B. — DU RÉGIME DANS LES FERMENTATIONS VICIEUSES
L'une des causes les plus fréquentes des éructations, c’est l'introduction dans l'estomac d'une grande quantité d'aliments. Aussi, la première recommandation à faire à un dyspeptique qui souffre de fermentations anormales, c’est d’avoir à diminuer les repas principaux et de faire, au contraire, beaucoup de petits repas. Cette précaution est tou- Jours excellente, mais elle est quelquefois merveilleuse chez certains hypersthéniques, car ces malades sont alors calmés par l’ingestion des aliments, et l'acide chlorhydrique, dont la production est permanente, trouve ainsi une sorte de saturation physiologique qui réduit d'autant les chances de crise gastrique douloureuse. C'est surtout parce qu’il nécessite une succession constante de petits repas, que le régime lacté produit un bon effet dans beaucoup de cas; mais on peut être certain que le même résultat sera obtenu avec plus d’avantages encore, si au lieu du régime lacté, on institue par Jour six ou huit repas très légers.
On concoit facilement, d’ailleurs, que l'introduction d’une grande masse alimentaire dans l’estomac provoque la stase et prédispose aux fermentations. Au contraire, une petite quantité d'aliments, même chez l’hyposthénique, peut encore être digérée par le peu d'acide chlorhydrique contenu dans l'organe, et de plus, chaque nouvelle introduction amène une excitation physiologique des sécrétions normales; on peut donc ainsi diminuer la production des fermentations secondaires, qui trouvent moins l’occasion de se produire.
Naturellement, dans ces cas comme dans toutes les maladies de l'estomac, avec plus d'opportunité encore si c’est possible, les aliments, viandes ou légumes, doivent être préalablement mis en purée, si le malade n’a pas de bonnes dents, ce qui est, d’ailleurs, le cas le plus fréquent.
Les aliments et les modes culinaires suivants doivent être
rigoureusement interdits, car ce sont des agents ou des provocateurs de fermentalions secondaires :
Sucre, bonbons ou pâtisseries de toute nature ;
Sauces quelconques et tout apprèt savant ;
Choux, et, en général, toutes les crucifères et les aliments qui renferment des huiles essentielles ;
Toute charcuterie et viande conservée ;
Gibier et viandes marinées ;
Tout coquillage, tous les aliments métazymes, y compris le fromage;
Corps gras et fritures de tout genre ;
Vin et liqueurs, bières et cidres,.
Le pain aurait avantage à être supprimé, car il est un grand élément de fermentations secondaires et il est une cause fréquente de fermentation lactique. Mais beaucoup de malades ne pouvant s’en passer, il est impossible de demander sa suppression absolue; au moins, est-il alors nécessaire d'obtenir que le malade diminue considérablement la consommation de cet aliment et le réduise au strict minimum, en n’usant que du pain fraîchement grillé. Il en est de même des légumes féculents, particulièrement des haricots, des lentilles et des pois ; les pommes de terre, qui renferment beaucoup de cellulose, peuvent être autorisées.
Sont permis aussi les aliments suivants :
Viandes et volailles tendres très peu cuites, œufs frais:
Soupes aux pâtes. Un mode de préparation particulièrement bien accepté et avantageux quand il faut instituer de petits repas, consiste à faire des potages aux pâtes additionnés de purée de viande légèrement cuite.
Le lait doit être supprimé. Par conséquent, il faut interdire aux malades le repas du matin avec café au lait ou chocolat. Le cacao en poudre lavé et dégraissé peut être autorisé, à condition de le préparer à l’eau; mais le meilleur déjeuner du matin est encore un œuf à la coque avec une tasse de thé.
Le café est permis; c’est un bon tonique gastrique et il
rendra des services chez les sujets qui sont enclins à l’anémie cérébrale.
Au besoin, mais seulement chez les malades atteints d’insuffisance digestive et jamais chez les hypersthéniques, on pourra autoriser après l’un des repas, comme excitant physiologique, un quartde petit verre d'excellent cognac. A ce propos, sans insister, Je dirai que toutes les fois qu'il s’agit de faire absorber à un malade de l'alcool ou du vin, c’est toujours de bon et vieux vin ou cognac qu'il faut prendre, et non pas de l'alcool dit pur de la chimie: je suis done absolument opposé aux théories exposées par Daremberg, théories que je n'hésite pas à considérer comme paradoxales et d'une dangereuse application clinique.
Comme boisson, on conseillera une eau minérale légère à laquelle on pourra ajouter un peu de cognac, mais très peu, environ la valeur de 5 grammes par verre.
Je me trouve bien de l’usage d’une eau alcaline artificielle chez les hypersthéniques. Voici comment cette eau doit être préparée : dissoudre à chaud 2 à 6 grammes de bicarbonate de soude dans un litre d’eau, laisser déposer le bicarbonate de chaux qui précipite, décanter et boire aux repas le liquide clair ainsi obtenu.
Voici encore une formule de boisson qui est bien acceptée et supportée par les malades : on prend de bonne eau de source ou une eau minérale légère et agréable, telle que Évian, Saint- Galmier ou Condillac, et l’on y découpe une ou deux tranches de citron. Il est à remarquer que l'acide citrique et le citron sont les seuls condiments acides bien supportés par ce genre de malades; c’est un fait que la théorie n’explique pas suffisamment, mais dont il faut profiter.