‹ Traite de therapeutique appliquee v. 13, 1904 (volume 2)Chapitre 38 sur 46 · PENDANT LA PÉRIODE KËBHILE · texte numérisé non relu

PENDANT LA PÉRIODE KËBHILE

La formule thérapeutique habituelle aujourd'hui, on pour-fl rait presque dire banale, consiste à soutenir le malade el à lulfl donner des toniques. Or, cette indication est remplie par uufl nombre très restreint de substances. Le lait est l'élémenq le plus précieux de cette médication; puis viennent les c

TRAITKMENT DES TllOrBl.ES DE LA CROISSANCE. 28S

coctions dp viande. Sur ce point déjà on rencontre quelques difficultés; une température élevée, une intolérance gastrique tri^s accusée, des troubles digestifs, des vomissements, des malaises, une augmentation des phénomènes fébriles sont souvent des contre-indications à l'usage des décoctions de viande. Cependant, on les utilisera avec beaucoup d'avantages dans un grand nombre de cas.

D'autre part, le café, l'extrait de quinquina, l'alcool, sont certes des toniques dont l'action est dos plus salutaires.

A cflté do ces médications dont l'efficacité est bien établie, il est une préparation dont j'ai récemment étudié l'action et qui me parait devoir apporter un appoint utile à la thérapeutique desaiïections liées à la croissance : c'est la décoction de céréales, Dana le cours des maladies aiguës, cette décoction peut se prescrire de la manière suivante : dans quatre litres d'eau, deux cuillerées à soupe de chacune de ces substances : blé, orge, avoine, seigle, maïs, son. Faire bouillir pendant trois heures. Laisser refroidir; puis passer à travers un tamis fin. La quantité d'eau à employer est tr^s variable : en effet, si le feu est intense, et si la surface du récipient donton se sert est grande, l'ébullition étant plus active, l'eau s'évapore rapidement : on sera donc obligé d'ajouter de l'eau pour avoir un litre de décoction. On obtient de la sorte un liquide jaunâtre, d'une saveur nullement désagréable. On peut le prescrire de différentes manières; toutes les deux heures, coupé par moitié avec du lait. Suivant les préférences du malade, on y ajoute du sucre, du cognac, du kirsch, de la ilour d'oranger, de ta menthe, du citron, etc. Bref, il est aisé d'adapter cette boisson au goût individuel.

Le point important est qu'une assez forte quantité de cette décoction soit absorbée dans les vingt-quatre heures. Il est quelquefois indiqué de la modifier en supprimant le son, par exemple, pour le remplacer par du riz.

Il n'est pas sans intérêt de se rendre compte de ce que l'on donne ainsi au malade el de rechercher si l'indication posée se trouve remplie. IhéoriquemenI au moins. Cette dé-

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coclinii ili' ct^réalos renfonne suivant le temps de l'ébullitiou ] et la quantité de graines eniployi^es, \ti à 20 grammes {»ar J litre de matières en dissolution, et l'analyse chimique ré- J vf^le que les substances minérales prédominanles sont la j chaux, l'acide phosphorique, la potasse. Il est inutile d'insister pour montrer le rûle prépondérant des phosphates, et i surtout du phosphate de chaux, dans la constitution des tissus' | osseux. G'ost ih un point que j'ai récemment étudié dans un \ travail publi<^ dans ia Semainf médicale {n" t!), ISHli. Quant à la potasse, elle possfede une action partictilière sur les globules sanguins, sur les fibres musculaires, et surtout sur le système nerveux.

En administrant une décoction de céréales ainsi préparée, 1 on fournit à l'organisme des substances minérales en dlsso- I lution dont la digestion est compatible avec les états Tébriles | les plus accenlués.

Mais une objection se présente. Pourquoi obliger ItM malades à absorber une grande quantité de liquide? \e peut' J on pas leur donner, sous un petit volume, le phosphate JflJ chaux et les autres sels nécessaires à l'édification cclluiair( O n'est certes pus le nombre des préparations qui fait défauL:

Les études physiologiques entreprises dans ces dernièrevj années montrent que les substances minérales ne sont pas I assimilées, lorsqu'elles sont empruntées & la matière inorga- 1 nisée. Suivant une idée émise déjà autrefois par Boussingault, les matières minérales qui servent à la nutrition et & ta J constitution des animaux ne doivent pas être ingérées, alors I qu'elles sont puisées dans le régne minéral. Il faut ahso-J lument, excepté l'eau et le chlorure de sodium, que ces sub-l stances passent par un intermédiaire indispensable : les végé-, taux. Ainsi incorporées, ces substances minérales possëdnni des propriétés spéciales qui permettent leur assimilation par* les animaux. Ces propriétés sont actuellement impussible.4 préciser, car elles sont détruites par l'analyse chimique, doot"! les procédés anéantissent la nKinii''re d'être des substan» minérales en combinaison hvcc lu iiialière organisée viva

Les graines des cerisaies renTerment dans leur enveloppe une quantité considérable de sels minéraux, qui se solubilisent par une décoction prolongf'e. Ainsi se trouve remplie lu première indication que nous nous sommes proposée, à savoir, d'augmenter l'apport nutritif, malgré les phénomènes fébriles.

