PAR
A. BROUSSE Professeur agrégé à la Faculté de Médecine do Montpellier.
Dans ces dernières années, on a décrit deux types d'ostéopathies systématisées : Vostéùe déformante de Paget et Vostéoarthropathie hypertrophiante de Marie ; c'est à ces deux types que nous limiterons Tétude thérapeutique des ostéopathies.
OSTÉITE DÉFORMANTE (MALADIE DE PAGET)
Considérations générales.
C'est en 1876 que sir James Paget en donna la première description. Après lui, un certain nombre d'observations sont publiées en Angleterre; enfin quelques-unes sont mises à jour en France, en particulier par Lancereaux, Pozzi, Thibierge, qui fait sur ce sujet un important travail d'ensemble [Archives de médecine , 1890). Citons aussi les thèses de Richard (1887), Joncheray (1893).
A. Symptômes. — Pour Paget, c'est une affection de l'âge mûr, à marche lente et chronique, frappant les os longs, surtout dans leur diaphyse, en particulier ceux des membres
TRAITEMENT DES OSTEOPATHIES.
auo
inl'éritnirs (>l la clavicule; parmi les os plats ou couiU : ie crâne, les côtes et la colonne vertébrale. Elle s'accompagne souvent au début de douleurs, mais respecte ordinairement la santé générale.
Cette maladie, éliidiée dans son évolution, se caractérise essentiellement par des douleurs et surtout par des déformations.
1° DouIpws. — Les douleurs niurqucnl hahituellement le début lie l'allectiou, elles sii'gent au niveau des os qui vont être altérés et paraissent en rapport avec le processus morbide qui s'opère dans l'os. Elles peuvent <>tre très vives, aussi bien diurnes que nocturnes : tantôt continues, tantôt intermittentes, pouvant alors affecter la forme fulgurante.
Plus rarement, et ceci paraîtrait en rapport avec une évolution plus lente de l'affection, les douleurs font complMement défaut, et ce n'est qu'aux premiers signes de déformation que la maladie est reconnue, par exemple par la constatation que fait le sujet que sa tête est devenue trop grosse pour son chapeau.
2° Déformations. — Essentiellement constituées par l'augmentation de volume des os. elles s'accompagnent, pour les os longs, de déviations caractéristiques. Le malade présente alors, lorsqu'il est debout, un aspect tout spécial : le crâne hypertrophié est penché en avant; le dos est vodté, les membres supérieurs pendent le long du corps et paraissent d'une longueur exagérée par suite du raccourcissement des membres inférieurs. En effet, les os de la cuisse et de la jambe, grossis dans leur diaphyse, présentent une largo courbure à concavité interne; en outre, les os des jambes sont fortement incurvés en avant, de sorte que. quand les pieds sont rapprochés, les genoux restent notablement écartés. Par suite de ces différenles incurvations, il se produit un raccourcissement plus ou moins prononcé des membres inférieurs.
C'est surtout au niveau de ces membres que les lésions sont le plus prononcées; mais elles peuvent frapper aussi.
270 TIIAITK IIE THKR APEUTIQIJ E APPLIQUÉE.
quoique rtiromciit, les mcnibros siipéripui-s, plus siiuvont I0 I nichis, tps eûtes, la clavicule et surtout le crâne; la faco reste*! gi^n^ralenient indemno, sauf, dans certains cas. le muxillaira | in fi5 rieur.
Gén(5ralemi'nl les os sniil frappés synii^trignement.
Cepeiidanl. dans les formes incomplf-tes, certains os peu- I vent ?lre frappi^s unilatéralement.
Lu marche de la maladie est essentiellcnienl clintnique et lentement progressive, et ne retentit pas le plus sou voitt sur l'état général. La terminaison fatale arrive habituellement | par maladie intercurrente, qui dans beaucoup de cas trouve être le cancer.
Les lésions sont essentielleuienl constituée^ yar un nié- | lange d'ostéite raréfiante et d'ostéite condensanlf.
L'étiologie est des plus obscures.
