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C. — CHIMIE PATHOLOGIQUE

L'acide normal de l’estomac est l'acide chlorhydrique; en cas de fermentations anormales, la digestion s'opère en pré-

sence d'acides de production pathologique qui sont l'acide acétique, l’acide butyrique et l’acide lactique. Ce dernier est celui que l’on rencontre le plus fréquemment.

L'acide acétique se produit surtout du fait de l'alcool ingéré, et on le trouve le plus souvent chez les buveurs de liqueurs, de vin et de bière. N'oublions pas que l’ingestion de boissons alcooliques n'implique pas absolument l’ivrognerie et que l’on peut rencontrer l'intolérance gastrique à l’alcool chez des malades qui, de leur vie, n'ont été en état d’ébriété.

L’acide butyrique se trouve principalement chez les sujets qui sont au régime lacté. Il suffit alors de supprimer la cause pour voir disparaître les troubles dus aux fermentations; de ce fait, il faut retenir que le lait n’est pas, comme on le pense, le meilleur aliment de tous les dyspeptiques, quels qu'ils soient. Comme exemple des accidents causés par l’emploi abusif du régime lacté, je ne saurais mieux faire que de citer un cas qui s’est rencontré dernièrement dans mon service. Il s'agissait d’une jeune fille qui avait avalé par erreur un verre de solution de sublimé : naturellement la malade avait présenté tous les signes de la gastrite aiguë, aussi l'avait-on mise avec raison au régime lacté exclusif, et cette médication avait été continuée par prudence pendant un temps très long. La malade manifestait au moment de son entrée dans notre service des signes de fermentation butyrique intense, que l’on mettait sur le compte des suites de l’empoisonnement. Mais il a suffi de supprimer le lait pour voir aussitôt disparaître les symptômes gastriques : il s'agissait simplement de fermentations vicieuses dues au maintien trop prolongé du régime lacté.

L'acide lactique peut être considéré presque comme un des éléments normaux de la digestion, au point que les physiologistes ont été longtemps en désaccord au sujet de l'acide libre du suc gastrique normal. Il est peu d’estomacs dans lesquels on ne le trouve au moins à l’état de traces. Mais comme nombre d'aliments usuels, le pain, les féculents, les sucres, le lait, etc., sont capables de l’engendrer, dans les

actes d’une anormale digestion, on conçoit que sa proportion puisse atteindre des chiffres importants.

Cet acide lactique paraît être produit, le plus souvent, par le ferment lactique dont on a constaté la présence dans la cavité gastrique; mais il semble aussi qu'il puisse se former par dédoublement de la glucose en dehors de tout ferment figuré. Une molécule de glucose (C°H°?0°) correspond à deux molécules d'acide lactique (C*H°0*) : cette dissociation de la molécule de glucose semble pouvoir s'accomplir assez facilement dans un milieu humide, chaud et alcalin. Ce sont précisément les conditions présentées par l’estomac des gens atteints de gastrite chronique et même des hypersthéniques quand on les traite par les alcalins à haute dose, ou par les sujets qui ont absorbé une grande quantité de salive.

Les malades chez lesquels dominent les fermentations vicieuses présentent de la flatulence; nous verrons tout à l'heure que ce phénomène est un de ceux qui gênent le plus les patients. Cette production de gaz doit-elle être attribuée à la fermentation? L'analyse peut permettre de répondre à cette question. Ewald, qui a étudié ce sujet, donne les résultats suivants pour la composition des gaz d’éructation :

CORP MN SE ES RE NRA ER ED (CRE HER CRUE EME M2 DES OÙ CHE OO PR EAU EE TN Re MAN OTSRTS Re SRE AO PAS Ge de lies abat 0 lee 0 (CEA IT VS rer Tee NS Ne CE A SES S

D’après ces chiffres, on serait en droit de supposer qu’une partie au moins provient bien de la fermentation et que le reste doit venir de la déglutition d’une certaine quantité d’air ingéré au moment où l’éructation va se produire. Mais il faut tenir le plus grand compte du moment où l'analyse est faite. Bardet a fait remarquer que dans les éructations qui se manifestent immédiatement après le repas, il était impossible d'accuser les fermentations, d'autant plus que la quantité de gaz est parfois prodigieuse. Dans ce cas, 1l est à supposer

qu'il s’agit d’une véritable exhalation gastrique. C'est-à-dire que, sous le coup de l’irritation, l'estomac perd sa contractilité et qu'alors ses parois musculaires, cessant d'agir par compression sur les capillaires, il se produit dans l'estomac une exosmose gazeuse et que les éructations sont constituées par les gaz du sang. Cette théorie est confirmée par les résultats des analyses de Bardet, qui a trouvé les chiffres suivants :

à 60 centimètres cubes.

