‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 11 sur 191 · PERMANGANATE DE POTASSE. — ACIDE HOHIOUE · texte numérisé non relu

PERMANGANATE DE POTASSE. — ACIDE HOHIOUE

un j^rainme de thymol, 5 grammes de phénol, 30 U /iO centigrammes de naphtol. Pour éviter toute méprise, il faut colorer les solutions sublimées avec le carmin d'indigo : les couleurs d'aniline ont l'inconvénient, démontré par Tarnier, de précipiter partioll(;ment le sublimé de ses solutions.

Le sublimé a ses dangers ; il irrite les téguments, il provoque des poussées d'érythème, des exanthèmes scarlatinifurmes, qui, massés d'abord au pourtour de la plaie, peuvent se généraliser. Il amène aussi, plus peut-être que les autres antiseptiques, des intoxications qui se traduisent par quelques troubles intestinaux, des coliques, de la diarrhée, delà stomatite, du ptyalisme ; si l'empoisonnement s'accentue, les selles deviennent aqueuses ou glaireuses, vcrdàtres, striées de sang, et s'accompagnent d'é[)reintes ; les vomissements bilieux et muqucux son t fréquents ; la gingivite mercurielle est plus marquée, sans que les lésions buccales soient en rapport avec la violence de l'intoxication ; les urines sont albumineuses, rouges, fluorescentes et troubles dans certains cas; leur rareté peut aller jusqu'à l'anurie ; la céphalalgie est intense, l'agitation extrême; puis à l'hyperesthésie générale, à l'insommie, aux cris, succèdent l'abattement, la somnolence invincible et la mort.

Ici encore, des réserves sont nécessaires, et beaucoup de ces empoisonnements doivent, après enquête, recevoir une interprétation différente. Bien des septicémies suraiguës sont englobées sous ce titre commode. Néanmoins le bichlorure de mercure ne saurait être innocent de toutes les catastroi)hes qu'on lui attribue, et des précautions doivent être prises, surtout chez les enfants et les vieillards, les faibles et les cachectiques, dans les plaies où le liquide toxique s'accumule sans voie facile d'écoulement. La prudence redoublera pour les opérés dont les reins sont malades. L'élimination du médicament est entravée, et son accumulation dans le sang provoque des accidents si redoutables qu'en pareil cas, il ne faut employer que des solutions au cinq-millième; encore les irrigations seront-elles mesurées ; la plus active surveillance sera exercée sur les selles et la bouche, pour supprimer le pansement à la première alerte. On combattra la stomatite par le chlorate de potasse, le collapsus par les excitants difîusibles et les injections d'éther ; on excitera la sécrétion urinairepar le lait et les diurétiques.

5° Chlorure de zinc. — Dans les plaies infectées, le chlorure de zinc est un antiseptique de premier ordre. On l'emploie de préférence, comme l'a réglé Lister, en solutions concentrées — à i/lo, 1/11, 1/9, — pour toucherles points septiques ou les foyers limités de tuberculose. A cette dose, la solution est caustique; et il faut se garder de la maintenir en contact avec les tissus voisins d'un vaisseau important.

6" Permanganate de potasse. — Il se recommande par de sérieuses qualités : aux doses chirurgicales, de 1/1000 ou 1/2000 il n'est point caustique, pas toxique, bien soluble dans l'eau, peu coûteux. C'est un excellent réducteur, qui agit sur les matières organiques et les graisses en les oxydant, et atteint les microbes en dégageant de l'oxygène. A ce dernier

titre, il est avantageux de l'employer pour les irrigations des grands foyers infectés où pullulent des microbes anâérobies. Il est l'antiseptique de choix pour certaines cavités muqueuses : pour le vagin, le rectum, l'urèthre. 7° Acide borique. — L'acide borique compte parmi nos antiseptiques anodins. On l'emploie : 1° pour les régions ou les organes qui ne toléreraient pas un agent irritant — œil, oreille, nez, bouche, vessie ; — 2° pour les lavages où une certaine quantité du liquide est exposée à être absorbée — irrigation et pulvérisation de la cavité pleurale, de la bouche et du nez chez les enfants; — 3° pour le pansement de grandes surfaces dénudées. La solution saturée à la température ambiante est à 3 p. 100; cette solubilité est accrue si l'on ajoute du borate de soude : avec 40 grammes de borate .de soude, on dissout 50 grammes d'acide borique. L'addition de magnésie calcinée permet aussi, suivant les recherches de Scholtz et Mansier,de préparer des solutions sursaturées : il faut ajouter, avant l'ébullition, une quantité de magnésie qui est de 16'',2o pour toute quantité surajoutée de 10 grammes d'acide borique à dissoudre. Puaux a proposé des solutions stables, en prenant le carbonate de magnésie, selon l'une des deux formules suivantes : acide borique, iOO gr. ; carbonate de magnésie, 11 gr. ; eau, 1 litre ; — ou acide borique, 200 gr. ; carbonate de magnésie, 35 gr. ; eau, 1 litre.