La maladie débute habituellement vers ott ans. frap[»e 1 également les deux sexes. Elle ne reconnaît nullement una'l inlluencc héréditaire. On a signalé ses rapports avec l'arthrl-l tisme, et plus particulièrement avec le rancer. Les trauDitt^V tisraes paraissent dans certains cas avoir ajii comme causel occasionnelle.
B. Diagnostic. — L'âge d'apparition de la maladie, su locali-J sation caractéristique sur les os longs et sur le cr&ne,suDév<Hfl liition. l'absence d'antécédents pathologiques particuliers, pcr^ mettront de distinguer cette aiïectiou des autres ostéopathie! (acromégalie. ostéo-arthropathie hypertrophianfe). ainsi qutf des manirestations osseuses de ta syphilis et du rhumatiitmQJ
C. Patkogénie. — L'obscurité qui r^gne dans l'étiologic <l cette alfectioii ne saurait permettre de lui attribuer tinc | thogénie précise.
Dans un livre récent', M. Labadie-Lagrave range la ma^fl ladie de Paget dans le groupe des dyscrasies, désignant sou ce nom des maladies dont l'origine serait en rapptfrt i l'ailération de certaines glandes vasculaires sanguines.
sang, l'sr
TRAITEMENT DES OSTEOPATHIES. 271
Si celle iirifriiu' [laraît d(^montri'0 pour racronu'gniie. on rapport avec une lésion du corps pituitaire, rien ne permet, du moins actuellement, d'atlribuer une paltiogf^nie analogui' à l'osti^ite dt^formante.
Jusqu'à plus ample iufornié. nous croyons ((u'elle doil être considérée comme sous la dépendance d'un liouble ili' nutrition et mérite, à ce point de vue, d'être rapprochée de l'ostéomalacie, dont certains auleiirs la considèrent comme une variété {lî. Vincent' propose de lui donner le nom d'ostéomalacif hy^tvrtrujihitiuv Uinihjne).
Traitement de rostéite déformante.
Rn l'alisenci' dV'linloffii' el de pathogénie précises, lu thérapeutique de lu mahiilie ilo Paget ne comporle pas de médication spécilique, ni réellemonl curative. Le trailcnient seni donc purement symptomatique.
Les deux indications principales consisteront, étant donnés Ips symptômes caractérisliques de la maladie : 1° & combattre les douleurs; 2" à s'efforcer d'atténuer les déformations et d'arrêter leur marche progressive.
1" Les douleurs seront combattues par les agents analgésiques usuels, parmi lesquels les plus recommandables nous paraissent être le salicylate de soude, qui a donné de bons résultats dans un cas de Thibierge. et l'antipyriue.
l^e ne serait qu'au cas de douleurs très vives, localisées, à type fulgurant, qu'on serait autorisé à pratiquer des injections de morphine.
2° Contre \i.-\i déformations, la thérapeutique esta peu piî-s désarmée.
On a employé un grand nombre de médicaments parmi lesquels l'iode, l'arsenic, etc.. mais sans résultais.
'INCENT. — Eiicyclop-irlie intfnuilionalf de Mriirgif, I. IV.
272 TllAITK DE THÉRAPEUTIQUE APPLIQUÉE.
Ces (li^turmtitions i^tant dues à un vice de la nulrilioi iiornialo de l'os, puisqu'elles se produisent sous l'iuRuetice d'un double processus de ramollissement osseux et d'ossifîcaiion exubérante, il nous parait que. dans leur période formative, les prt^paratioiis phosphores, mais surtout phosphatées, trouvent ici leur indication; nous conseillons le phosphate de chaux sous ses diiïérentes formes (le gljcérophosphate de chaux trouverait peut-(*tre ici uiu' heureuse application).
Les déformations portant paKiculiCrement sur les membres inférieurs, le repos sera indiqué, car elles sont exagérées par le poids du corps et, par suite, par la marche.
Une fois les déformations complMement constitué) comme elles n'empêchent pas les divers mouvements, qu'elle^i apportent simplement une certaine gène fi leur accomplissement, il no nous parait pas qu'il y ait utilité à avoir reoiurs aux appareils orthopédiques, et encore moins à l'ostéotomie, qui a été proposée par Gibney, en .\mérique.
