‹ Traité de thérapeutique appliquéeChapitre 87 sur 178 · Préparation du vin pancréatique de Glatz · texte numérisé non relu

Préparation du vin pancréatique de Glatz

Prenez deux pancréas de porc et un pancréas de bœuf. Hachez et DIE au mortier avec 2 gr. de carbonate de soude, 08',50 de borax et 40 gr. de glycérine pure. Laissez reposer trois heures dans un endroit frais; ajoutez 500 gr. de vin vieux, agitez fréquemment, passez au tamis, et ajoutez une quantité de vin suffisante pour obtenir 1 litre de liqueur. Décantez et filtrez.

ee fx

mais je veux dire de suite que, dans les dyspepsies, il y a souvent de véritables pertes de pepsine, et que dans ces cas on a avantage à faire prendre au malade de la pepsine artificielle, à condition de prescrire des pepsines vraies et d'action certaine.

D. — DE LA PEPSINE EN THÉRAPEUTIQUE GASTRIQUE 4° Arguments et objections.

La pepsine a Joué autrefois un rôle considérable dans le traitement des maladies d'estomac tandis qu'aujourd'hui ce rôle est à peu près nul, puisqu'elle est abandonnée par la majorité des praticiens. Or la pepsine mérite-t-elle la défaveur où elle est tombée à l'heure actuelle ? Sans aller jusqu’à l’enthousiasme des temps passés, ne peut-on essayer de réhabiliter ce médicament déchu? Ce sont les points que je vais examiner.

Quand, en 1854, Corvisart introduisit la pepsine en thérapeutique, la confiance accordée au nouveau médicament fut telle qu’on fonda sur lui les plus grandes espérances; on alla jusqu’à dire ce mot : « Avec la pepsine, maintenant, on peut se passer d'estomac. » C’est qu'en effet, cette conception neuve des ferments solubles avait ouvert des horizons nouveaux, et la pepsine semblait avoir une importance de premier ordre, le rôle de l'acide du suc gastrique passant au second plan. Les choses ont bien changé depuis Corvisart; M. de Beurmann a fait le relevé des quantités de pepsine consommée dans les hôpitaux et montré combien cette quantité est en continuelle décroissance.

Quelle est la cause de cet amoindrissement énorme du rôle que jouait autrefois la pepsine ?

Un certain nombre d'arguments ont été mis en avant par ses adversaires.

Le premier de ces arguments, c’est que la pepsine et l’acide chlorhydrique sont deux produits de sécrétion engendrés

d'une manière connexe; qui Juge la sécrétion de l'acide chlorhydrique juge aussi la production de la pepsine. Aussi, dans les recherches chimiques de ces dernières années, ne s’est-on nullement occupé de la pepsine ; c’est la recherche de l'acide chlorhydrique qui domine tout.

Bourget (de Lausanne), au Congrès de Lyon de 1894, est veuu apporter une autre objection.

Il pose en principe que, dans les estomacs les plus malades, même dans les cas de cancer ou de gastrite chronique invétérée, la pepsine ne manque pour ainsi dire jamais. — Dès lors, à quoi bon en ajouter?

Bien plus, en admettant même qu'elle manquât, il serait encore inutile d’en introduire dans l’estomac, les digestions artificielles ayant montré à Bourget que la pepsine est plutôt gênante ; elle trouble le liquide et ne sert en rien à la digestion.

Heidenhain et Ebstein sont arrivés à des conclusions analogues; pour ces auteurs, la muqueuse stomacale ne fabrique pas de pepsine, mais elle sécrète un produit spécial, dit propepsine, qui secondairement, sous l'influence de l'acide chlorhydrique, se transforme en pepsine. Or, s'il peut arriver quelquefois que la pepsine manque dans l’estomac, par contre la propepsine ne manque jamais ; il suffit donc, dans un estomac pauvre en pepsine, d'ajouter de l'acide chlorhydrique ; il est absolument inutile d'y mettre directement de la pepsine.

Aux arguments précédents, Je vais opposer un certain nombre de faits d'observation.

Pour ce qui concerne tout d’abord le premier argument invoqué, il tombe de lui-même devant la constatation suivante.

Dans les fièvres, la sécrétion de l'acide chlorhydrique s'arrète, et pourtant, dans ces conditions, la pepsine se rencontre encore dans l’estomac; chez les tuberculeux en particulier, la dyspepsie des périodes initiales est presque toujours une hypersthénie gastrique avee hyperchlorhydrie; lorsqu'il survient un accès fébrile, la fonction chlorhydrique se suspend, mais

TRAITEMENT DES DYSPEPSITES. 287

la fonction peptique continue. Il est donc certain qu’en jugeant de l’acide chlorhydrique, on ne juge pas de la pepsine.