Resterait à déterminer si ces solutions, qui comportent une neutralisation chimique, ont une valeur désinfectante supérieure à la liqueur acide, de titre normal. — Pour les lavages et pulvérisations dans la bouche et le nez, nous avons obtenu des résultats efficaces — surtout dans les angines diphtéritiques ou streptococciques — en associant à l'acide borique en solution saturée l'acide thymique et l'acide salicylique : soit par exemple, pour 300 grammes d'eau bouillie, 10 grammes d'acide borique, 40 centigrammes de thymol et 4 à o grammes d'acide salicylique et la quantité nécessaire d'alcool pour dissoudre.

8° Microcidine. — La microcidine, ou naphtolate de soude, préconisée par Berlioz, se prépare en ajoutant à du naphtol p, porté à la température de fusion, la moitié de son poids de soude caustique : le liquide entre en ébuUition; sa couleur, qui était noirâtre après l'addition de la soude, vire au jaune; par refroidissement, on obtient une substance blanc jaunâtre. La microcidine à 5 p. 100 est un antiseptique de valeur : nous l'avons, avec avantage, employée pour faire bouillir les instruments, pour achever le dégraissage des mains, pour les injections vaginales.

9° lodoforme. — L'iodoforme a subi d'étranges vicissitudes : lors de son introduction dans la pratique, il devient l'agent indispensable de tout pansement, et Konig s'écrie que, grâce à lui, tout majade pourra bénéficier de la méthode antiseptique. Puis, quelques mois plus tard, le même Konig déclare qu'il n'est plus permis de recommander l'iodoforme dans les grandes opérations et les grandes blessures. La seconde opinion est aussi exagérée que l'était la première : l'iodoforme ne mérite ni cette confiance, ni cet abandon ; il reste, au demeurant, une des substances antiputrides les plus précieuses.

lODOFORMB. .-io

L'ostracisme dont l'iodc^fonne fut iricnaci' eut pour cause les accidents graves que provoqua « une cxpiTuncntatiori follement imprudente ». Après l'emploi de cette substance, prescrite à doses invraisenihlables, les mortssc succi-dorenl assez rapidornoni: pour ([ue Kocher [)ûl sf; demander sil'iodoforme ne devait pas être banni d(.' lapratique chirurgicale. Maison a mis sur son compte nombre de méfaits dont il n'est pas responsable : Berger (1) l'a montré par l'analyse minutieuse des observations. Cortaiiicment il peut provoquer, comme accidents locaux, un éryllième vésiculeux et des éruptions eczémateuses ; mais l'inconvénient est de mince importance. Interposé aux lèvres de la plaie, il met obstacle à la réunion primitive; On l'a accusé de provoquer des phlegmons circonscrits, « plHegmons iodoformiques » (?) de Kuster : le chirurgien est alors le coupable, et non le médicament. On a dit que l'application en est parfois douloureuse; mais ce cas est exceptionnel; il reste acquis, au contraire, que le plus souvent il apaise la souffrance : cette action analgésiante est conforme à son origine chimique.