Arrivé à cette période, le malade devient un infirme dont il faut s'eiïorcer de maintenir le bon état général par une hy(i;iène appropriée (habitation confortable, vie tranquille, alimenlatioti tonique et réparatrice, etc.)
OSTÈO-AIITHHOPATHIE HYPEUTItOPIIIANTE (MALADIE DE HMUgJ
Considé rations générales.
C'est en 1890 que P. Marie, dans un mémoire paru daus la Revue de Médecine, sépara de l'acromégalie, qu'il venait lip décrire, un groupe d'ostéopathies systématisées, qui lui parut eu rapport avec une alTection chronique*pleuro- pulmonaire et auquel il donna pour ce motif le nom'd'ostêo-artl pathie hypertrophiante d'origine pneitmique. ~
TnAITEMENT BES OSTÉOPATHIES. 273
Depuis lors, de nombreux travaux onl paru sur cpUp question, parmi lesquels je signalerai seulomenl le mL^raoire de Rauzier, qui publie la preraifre aul{)psie {Revue de médecine, 1891), les th&ses de Lefcbvre (1891) et Jamet (1893) '.
A. Symptômes. — La maladie se caractérise par les déformations une fois constituées, le mode de début passant inaperçu le plus souvent. Ces déformations portent particuli^roment sur les extrémités. Les mains frappent par leur volume excessif: en examinant de près, on voit que l'hypertrophie ne porte pas sur toute la main, qu'elle siège exclusivement sur les doigts, et d'une manière plus accentuée sur la phalangette; de sorte que les doigts ont l'apparence de baguettes de lambnnr. et même an pouce de battant de cloche.
Les ongles participent à l'hypertrophie : ils sont très étalés el bombés, et prennent l'aspect de verre de montre on de bec de perroquet, selon qu'on les regarde de face ou de profil. La région métacarpienne est indemne, mais le poignet est très augmenté de volume, par suite de l'hj-pertrophie considérable des éplphyses inférieures des os de l'avant-bras.
Les autres segments du membre supérieur sont rarement atteints. .
Du côté des membres inférieurs, altérations de même ordre : renlïement terminal des doigts de pied, élargissement et incurvation des ongles, hypertrophie du cou-de-pied par débordement des malléoles, gonflement et légère llexion des genoux, augmentation de volume des rotules.
Enfin, fréquemment il existe une cyphose dorso-lombaire compliquée souvent d'un certain degré de scoliose.
Pas de déformation habituelle du cûlé de la tôte. On a signalé dans certains cas une hypertrophie de la clavicule, de l'épiue de l'omoplate, du sternum, des extrémités costales.
Du côté des fonctions, il y a un certain degré de gène dans les mouvements par suite des déformations des extré-
Voir. pour 1& bibliographie et les ddlails ■; oiptomatiqui:!, l'arûcle trèi eoiilpli>l iaaÂré par R:Iuz[er dam la quatrièmu édiùun du Trailt pralii/ur des mal-uJiet du tj/tline nerueux de M. OnAaser, t. II. p. 24U.
mités articulaires; les malades deviennent maladroits de leurs mains, surtout pour les travaux di^licats; 1a mtirche, é^al&-J lement, |»eul devenir difficile, et môme imimssiblc à miel pt^piode avanci^e de la maladie.
B. — L'évolution de cette maladie est essentiellement lente et progressive, La duri^e en est généralement longue. La terminaison fatale arrive, non par les progr^s de la maladie, qui n'altère pas IVlat général, mais, le plus souvent, du fait de la maladie pleuro-pulmonaire provocatrice ou d'une affection intercurrente.
Chez les enfants, l'évfdnlion est plus rapide, mais en revanche, elle peut rétrocéder et guérir.
