
intolérance gastrique ou quand l’ingestion des aliments provoque aussitôt une sensation pénible qui persiste jusqu’au repas suivant. — Hors de ces cas, supprimons le lait qui détermine de la constipation, qui rend l'intestin paresseux, diminue les sécrétions gastriques ou biliaires et prédispose aux fermentations vicieuses, particulièrement fréquentes dans ce genre de dyspepsie.
La viande doit être employée avec ménagement, car elle est naturellement mal digérée par un estomac pauvre en sucs acides; le peu de viande ingérée par le malade doit être mise en purée, afin d'en faciliter la transformation en syntonines. Les œufs, surtout à la coque, sont aussi bien tolérés que par les hypersthéniques. Les poissons maigres, merlan, sole, turbot, barbue, sont ici des aliments de choix.
Il faut insister, au contraire, sur les aliments féculents azotés, pâtes, farines de pois, fèves, lentilles, haricots rouges, etc., de racines au besoin, mais toujours finement divisées.
Les condiments sont utiles; on permettra les mets légèrement épicés, qui étaient interdits aux hypersthéniques; les aliments dits métazymes par Gubler, c'est-à-dire ceux qui portent en eux-mêmes leur ferment, huîtres, gibier, marinades, sont parfaitement tolérés par ces malades.
L'huile d'olives, la crème, le beurre frais sont permis. Comme desserts, fromages maigres très frais et fruits cuits. Le thé et le café, bien sucrés, sont autorisés.
Comme boissons, ce qui convient le mieux, ce sont les vins blancs légers, coupés avec des eaux minérales stimulantes (Condillac, Pougues, Soultzmatt), ou encore l’eau ordinaire additionnée d’une cuillerée à dessert d’eau-de-vie de bonne qualité. Les bons vins rouges eux-mêmes, particulièrement les vieux vins de Bourgogne. sont bien supportés par certains malades chez lesquels ils provoquent: une excitation favorable. La quantité totale des boissons répartie sur les trois repas sera de 1 litre à 1 litre et quart par jour.
Comme on le voit, c’est exactement le contre-pied du régime ordonné aux malades qui souffrent d'accidents dus à
l'hypersthénie ; aussi est-il important de bien établir le diagnostic de ces deux affections, sous peine de nuire aux malades. Nous allons voir que cette opposition se retrouve aussi tranchée dans la médication.
Le malade fera trois repas par jour, à 8 heures du matin, à midi et à 7 heures du soir. Le repas de midi sera le plus copieux; il faut éviter de manger trop le soir. Un intervalle de trois heures séparera l’heure du diner de celle du coucher.
Pour le menu des repas, on se réglera sur l’appétence des malades et sur les tables de régime si bien composées par Leube. M. Seure (de Saint-Germain-en-Laye, et M. Albert Mathieu! ont fixé des menus que j'ai adoptés, en les modifiant quelque peu, et qui peuvent servir de programme pour l'alimentation des hyposthéniques.
PREMIER DÉJEUNER. — Soit, un à deux œufs à la coque avec une fasse de thé léger, très chaud, et un peu de pain grillé. — Soit, une tasse de bouillon de bœuf avec des pâtes alimentaires, du tapioca, etc., et un morceau de pain grillé.
SECOND DÉJEUNER ET DINER. — Un potage; trois plats; un dessert. — 60 à 100 grammes de pain grillé.
Potage. — Bouillon de bœuf ou de poulet avec beaucoup de légumes et des os.
Premier plat. — Deux œufs brouillés.
Deuxième plat. — Au choix : sole, merlan frit, en ôtant la
peau, barbue, turbot, brochet au court-bouillon; sauce à la crème ouau jaune d'œuf; un filet de jus de citron et un peu de sel pour accroître la sapidité de la sauce.
Troisième plat. — Au choix : filet rôti, côtelette de mouton ou chateaubriand sur le gril; gigot, poulet, faisan, perdreau rôtis à la broche; jambon d’York ou de Mayence; riz de veau, cervelle bouillie, bœuf bouilli.
Léqumes. — Purée de pommes de terre ou mieux pommes de terre cuites sous la cendre, avec un peu de sel et de beurre. — Purée de choux-fleurs, de pois, de lentilles, de haricots,
4. Acgerr Marmeu.— Le régime alimentaire dans le traitement des dyspepsies. Paris, 1894.
de julienne, de carottes, de céleri, d'artichauts. — Épinards, salades cuites, salsifis. — On peut permettre une salade crue tendre, faiblement assaisonnée.
Entremets. — Ceux faits avec des’œufs et de la crème.
Desserts. — Fromage blanc, fromages maigres et frais, fruits cuits, compotes, marmelades, confitures. Boissons. — Vins blancs ou rouges, vieux, dépouillés,
non acides, coupés d’eau de Pougues, Bussang, Condillac, Soultzmatt, Vals. — Bière légère, Bière de malt.
Les repas seront pris à des heures très régulières.
Quant aux règles d'hygiène, elles sont bien simples : vie à la campagne, en plein air; exercice régulier et modéré; ne jamais dormir après les repas; travail intellectuel réduit au minimum.