Il faut compter avec les accidents généraux, et les dangers d'intoxication ne sont pas chimériques. Dans les empoisonnements légers, il n'y a souvent que des troubles gastriques, de l'inappétence, un goût désagréable qui se double d'une odeur alliacée, lorsque le malade se sert de couverts d'argent. Ce signe, bien dégagé par Antonin Poucet (2), est dû il la production d'iodure d'argent avec formation d'acétylène. Parfois viennent s'y joindre des phénomènes nerveux, insomnie, agitation, mouvements inconscients, délire nocturne ou noires tristesses, inquiétude et sensibilité exagérée ; la température est normale, mais le pouls devient petit, mou, et bat de 110 à 120 fois par minute. La marche de cette intoxication est irrégulière : souvent l'amélioration estlonte et laguérison n'est définitive que quelques jours après la suppression du pansement; le sang se débarrasse de l'iodoforme avec difficulté, et on en a cessé l'application depuisquelque temps que les urines contiennent encore des iodures alcalins. Mais leur présence ou leur absence, sur lesquelles insistent Maître et Martin (3), n'a pas l'importance qu'on leur attribue. . L'intoxication grave se caractérise par des troubles nerveux parfois s(judains, de l'agitation, du délire ; le malade enlève son pansement, se dresse, sort de son lit. A cette excitation bruyante, le plus souvent nocturne, succède, dans la journée, un profond abattement; le pouls faiblit et monte à 130 et 150, et le thermomètre peut accuser de 38° à 38°, 5. Lorsque la terminaison doit être fatale, le pouls s'accélère encore et se déprime; la dyspnée s'accentue et le collapsus se dessine. Chez les enfants, on observe soit la forme comateuse de Konig, qui se traduit par de l'apathie et de la somnolence, soit la forme méningitique, que l'on pourrait confondre avec une inflammation des enveloppes du cerveau.

Comment n'aurait-on pas observé d'accidents? Des chirurgiens n'ont-

(1) Kergeh, Pansement à l'iodoforme. Revue des sciences médicales, 1883. (2; PoNCET, T/ièse de Brun, loc. cit.

(3) Mahtin, Thèse de Lyon, 1882.

ils pas introduit jusqu'à trois cents grammes d'iodoforme dans une plaie? Pourquoi ses quantités massives aussi périlleuses qu'inutiles ? 11 faut tenir compte de ce fait, mis en relief par Hogyes, que l'iodoforme est très soluble dans les graisses : aussi en sera-t-on plus avare dans les extirpations delà mamelle, surtout chez les femmes obèses, et dans les évidements osseux qui mettent à nu le tissu médullaire. Il faut, en pareil cas, abandonner le saupoudrage, même discret et prudent, du foyer opératoire. Au reste, il est sage de ne jamais insuffler les surfaces cruentées : la poussière iodoformique se noie dans le sérum sanguin, et on court le risque de dépasser la dose inoffensive. Au contraire, les surfaces qui granulent absorbent moins.

La toxicité de l'iodoforme varie suivant les individus : nous avons soigné une femme qui faillit mourir d'empoisonnement iodoformique dans le service de Verneuil, et qui, dans nos salles, fut prise d'accidents graves après l'application d'une pincée de poudre sur un sarcome ulcéré. Nous avons perdu, dans notre service, à Montpellier, une femme que nous avions amputée du sein et dans le creux axillaire de laquelle nous avions placé une lanière de gaze iodoformée : la malade a succombé au dixième jour, sa plaie étant cicatrisée, à une manie iodoformique aiguë que M. Grasset comparait à la folie puerpérale. L'impressionnabilité est surtout notable chez les cardiaques, les albuminuriques, les sujets disposés aux congestions pulmonaires, à la syncope, aux troubles cérébraux, chez les vieillards et les cachectiques. Il se peut, comme le dit Jeannel, que les malades atteints de délire iodoformique soient des prédisposés; mais nous l'avons vu éclater et durer trois mois chez une dame du Vaucluse qui était d'une parfaite santé d'esprit et qui, depuis, a repris sa pleine lucidité. Les maladies qui compromettent l'intégrité du filtre rénal et favorisent l'accumulation de la substance toxique dans le sang contre-indiquenl l'emploi de l'iodcforme. En tout cas, si quelque phénomène — délire, augmentation de fréquence du pouls, anorexie, sans état infectieux — se montrait, on supprimerait le pansement, on laverait la plaie avec de la glycérine, puis on prescrirait l'opium, les toniques et même les boissons alcalines dans l'espoir, médioci^ement justifié, de former un iodure alcalin innocent.

Il ne serait donc pas juste de conclure des abus contre l'usage, pas plus qu'il ne serait conforme aux faits cliniques de tabler sur les recherches de Heyn et Rowsing (1), de Tilanus (2), de Schnirer (3), de Ruyter, montrant que la présence d'iodoforme sur des plaques de gélatine n'empêche point le développement des microbes pathogènes, pour dénier à cet agent toute propriété antiseptique. Le grand avantage de l'iodoforme consiste dans l'action continue de son pouvoir désinfectant; de plus, nul

(1) Heyn et ilowsiNG, lodoform als Antiseplicum. Forlschritte der Mediciu, n°'2, 1887.