C. — Les lésions consistent, d'après les recherches de Lefehvre, en une médnilite suhaîguP avec hyperplasie et condensation de l'os sous-péridsté. L'analyse chimique a montré | dans les os malades l'augmentation des matières organiques et surtout des matières grasses, la diminution considérahifi ' du phosphate et du carbonate de chaux, remplac/'s eu parliy par du phosphate de magnésie
I). — Quant îtu diagnostic, c'esl avec l'acroraégalie que l'ostéij-atlhnjpalhie hypertrophiante prête le plus k confusion. Ce qui permettra de distinguer celle-ci, ce sont : la localisation dos ostéopathies aux doigts et surtout & la phalangette, la déformation spéciale des ongles, l'absence de lésions à la tête, tandis que dans i'acromégalie, c'est l'extrémité (mains ' ou pieds), dans sa totalité, qui est hypertrophiée; les défor- i mations s'y rencontrent aussi à la face, particulièrement au niveau du nez et du maxillaire inférieur, lequel pn^ente unn hypertrophie énorme.
Enfin l'ostéo-arthropalhie est dans la plupart des cas en rapport avec une affection pteuro-pulmonuire, ce qui permet d'accentuer encore les dîiïérenees qui ia séparent de l'acromégalie.
Elle présenle certaines analogies el pourrait t^\vo au début confondue avec les doigts hippocratiqucs de la lubei'culose, mais, dans celle dernière alTeclion. outre que les lésions sont
TRAITEMENT OUS OSTEOPATHIES. 27,1
lexcliisivcnii'iit liniiUk's aux oxlrémitds digitales. pIIos [lurlL'iit witlus spécialpoient sur les parties nionos.
Ètiologie. — La maladie frappe surtoul les adultes ftl. parmi ceux-ci, pri^sente une grande prédilection pour le sexe masculin. Ou peut l'observer aussi chez les enfants, et elle porte alors également sur les deux sexes. Mais ce qui domine Tétiologie de cette forme d'()sl(?opalhie, c'est, ainsi que Marie l'a mis en lumière dès l'abord, la coexistence babiluelle l'une afTection plcuro-pulmonaire chroniqueàsécrétion ation- ^dante, souvent purulente, ayant débuté longtemps avant l'alfeetion osseuse.
Dans ces derniers temps, on a publié un certain nombre de Jeas qui font exception à cette règle et dans lesquels l'ostéopatfiie aurait débuté à la suite de pyélo-népbrite,de rhumatisme chronique, etc. Nous signalerons en particulier trois cas dans lesquels l'origine syphilitique a été signalée (cas de Schmidt, de SmirnolT, de Chrétien).
P. Pathogénie. — Slarie admet que l'alfection pleuropulmonaire provoqin' l'ostéopathie par le mécanisme suivant: les toxines, émanant des germes qui entreliennenl l'allection 'des voies respiratoires, seraient transportées par la voie san- ^ine el iraient se localiser aux extrémités, où elles provoqueraient un travail lent d'irritation osseuse.
Cette ingénieuse théorie, qui s'applique à la plupart des cas. parait en défaut pour ceux dont l'origine est extra -pulmonaire, et surtout pour ceux qui sont en relation avec la syphilis, à moini) que l'on n'admette, avec Chrétien, que dans ces derniers s le virus syphilili<iue joue le même n'de (]ne lu loxine pullonaire.
Traitement de l'ostéo-artliropatlile hyper trophiante.
Nous venons de voir que l'ostéo-arthropalhie hypertrophiante a dans la plupart des cas une éttologie précise : en
27ti TRAITK DE TIIK RAPEUTIQUE APPLIQUEE.
dcliurs (le i|U('lqiios ras rares où elle parHÎl en rappurl avee l syphilis, e'ost presque toujours sons la di^pendance d'une affec tion plenro-pulmonairc chronique qu'elle se développe. De t deux grandes indieiilions dans le Iraitement de cette atTectionS
1 ' Combattre la maladie provocatrice ; 2" s'efforcer d'amem la réioltttlon des lésions ostéo- articulaires.
1° Ponr remplir la première indication, le Irailem fiera suivant la nature de la cause.
Si l'on soupçonne In syphilis, il ne faudra pas hésiter à " employer le Iraitement spécifique, car dans le cas de Schmidt il a donné un suec(''s. On donnera la préférence au trailenieiit mixte (iodure et frictions ou injections mercurielles, sir< lie riibert), que l'on emploiera d'une façon intensive et t une certaine persévérance.