D'autre part, cette indication est d'autant plus formelle, que la fièvre est par elle-même une cause de déminéralisation de l'organisme. Je crois intéressant de citer deux faits qui semblent probants. Dans le premier cas. il s'agit d'un de nos collègues atteint d'un rhumatisme infectieux grave. Pendant tout le cours de sa maladie, le D' Vaquez, qui lui donnait ses soins, lui fit prendre de la décoction de céréales. A la lin de la maladie, il fut étonné de ne pas constater l'état anémique que l'on observe après une maladie aussi grave. Le second fait indique encore plus clairement le rôle nutritif do cette préparation. Une jeune fille de vingt ans. d'une maigreur telle que la tuberculose était soupçonnée chez elle, est atteinte d'une fièvre typhoïde qui dure un mois, et s'accompagne de congestion pulmonaire et de symptômes d'asthénie cardiaque. Pendant tout le cours de sa maladie, elle prend toutes les deux heures un mélange de lait et de décoction de céréales. Lorsque la fièvre, dont l'évolution a été régulière, cesse, on constate que la malade agrandi, ce qui est habituel, mais ce qui est surprenant, c'esl qii'eflp avait engraissé pendant sa fièvre.

La décoction de céréales ne parait pas avoir d'influence sur la maladie même, elle n'agit que sur la nutrition et, par conséquent, sur les phénomènes de croissance. Ainsi se trouve scientifiquement établi et quelque peu expliqué l'effet salutaire des décoctions de graines, qui ont été prônées comme une médication des plus efficaces. Hippocrate insiste sur l'action de ladécoction d'orge, et il attache une grande importance ft ce fait qu'elle est passée ou non. D'ailleurs, en parcourant les chapitres qu'il consacre il cette étude et les circonstances où il la recommande, on ne s'étonne pas que ce médicament ait été délaissé : il a atliibné à celtf décoction une action spé-

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cifique, alors que son nllo est accessoire et ne vise qu'un deal éléments de ta maladie : la dénutrition.

Lk dénutrition dépend de causes multiples, mais dans! ^n expression schématique elle résulte: 1° d'une diminutioitl dans l'apport; 2° d'une augmentation dans la ilésassimilatîoa, f dont l'analyse des nlati^^e5 exiractives do l'urine permet del mesurer l'intensité. La question se pose ainsi : Peut-on ralentir l'activité de cette déperdition ?

B. — INDICATIHNS ET rAi.E DE LA R ALNÉOTUÉ H API E COMME IIËllL'I.ATEUIl DES l'HËNOSlËXES DE CIlOtSSATICE

Cette action peut être obtenue par les applications hydro-l tliérapiques et surtout par la halnéothérapie. Sans doute ccr.J tains médicaments, comme l'alcool, la quinine, l'antipy-] rine, et*., sont des auxiliaires précieux, mais l'eau dans le* | maladies aigu&s. médication nouvelle venue, rencontre uncon des hésitants et même des détracteurs.

La balnéation remplit des indications trës diverses ; lesJ Formes hyperpyrétiques des maladies et la prédominanc symptômes nerveux en sont les éléments le plnsgénéralemeaM admis. Elle est en outre un auxiliaire puissant dans lesl phénomènes de nutrition et pai' conséquent dans la < sance.

L'eau froide appliquée selon la méthode de Brandt déter- 1 mine un spasme des vaisseaux périphériques et une augmen- , tation momentanée de la tension artérielle. La diurèse se trouve favorisée en même temps que l'élimination des pn>-fl duits toxiques résultant de la lutte de l'organisme contre l'ia*] fection. Ces snbslances, dont l'influence a été bien mise i évidence par les travaux de Peter et de M. Bonilly, sont de»l causes d'auto-intoxication ou auto-typhisation. Il en résulta] une crois-sance anormale, puisqu'elle se produit dans nn I milieu taré par des substances anormalement élaborées et 1 toxiques. L'eau froide, par ses applications méthodiques,-] présente donc, entre aulres avantages, celui de favoriser!|