D'ailleurs, certains histologistes, et au premier rang de ceux-ci Renaut, de Lyon, sont d'avis que la sécrétion de la pepsine et celle de l'acide chlorhydrique ne se passent pas dans la même cellule, peut-être pas dans la même glande; ce n’est pas encore une opinion définitive; pourtant, cette manière de voir n’en à pas moins son importance.

Enfin, ne sait-on pas depuis longtemps que les variations de l'acide chlorhydrique n’impliquent pas des variations parallèles de la pepsine?

Aux conclusions de Bourget concernant l'inutilité de la pepsine dans les digestions artificielles, j’oppose les conclusions inverses auxquelles m'a conduit l’étude des malades traités avec la pepsine; que celle-ci soit inutile dans les digestions de laboratoire, c’est possible, mais quand la digestion se passe dans l’estomac, il n’en est plus de même; par exemple, dans la dyspepsie infantile, l'acide lactique donne des résultats bien différents, suivant qu'on lui associe ou non la pepsine. De même, quand on est en présence de gastrites chroniques, qu'on n’a plus l'espérance de réveiller par des médicaments appropriés les fonctions stomacales, il faut se servir de l’estomac pour y faire de véritables digestions artificielles. Or, j'ai essayé d'employer l'acide chlorhydrique seul, et je n'ai jamais réussi aussi complètement que dans les cas où j'ai associé la pepsine et l’acide chlorhydrique. Voilà une expérimentation qui répond aux arguments de Heidenhain et à ceux de Bourget.

Le rôle de la pepsine en thérapeutique n'est donc pas aussi terminé qu’on voudrait le faire croire.

2° Pepsinurie et apepsie.

L'examen des urines à ce point de vue donne des renseignements de premier ordre. Dès 1861, Brücke avait constaté l'existence, dans certaines urines, de ferments solubles ca-

pables de digérer la fibrine et très assimilables à la pepsine. D'après des recherches faites en collaboration avec Derôme, nous avons, dans nos urines, un ferment soluble analogue à la pepsine; mais ce ferment n'existe pas dans l’urine d’une manière continue; on le rencontre le matin à jeun, à midi, à sept heures; au contraire, immédiatement après les repas, on ne le trouve plus.

Donc, la matière qui sert à fabriquer la pepsine est produite constamment par l'organisme; dès qu'on mange, l'estomac utilise ce produit, et on cesse de le perdre par la sécrétion rénale.

En faisant ces recherches, nous nous sommes trouvés en présence de deux sortes d'anomalies.

Certains dyspeptiques ont une pepsinurie continue, aussi bien après qu'avant leurs repas; ces malades, perdant constamment leur pepsine, sont donc dans de mauvaises conditions pour l'utiliser dans leur estomac.

Inversement, d’autres malades n'ont jamais de pepsinurie : ils fabriquent done peu de pepsine.

Dans ces deux cas, l'administration de la pepsine semble devoir rendre de grands services. Si on y joint les gastrites chroniques, on voit qu'il y a trois indications bien nettes permettant d'employer la pepsine d'une manière rationnelle.

3° Les pepsinogènes.

Comment devons-nous donner ce médicament? — 1] y a bien des années est apparue dans la science la doctrine des pepsinogènes : il y aurait des médicaments et des aliments jouissant de la propriété de favoriser la formation de la pepsine.

Il est, à coup sûr, préférable d'employer les pepsinogènes que d'ajouter directement de la pepsine dans l'estomac. Parmi ceux dont l’action est le mieux démontrée, il y a le bouillon,

1. Argent RoBix. — Pepsinurie normale et pepsinurie pathologique (Soc. méd. des hôpitaux, 1896). — M. Derôue. — Contribution à l'étude du passage dans

l'urine de quelques ferments digestifs (Thèse de Paris, 1896).

pepsinogène admirable, qui, sous l'influence des fausses idées régnantes, a été frappé d’ostracisme. Or, non seulement le bouillon est un pepsinogène, mais, de plus, il est encore un peptogène. Dastre a montré récemment que certaines solutions salines sont capables de digérer la fibrine; les sels auxquels Dastre reconnaît le plus d'activité se retrouvent précisément dans le bouillon.

Les petits pois, les os, la gélatine, les dextrines du pain grillé, les fromages secs sont également d'excellents pepsinogènes.

D'autre part, il est des aliments ou des médicaments qui ont un rôle antipepsinogène indubitable, tels les amylacés (pain non grillé), les glucoses, toutes les préparations gommeuses, le café en solution concentrée, etc.

4° Des diverses espèces de pepsine.

Quelle pepsine faut-il employer? — Toutes les pepsines du commerce peuvent servir, à condition qu’elles soient fraichement préparées.