Dans la plupart des cas, il s'agit plutôt d'une maladl plenro-pulmonaire â sécrétion putride. Si l'on admet la patlu génie tr^-s logique indiquée par Marie, qui place le point i départ de la maladie dans les toxines du foyer respiratoire on voit toute l'importance qu'il y a à agir sur ce foyer.
C'est là, en effet, l'indication capitale. On devra s'efforce par tous les moyens de tarir la source de ces sécrétions pa(b< gtncs : on aura recours pour cela aux différentes métbndt antiseptiques qui s'adressent aux voies respiratoires et i diffèrent suivant qu'il s'agit d'une affection broncho-pulm<K naire ou bien d'une affection pleurale. Dans le premier cas, ( aura recoui's aux préparations dp goudron, de créosote, d'c caiyptol, etc, prises à l'intérieur ou administrées en inhala lions: dans le second cas, on emploiera les lavages antisepi ques de la plî-vre, qui, suivant [es circonstances, devront fi accompagnés d'une intervention chirurgicale.
Cette thérapeutique a donné de bons résultats dans i certain nombre de cas et vient ainsi confirmer la doctrin pathogénique de Marie. C'est en particulier chez les enfaOl qu'elle réussit le mieux (Moizard, Marfan, Janiet), et elle a i en pareil cas procurer une guérison complète.
2° Contre l'ostéo-artliropathie elle-même, nous étions ju!
TBAITEMENT DES OSTÉOPATHIES. 277
qu'à pr6&eiil complètonipnl désarmés ; k's iodiqucs, los arsenicaux, etc., donnés à l'intérieur, restaient complètement impuissants, de mânie que l'application locale des did'i^rcnts révulsifs.
MM. Démons et Binuud (de Bordeaux)' viennent de faire entrer la thérapeutique de celte maladie dans une voie nouvelle, en appliquant à sa cure les injections de liquide organique, mais de liquide organique spécialisé, de suc pulmonaire. Ce suc pulmonaire est préparé de la fa(;on suivante : on prend 20 grammes de poumnn de moutou coupé en petits morceaux, on les fait macérer pendant une demi-heure dans fiO grammes de glycérine; on ajoute 120 grammes d'eau bouillie naphtolée à saturation et on laisse macérer le tout pendant une demiheure; puis on filtre, on introduit dans l'appareil de d'Arsonval et on filtre de nouveau à la pression de t>0 atmosphères, après avoir laissé la solution pendant vingt miimtes en contact avec l'acide carbonique.
Dans le cas publié par ces auteurs, il s'agissait d'une ostéo- «rthropathie consécutive à une pleurésie purulente; les injections de suc pulmonaire, préparé comme nous venons de l'indiquer, ont été pratiquées t^ms les trois jours, en injectant chaque fois une seringue de Pravazdans ) a région scapti lai re. Ces injections, qwi sont bien supportées, ont amené une amélioration très considérable, d'abord la fermeture du trajet llstuleux pleural, puis la rétrocession partielle des manifestations ostéoarthropathiques, en même temps que le retour complet des mouvements normaux et le rétablissement de la force musculaire.
C'est là un résultat très encoiirageaul, el, quel que suil le mode d'action de celle médication, qu'elle agisse soit indirectement en modifiant l'affection pleuro-putmonaire primitive, soit direclement sur les lésions ostéo-articulaires, il y a là une Toie à poursuivre.
TOUS que l'expérience ultérieure ciuiliriueiii pleinement le succès de celte première tentative.
I. Deuo:4!< el Bisaod. — Archivts générales de iiiMecine. nnùt 1891.
CHAIMÏRK XIV
M. SPHI.NGEB
Considérations générales.
Exposer dans uu cliapitri; d'ensemble des faits dissemblables el ai'titiciellenient réunis, c'est là une tâche à laquelle j'aurais renoncé, si je n'avais rencontré quelques principes de physiologie générale qui permettent au clinicien de se diriger dans ce dédale pathologique.