la poussée de croissance qui se produit pendant la fièvre. Mais, à côté de cette action de déblayage, l'eau peut encore agir d'une autre façon, lorsqu'elle est employée tiède ou chaude. 11 est souvent utile de ne pas plonger immédiatement on malade dans l'eau froide, mais de le mettre d'abord dans l'eau tiède ou chaude et de la refroidir à chaque bain jusqu'à ce qu'elle soit froide ; ou bien, suivant la méthode préconisée par M. le professeur Bouchard, la température initiale du bain étant de 2 degrés inférieure à celle du malade, on refroidit insensiblement l'eau d'un degré par dix minutes jusqu'à '.iO". On fait de la sorte l'éducation des vaso-raoteurs, et cette gymnastique des tuniques vasculaires permet d'obtenir, sans violence, la réaction qui dans quelques cas peut être trop vive. Lorsqu'une maladie fébrile se prolonge, et quand le malade se trouve à une période de l'existence où la croissance physiologique, déjà active, se trouve suractivée par la maladie, comme au moment de la puberté, alors se présente l'indication de modérer la dynamique de la nutrition, et c'est dans l'eau chaude, liéde et fraîche, qu'on peut trouver ce pouvoir modérateur. Tandis que les bains froids ont une action excitante, l'eau tiède exerce sur le système nerveux une sédalion. Étant données ces actions multiples de l'eau, le clinicien se trouve armé d'une médication puissante, puisqu'il peut ramener le malade à une température déterminée, favoriser l'élimination des produits toxiques par la diurèse, exciter le système nerveux des malades dans l'adynamie, ou au contraire calmer une excitation trop forte. 11 ne devra pas perdre de vue l'action corollaire qu'il possède sur l'état de la nutrition, et cette considération pourra faire fléchir l'application systématique de la méthode employée. C'est ainsi qu'après avoir utilisé l'eau froide dans le cours de la maladie, à une autre période il jugera à propos d'user de l'eau tiède ou chaude. 11 peut se présenter tel cas, où l'eau tiède est indiquée et dans lequel on désire obtenir une action excitante. On y ajoute alors de la farine de moutarde. Le bain est le mode d'application le plus efticace. Mais souvent les circonstances

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empêchent d'y avoir recours. On peut alors employer le drapj mouilla- trempé dans l'eau froîdc, tiMe, chaude, ou dans d«^ l'eau sinapisée. Son mode d'action n'est pas semblable à celui des bains, mais il est d'une application plus facile, qui oblienSl aisément l'assentiment de l'entourage des malades.

La période de convalescence est souvent longue ef Fertile I en complications. C'est alors que l'hydrothérapie conserve-fl encore ses droits de médication active. Les douches chaudes,,5^ tièdes, écossaises, froides, à une durée, une pression, qui varient avec chaque cas, doivent être discutées.

Chez les jeunes malades, épuisés par la maladie et paf^ leur croissance hâtive, le séjour à la campagne, à proximité d'une forêt, sera des plus salutaires. S'ils sont d'un tempérament lymphatique, l'air de la mer et les bains de mer chauds, surtout sur les plages de l'Océan, seront souvent cflicaccs^ Si le malade ne peut pas être déplacé, on aura recoun aux bains salés, renfermant non seulement une forte ppo portion de chlorure de sodium, mais encore une quantiU variable de sels d'eaux mferes et lie plusieurs litres d'eauj mères. En augmentant progressive meut la durée du bain et h quantité de ces substances, jusqu'à ce qu'on obtienne udj effet actif, qui n'excite pas le malade, on sera parfois sur* pris des résultats rapides et des conditions favorables dans lesquelles se poursuit l'évolution de la croissance. Ici les indications se confondent avec celles qui seront étudiées plus loin à propos des troubles chroniques liés à la croissance.

Des troubles d9 croissance liés aux états chroniques.

SuivanI les ilivisions que jai adoptées, au lieu de (]islia«j fjuer les périodes de croissance d'après les dentitions, ain^ que l'ont fait la plupart des auteurs, j'ai cherché à établir qa» les deux faits physiologiques, dont l'action est prépondérant* dans tes phénomènes de croissance, sont le sevrage et la pWI

TRAITI:MK.NÏ des TIIOI IÏLKS OK I.A CKOISSANCE. 2111

berlé. Cl's deux évi'mements appuraJssotit assez brusquement et ils sont capables d'importer dus désordres, étant le point de départ d'une grande activité dans le développement. S'ils surviennent sur un teiTaiii taré, ils sont, sinon la cause, du moins l'occasion de symptômes mtn-bides. A ces deux périodes, la pathologie est quelque peu différente dans ses manifestations. Les indications générales du traitement ne sauraient donc £tre les mêmes.