En outre, il estimportant que letitre exact de la pepsine employée soit bien établi. Il existe dans le commerce une quantité de pepsines très variables au point de vue de leur puissance, comme aussi de leur forme. Les formes les plus communes sont : la pepsine extractive, sorte de confiture jaune bien soluble, la pepsine en paillettes, qui n’est autre chose que la précédente desséchée à l’étuve et à basse température, et enfin la pepsine amylacée, obtenue en traitant la pepsine extractive de manière à en faire une poudre par son mélange avec de l’amidon. Toutes ces pepsines ont des titres variant entre 20 et 100, ce qui veut dire que 1 de pepsine, mis en présence de fibrine dans une petite quantité d’eau acidulée au millième d'acide chlorhydrique et maintenue à l’étuve à 38° ou 39° pendant douze heures, est capable de transformer complètement en peptones 20 à 100 de fibrine.

Dans la pratique, le titre acceptable de la pepsine est au

moins 50 et la dose formulée doit être proportionnée à la quantité d'aliments ingérés. Les doses indiquées par les formulaires sont toujours trop faibles. Le médecin doit désigner dans sa prescription le titre de la pepsine que doit délivrer le pharmacien.

5° Formes pharmaceutiques.

Dans les prescriptions, la forme n'est pas indifférente, cest ainsi que la pepsine extractive doit être réservée aux préparations liquides, tandis que la forme en paillettes servira à faire les cachets; quant à la pepsine amylacée, c’est une forme surannée qui devrait ètre bannie de la pratique.

La pepsine peut être prescrite sous forme de sirop, d’élixir ou de vin, de cachets. Dans les dyspepsies hypersthéniques, l'emploi de l'alcool est contre-indiqué; de même pour les dyspepsies avec fermentation acétique.

Il ne faut pas donner de sucre aux dyspeptiques qui fabriquent de l’acide lactique. Par suite, le sirop de pepsine sera réservé aux dyspepsies hypersthéniques sans fermentations lactiques, le vin et l’élixir de pepsine aux dyspepsies par insuffisance sans fermentation acétique, les cachets aux dyspepsies avec fermentations acétique ou lactique ou aux hypersthénies gastriques.

A. — Cachets de pepsine. — 1] faut employer une dose de pepsine suffisante, de 0£",50 à 1 gramme, et lui associer de la maltine ou diastase (05,10 à 0£",15). — Le cachet sera donné au milieu du repas.

Onassociera la pancréatine à la pepsine et à la diastase; la dose est de 02,15 à 02,30 environ; mais il faut se souvenir que la pancréatine est tuée par son séjour en milieu acide; il est donc nécessaire de la donner en pilules kératinisées ; une fois arrivée dans l'intestin, c’est-à-dire en milieu alcalin, la kératine se dissout et libère la pancréatine.

B. — Sirop de pepsine. — Prendre 6 grammes de pepsine, les dissoudre à froid dans 20 grammes d’eau; laisser reposer

deux heures; filtrer. Mélanger le liquide ainsi préparé avec 70 grammes de sirop de cerises; agiter; ajouter [IV gouttes d'acide chlorhydrique.

Donner une cuillerée à soupe de ce sirop au milieu des repas.

C.— Élirir de pepsine. — Dissoudre 6 grammes de pepsine dans 24 grammes d’eau. Ajouter 30 grammes de sucre en chauffant à 32°. Ajouter ensuite 54 grammes de vin de Lunel (avec précaution), puis 12 grammes d'alcool à 33° (doucement, goutte à goutte). Enfin, IV gouttes d'acide chlorhydrique.

A propos des élixirs de pepsine, il est utile de dire quelques mots de l’action de l'alcool sur le ferment. On à, en effet, accusé les élixirs d’être des préparations inactives en raison de l'inhibition provoquée par l'alcool sur la pepsine. Bardet a fait justice de cette erreur physiologique et montré que, pour tuer la pepsine, il était nécessaire de la mettre dans l'alcool fort. Il serait donc exagéré de prétendre que les élixirs de pepsine ne doivent pas être employés ; ils représentent, au contraire, une excellente forme dans les cas d'insuffisance

gastrique.

6° Antagonistes.

Bien entendu, il faut absolument éviter de donner, en même temps que la pepsine, un des médicaments qui lui sont antagonistes, tels que la créosote, le chloral, le sublimé, le tanin, l'acide qallique, les sels de fer solubles, V'atropine, le phénol.

Si l’on est forcé d’avoir recours à ces médicaments, il faut les donner loin des repas; et, dans tous les cas, on ne les emploiera pas toutes les fois qu'on soupçonne une insuffisance peptique.

La pepsine reconnaît donc des indications formelles ; entre l'enthousiasme exagéré de Corvisart et le mépris actuel non moins exagéré, il y a place pour l’opinion mixte que je viens d'exposer.

Page 1