Le titre de cette étude indique qu'il est impossible de donner des formules précises pour le traitement des cas particuliers. Un volume suffirait à peine à exposer les faits innombrables qui englobent, non seulement la pathologie du Douvean-né, mais encore toutes les maladies de l'enfance, de l'adolescence, et celles m<^me de l'âge adulte qui apparaissent jusqu'à la tin de la pi^riode de croissance.
C'est qu'en eiïet la croissance est un fait physiologique qui imprime à toutes les airections morbides une modalité spéciale. La thérapeutique ne doit donc pas se désintéresser d"iin élément qui peut jouer quelquefois un rôle capital; le développement intense du syst&me osseux dans le cours des mala-
(lies aiguës de l'enfance peut devenir la source d'un grand nombre d'accidents. Le devoir du clinicien consiste à ne pas perdre de vue qu'il faut, malgré la fièvre, donner à l'organisme les matiïriaux nécessaires à l'édification des éléments anatomiqucs de nouvelle formation.
Si cette indication n'est pas remplie, les cellules développées sous l'influence du processus fébrile, étant donnée l'inéluctabilité des lois de ci'oissaDCo, se forment au détriment des organes préformés, capabtos de leur céder les substances nécessaires à leur constitution. De ceviremenl résultent deux conséquences pathologiques : d'une part, une malformation des éléments ainsi constitués, et, d'autre part, une dystrophie des cellules auxquelles les substances ont été empruntées.
Si l'on se rend compte que cotte déviation des lois de la nutrition s'opère dans un milieu organique modifié par les élaborations des éléments infectieux et par les réactions d'un organisme qui se défend, on comprend le trouble apporté à la croissance qui se fait dans de telles conditions.
C'est ainsi que se produisent, si l'on veut prendre pour exemple la fièvre typhoïde, toute la série des ostéomyélites que l'on observe dans le cours et la convalescence de cette maladie, et. d'autre part, la mulliplicité des troubles nerveux plus fréquents chez les adolescents qu'à l'âge adulte.
La chimie anatomique nous apprend que les os sont constitués par une forte proportion de phosphate de chaux ; elle nous révèle également la grande quantité de phosphore que contient le système nerveux. Pour empêcher le système osseux d'appauvrir le système nerveux, une indication thérapeutique se dégage, c'est la nécessité de donner à l'organisme h?» substances chimiques indispensables pour sa croissance intensive.
11 va sans dire que la croissance ne résulte pas de cette équation. Mais, lorsqu'il s'agit d'applications thérapeutiques, le clinicien doit laisser de cdté la complexité des actions réciproques des processus morbides, et dégager un fait important autour duquel il fera graviter sa médication, sans
280 THAITK DE THÊRAPKUTIQUE APPLIQLRE.
négiigiT puur cela les indications que lYvoluliun trunc mallb^ die aiguë peut faire surgir.
Or, la croissance joue un rôle forl Jinporlanl dans lu ptitlio-l génie; elle est par. conséquent la source d'un grand nouibrqâ d'indications thérapeutiques.
Dans les lignes qui suivent j'étudierai surtout les priiici-l pales causes des maladies liées à la croissance; leur thérapeu-T tique sera donc pathogénique, autant que les connaissances oa^ pathologie générale le permettent.
Des flëvres de croissance.
A. — Cette dénomination fréquemment employée parlât cliniciens et, plus souvent encore, par les personnes étrangères I à la médecine, mérite quelques mots d'explication. Tout d'a*fl bord, il convient de rechercher si ces lièvres de croissancft] existent réellement? La clinique, pas plus que l'éliologie et Iti pathogénie, ne justifie une semblable dénomination. La croissance est la manière d'être de la nutrition pendant la première! partie de l'évolulion humaine, période où l'assimilation l'em-^ porte sur la désassimilalion. Elle résulte de propriétés spA-J ciales biologiques, qui sont la caractéristique de la matièrsj vivante en général. Il s'agit donc d'un fait physiologique qui,:j dans les conditions normales, ne saurait devenir une cause tlel maladie. Le terme maladies de croissance doit être rejeté dttl cadre nosologique.