Prenez, par exemple, un enfaul de deux ans qui vient d'être sevré, dont la taille et le poids restent statioiitiaires, il ne fait aucun progrts dans la marche, sa mine pftie reÛète la souffrance, et il n'a pas l'activité des enfants de son âge.

Telle est la donnée clinique qui se présente souvent. On examine le petit malade, et les symptômes sont négatifs sur tous les points. Le clinicien porte ses investigations sur l'appareil digestif. Quand on lui signale de la perte d'appétit, un peu de ballonnement du ventre, des selles diarrhéiques,

nature gnstro- intestinale de ce trouble est aisément reconnue, et la thérapeutique de la dyspepsie gastro-intestinale remet tout en état. Mais lorsque cette syniptomatologie est muette, les diflîcultés se présentent.

A. HKIILE.S A SCIVHE AVANT d' I .\ST1T f Eli .

LE TilAITEMEM'

Avant de formuler un traitement, le clinicien doit avoir présents à l'esprit les principaux facteurs des troubles de croissance, et il ne peut se dispenser de les rechercher.

En première ligne vient 1 hérédité. Celle-ci marque déjà ■Bon empreinte chez le nouveau-né. Pour lutter utilement contre elle, it faut la dépister. Parmi les maladies les plus communes qui sont en cause, on rencontre d'abord l'alcoolisme, puis la syphilis, dont le rôle dystrophique se traduit souvent par des manifestations parasyphili tiques. La tuberculose réclame fréquemment sa part. Les maladies organiques des générateurs jouent un rôle capital, c'est ainsi que les allée-

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tioDs du système vasculairc, du système nerveux, et surtoi celles de l'estomac, apportent dès les premiers temps de vie une entrave au développement. Pour la dilatation do tomac, M. Bouchard admet qu'elle est souvent une anomal! congénitale et héréditaire, Dans un grand nombre de cas, j' vérifié ce fait, sinon pour la dilatation de lestomar, doi l'appréciation clinique est très diflicile chez les nourrissoni du moins pour les troubles gastriques. Lorsque ceux-tî ap| raissent chez les nouveau-nés, comme manifestation héréi taire, ils sont souvent tenaces et mettent un tel obstacle à croissance, qu'ils déterminent un amoindrissement déliml do la taille et donnent niômo ultérieurement les caractèi l'infantilisme.

Parmi les dystrophics héréditaires il faut compter II sénilité réelle ou précoce des parents, qu'une expression populaire qualifie d'une manière imagée, en appelant les enfants nés dans ces conditions i< des enfants de vieux

Si j'insiste sur cette notion hériJditaire, c'est qu'elle coi porte une indication thérapeutique. Sans doute, lorsque maladies sont apparentes chez l'enfant, il faut appliquer la rapeutique spéciale à chacune d'elles. Mais, à cùté de cel intervention qui est évidente, le rôle du médecin doit s'élever plus haut. Armé de cette notion et sachant que l'enfant esl exposé à des désordres graves, le clinicien doit s'efforcer de soustraire l'enfant aux troubles qui le menacent. 11 doit chi cher à faire une thérapeutique prophylactique pour le terrai comme il on fait une pour les agenis pathogènes actifs.

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:etl^H ver esl

Comment réaliser cette prophylaxie? Par une surveillance constante il écartera do l'enfant toutes les causes de dystn phie. Prévoyant qu'un embarras gastrique, qui, cliex 1 enfant bien portant, amtno quelques jours de malaise et g rit, pourra chez l'héréditaire faire apparaître la tare latent^ il veillera avec soin à l'alimentation du nourrisson, et,

lieu de laisser, au moment du sevrage, l'enfant abandonniS aux inspirations de son entourage, il réglera lui-m^me la nature et la quantité des aliments, prêt à intervenir dès que La moindre intolt^rance pour tel ou tel aliment se manifestera.

Le lait, en général, et le lait stérilisé en particulier, constitue la base de cotte médication. Le clinicien devra toujours tûlonner dans chaque cas particulier, car le mode d'administration ne saurait ôtre formulé par une règle générale. Même vis-à-vis du lait, les réactions individuelles chez les jeunes enfants sont déjà très variables.

Souvent, malgré les tares héréditaires les plus accentuées, les enfants se développent normalement et sans accidents, pendant les douze premières années de leur existence, et les premières manifestations n'apparaissent qu'au moment de la poussée de croissance qui accompagne la puberté.

Indépendamment des causes héréditaires, dès l'entrée dans l'existence, le nouveau-né est assailli par des causes multiples d'entrave à son développement; mais, parmi ces causes, une alimcntiitlon vicieuse ou mal réglée occupe le premier rang.

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