0 20 à 15 — AZ 30 à 2 —

Il s’agit ici des produits d’éructation d'hypersthéniques, 8 3 immédiatement après l’ingestion d'une petite quantité d’aliments; la plus grande partie du gaz était absorbée par la potasse, et le reste, pour Bardet, provient : 1° d’un excès d'oxygène du sang, et 2° de la plus ou moins grande quantité d'air ingurgité par le sujet au moment où il veut se débarrasser des gaz qui encombrent son estomac, car l’éructation D L ) chez les flatulents est toujours précédée de l’ingestion d’une petite quantité d'air qui sert à ouvrir la porte aux gaz.

D. — SYMPTOMATOLOGIE

Après le repas, le malade est pris d’une sensation de pesanteur et de somnolence parfois invincible. Si le sommeil ne vient pas ou peut être combattu, il y a toujours une inaptitude absolue pour le travail ou pour l’action. Les vêtements gènent, et il faut les desserrer complètement; l'estomac est visiblement gonflé avec sonorité et tympanisme. Bientôt se déclare la flatulence, parfois immédiate : il s’agit alors d'hyposthéniques; d’autres fois, deux heures après le repas, sile phénomène a lieu chez des hypersthéniques; cette flatulence, à moins qu'il ne s'agisse de fermentations butyrique ou putride, est toujours complètement inodore.

Si le malade est hypersthénique, il se produit, avec les

éructations, une régurgitation fortement acide, et au contraire, chez les gastritiques ou chez les dyspeptiques par insuffisance ou dans l’hypersthénie retardée, ces régurgitations sont moins acides ou neutres et sans saveur. Quelle que soit la nature de la dyspepsie, il s’agit là, non pas de vomissements, mais bien d’un véritable phénomène de mérycisme, car les malades n'éprouvent pas de nausées, et on en voit qui peuvent ainsi rejeter leur repas la cigarette à la bouche et presque sans malaise.

Mais, peu à peu, l’état du malade devient réellement pénible. Vers les quatre heures après le repas, du pyrosis se déclare; c’est l'instant où les acides de fermentation viennent irriter la muqueuse, la sensation provoquée par l'acide lactique étant beaucoup plus pénible que celle qui est déterminée par l'acide chlorhydrique. À ce moment, se produit une crise parfois extraordinaire de flatulence, de véritables explosions ont lieu, et le phénomène prend chez certains malades des proportions vraiment fantastiques. Bardet, qui a mesuré les quantités rendues par un sujet dressé à recueillir les gaz éructés, a pu avancer que chaque éructation pouvait représenter parfois près d’un litre, et que si l’on prend une moyenne, il est permis de supposer, en comptant le nombre des éructations effectuées au cours d’une digestion anormale, que, dans certains cas exceptionnels, le malade en arrive à rejeter ainsi de 200 à 400 litres de gaz. Ce sont là des chiffres considérables et l’on peut en déduire, sans insister, quel supplice cet état de flatulence constitue pour ceux qui en sont atteints.

Ces grandes crises de fermentation vicieuse sont suivies d'une réaction de l’estomac, qui, chez certains malades et particulièrement dans l’hypersthénie permanente et chez les hyposthéniques, prend la forme d’un embarras gastrique. Si les crises, moins fortes, sont régulières, il se produit de l’embarras gastrique chronique avec fétidité de l’haleine, et le sujet présente une langue blanche et aplatie.

Il va sans dire que ces crises gastriques exercent un reten

tissement sur l'intestin, qui, lui aussi, participe aux fermentations vicieuses; celles-ci se manifestent par du tympanisme avec borborygmes. On observe en outre chez ces malades des alternatives de constipation et de diarrhée.

Traitement des troubles gastriques dus aux fermentations stomacales.

À. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Puisque les fermentations anormales sont un élément morbide complicatif de l’une ou l’autre des deux formes de dyspepsie que nous avons décrites, il va sans dire que le premier soin du médecin doit être de reconnaître la forme de la dyspepsie originelle, en se basant sur les signes et symptômes déjà mis en lumière, et qu'une fois la dyspepsie reconnue, le traitement qui lui est spécial en doit être établi avant tout. Cependant, comme les phénomènes dus aux fermentations amènent un état pathologique surajouté assez particulier, on se trouvera forcément conduit à modifier le traitement d’après les indications que je vais poser.

Naturellement, le régime sera, si l'on peut s'exprimer ainsi, le vrai clou du traitement, car il est nécessaire de l'instituer avec autant de sévérité que pour les autres affections gastriques, de manière à supprimer dans l'alimentation du malade les substances qui sont susceptibles de provoquer ou d'entretenir les fermentations qu'il s’agit d’entraver.

Je traiterai donc en premier lieu du régime; j'aborderai ensuite les médications, et enfin, pour terminer, je toucherai à un point nouveau, le traitement de la flatulence, qui parfois cause au malade de cruelles souffrances et que les thérapeutistes ont jusqu'ici iaïssée un peu trop de côté.

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