Cependant celte fonction do l'urganisnie, qui caractérise I la première période de la vie, peut être influencée par luusn les agents pathogènes. Mais alors les troubles de croissanofrl sont secondaires. Ils sont effets et non causes de maladies.] Les agents pathogènes, éléments infectieux, toxiques, eti;., agissant sur un terrain en période de croissance, déterminent des accidents apparents, et im incrimine la croissance, alors qu'au contraire c'est elle qui subit les coups.
Devant l'obligation d'adopter l'étiquette de fièvre de croissance consacrée par l'usage, quelle doit être la thérapeutique lorsque ce diagnostic est porté. Ktant donné ce qui préc&de, le clinicien devra, avant tout, s'efforcer de préciser son diagnostic, car le traitement eu dépend.
B. Diagnostic. — Comment établir ce diagnostic? La fièvre et les douleurs dans les membres sufOsont le plus souvent. Ur. chez les enfants, toutes les maladies aiguës accompagnées de fièvre présentent des douleurs, tantùt sourdes et profondes, tantôt vives, dans la continuité des membres ou au niveau de l'union des épiphyses avec la diaphyse. De plus, le tissu osseux est le si^ge d'une activité très grande, qui -se traduit par un allongement si rapide de certains os que la peau sus-jacente étirée présente des vergetures presque loujours indélébiles, surtout au-dessus du genou.
Cette suractivité du cartilage de conjugaison résulte de l'intensité des mutations nutritives actionnées par le processus fébrile. Suivant le terrain et la nature de l'agent infectieux, on peut observer tous les degrés de l'inllammation osseuse, depuis la simple congestion, dont l'elîet est un allongement rapide de l'os, jusqu'aux ostéomyélites localisées, avec abcès des os, oft l'on retrouve parfois l'élément infectieux causal, et aux périostites phlegmoneuses diffuses, déterminées par les micro-organismes bactériens les plus divers.
En somme, les fièvres de croissance s'étendent de la congestion simple jusqu'au typhus des membres, qui tue les enfants avec rapidité si l'on n'intervient pas immédiatement, ainsi que l'ont définitivement établi les travaux deM. Lannelongue. En présence de ces manifestations infectieuses, on devra avant tout rechercher la cause première; on rencontrera la grippe, l'embarras gastrique, les auto-intoxications intestinales, suite d'un refroidissement ou d'un écart de régime, enfin le surmenaffe physique qui joue parfois uu rôle prépondérant, capable même de simuler la fièvre typhoïde; les observations de Peter sont 1res démonstratives à cet égard. C. Traitement. — Dans tout état fébrile, quelle qu'en
THAITE DE THKRAPELTIQUE APPLIQUEE.
soil la cause, h> repos au lit l'sl une précaution «tilo. S'il existe des douleurs dans les membres, et surtout au niveau des cartilages de conjugaison, le repos doit être prolongé au delà de la période fébrile, tant que les douleurs spontanée»,! et même tant que les douleurs provoquées par la pression! persistent.
On devra éviter les frictions le long des membres. En cas de douleurs vives, ou obtiendra du soulagement par des applications d'onguent napolitain belladone, ou d'un Uniment reo- 1 fermant du baume tranquille, du laudanum, de l'huile de c momille camphrée et de la cocaïne. La région douloureuse enduite de ce tinimont sera entourée d'une couche d'oua(«| hydrophile tr&s épaisse, recouverte de taiïetas-chifTon, membre restera fixé dans une goutti^re.
Si les douleurs deviennent fortes et si la fièvre s'élève] à iO", il", l'examen attentif du membre atteint de%'ra Mk pratiqué. On recherchera s'il n'existe pas un point particuiiè-B rcment douloureux et limité. C'est alors que l'intervenlioBl chirurgicale devra être discutée et rapidement appliquée. Le; faits rapportés par M. Lannelongue montrent avec quelle rapM dite l'ostéo-my élite se propage et infecte l'organisme. D'c la nécessité d'intervenir énergiquement.dés que le diagnostic est assuré.
Telles sont les indications thérapeutiques qui se dégagenl de nos considérations précédentes sur les fièvres dites dftj croissance.
Traitement des accidents de la croissance.
Englobant sous le même titre timtes les affections aigiii"' fébriles, il va sans dire que je n'entends pas indiquer li' traitement de chacune d'elles, qui réclame une inlervenlacii particulière suivant sa spécificité.
Cependant, au milieu des processus pathologiques actionna 1
par les agents les plus divers, et k's réactions imiividuelles variables à l'infini, il est un fait constant de pathologie générale qui domine toute maladie apparaissant pendant la période de développement : cVsl une poussée de croissance plus ou moins intense, résultant de la suractivité de la nutrition mise en a-uvre par l'évolution de la fièvre. L'organisme en état de défense lutle par l'augmentation de ses mutations nutritives. Or, le fait que le lissu osseux est en voie de développement, et qu'il est le siège d'une grande activité cellulaire, explique l'appel qu'il exerce et raccroissement rapide qui en résulte. Il convient d'indiquer les conséquences de cette croissance pendant les maladies aiguës et de montrer que, dans uni' certaine mesure, on peut lutter contre ses elfets funestes.
Ilans le chapitre précédent, où j'ai cherché à établir ce que sont les prétendues fièvres de croissance, j'ai indiqué les conséquences directes des phénomènes infectieux sur le système osseux en voie de développement, — périostiles qui ne Hont que des ostéomyélites superficielles, abcès des os, ostéomyélites aîgués, subaigul's, ciironiques, prolongées, et enfin la périostite phlegmoneuse diffuse. Ces aiïections peuvent ■survenir ù titre de complications dans le cours de toutes les maladies aiguès. Parfois elles sont déterminées par l'agent spécifique, comme dans la fièvre typhoïde, où Chantemesse et Widal ont rencontré le bacille d'Eberth. Le plus souvent, ces accidents sont la conséquence d'associations bactériennes, développées à la faveur dune infection spécifique, comme colle des fièvres éruptives.-
Indépendammentde cette action locale sur le tissu osseux. « développement intense du tissu osseux et de ses organes nnexes est k source de phénomènes morbides indirects, système nerveux est le premier frappé, d'où les paralysies, les troubles de l'intelligence, la chorée, les tics, la neurasthél'hystérie. Il est d'autant plus atteint, qu'il se trouve 'également en état de développement et qu'il est l'aboutissant, non seulement des multiples actions portées sur lui, mais
284 TRAIÏK DE THlillAPELTIQUE APPLIQUÉE.
encore de la dystrophic rOsultaiitdc l'iiceroissemeiif dcsauln organes.
Le tissu cellulaire est également mis à cotitriliution, et lu maigreur qui accompagne les maladies aiguës prolongées rp- " flèle bien l'appauvrissement du tissu adipeux, auquel l'organisme est venu emprunter ses fonds de réserve.
Le tissu musculaire cède égalenienl une forte proportion do ses matériaux ; phénomène que t'émaciation permet aisi^ment de constater.
A aucune période de la vie ces troubles ne priîsentent une intensité aussi grande que pendant la période de croissance. Existe-t-il en thérapeutique dos nioiles d'action qui viseiil directement ces indications?
Pour lutter efficacement contre ces ell'ets, il est iridispeusabie de rechercher leur cause. En première ligne vient l'action (élective des agents pathogènes, microbes, toxines, virus, etc.. puis viennent les troubles Irophiques locaux et gént^raus, déterminés par une diminution dans l'apport des matf^riaux nutritifs associée à une cxagénilion dans les produits de di^'sassimilation. Les deux causes superposées pro-a duisent la dystrophie cellulaire et les troubles fonctionnelll qui en sont la conséquence. Telle est l'indication à remplir."^
Le problème sera résolu si on parvient a auj^menter ra|>- J port et à diminuer les phénomènes de désassimilation. Com- I ment peut-on augmenter l'arrivée des matériaux de la I nutrition, ou au moins la maintenir à son taux le plus élov£ | pendant !e cours d'une maladie aiguf?
A. ALIMENTATIO> APPUHTANT LA HATIOK DE CIIOISSANCl|