(2) Tilanus, Ist lodoform ein Antisepticum ? MMnc/je«er wec//c. Wochenschrifl, n° 17,

(.3) SciiMitEit, Ueber die antiseptische WirkuDf,' des lodoforms. Wieiier medicinische Presse, 3G-38, 1887.

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des antiseptiques pulvérulents qu'on a voulu lui substituer n'a sa qualité de stimulant pour la cicatrisation. Des études récentes ont éclairé sur le mode intime de cette double action : c'est par décomposition chimique lente et par dégagement do l'iode libre que s'exerce cette médication topique de riodoformc. liehiing l'a soupçonné, de Ruyter (1) l'a établi et Stchégolefl" (2) vient de le contirmer.

Le slai)liylocoque doi'é, par exemple, pousse aussi bien dans un bouillon iodoformé que dans un milieu nutritif normal ; par contre, l'inoculation de staphylocoques soumis à l'action de l'iodoforme est presque inoffensive. Ainsi, l'iodoforme (jui respecte les staphylocoques dans les cultures, modifie leurs propriétés pathogènes. Il n'y a, à ce paradoxe, qu'une explication : c'est que le médicament agit sur les produits microbiens, sinon sur les microbes. De Ruyter, i)laçant undialyseur, dans un récipient contenant du pus, en présence d'iodoforme, a vu un dégagement d'iode qui commençait vers le troisième jour, exceptionnellement dès le second; ceci a son importance pratique et témoigne en faveur des pansements rares. Cette mise en liberté de l'iode est due, comme l'a montré Behring, à l'action réductrice des bactéries, surtout des anaérobies. L'iode libéré exerce sur les ptomaïnes microbiennes une action d'autant plus facile à comprendre que nous savons quel parti la bactériologie a tiré des composés iodés pour atténuer les toxines diphtéritiques. De Ruyter en a d'ailleurs, avant Stchégoleff, fourni la preuve : opérant sur des ptomaïnes extraites de grandes masses de pus ou de cultures pures de staphylocoque doré, il a vu succomber les souris inoculées avec la toxine ; celles qui avaient reçu les toxines iodoformées ne présentèrent aucun accident.

Donc, cet agent reste un de nos meilleurs topiques. La continuité de son action en fait l'auxiliaire indispensable de nos pansements rares. Employé en fine traînée sur une ligne de suture, il contribue, ainsi que Lanz et Flach l'ont montré, à maintenir la stérilité des plaies aseptiques. Utilisé sous forme de gaze qu'on tamponne dans les anfractuosités ou sur les surfaces abandonnées à la granulation, il excite la cicatrisation, modifie les foyers tuberculeux, et, dans tous les cas, fait du drainage capillaire, de l'hémostase, de la compression douce. Il entre dans les vaselines antiseptiques composées. Sous forme de crayons ou de tampons, d'ouate iodoformée, il rend en gynécologie de précieux services. C'est l'antiseptique de choix pour les anaérobies : aussi convient-il à merveille aux plaies qui ont couru le risque d'être infectées par le tétanos, par le vibrion septique, à toutes celles qui ont eu contact avec la terre, à celles qui se compliquent de clapiers et de décollements. Sa puissance neutralisante sur les ptomaïnes explique encore sa haute valeur dans les foyers muqueux : le Lister n'était-il pas resté impuissant pour les plaies delà bouche, du rectum, du vagin et de l'utérus, dont le pronostic grave s'est tant modifié depuis l'emploi de l'iodoforme?

D'autres substances ont été proposées pour le remplacer. Aucune n'y a

(1) De Ruyter, Zur lodoformfrage. Archiv fiir klinische Chiruv//ie. Bd. XXXVI, 1888.

(2) SïCHÉGOLKKF, Arc/ilves lie médecine expérimentale, novembre 189i.

58 DE QUELQUES CONDITIONS SPÉCIALES DE l'ASEPSIE ET DE l'aNTJSEPSTE.

réussi. Quelques-unes cependant peuvent trouver indication : la principale, la plus nette, se tire de la suppression de cette odeur particulière à riodoforme, intolérable pour quelque malades, et d'une mauvaise renommée dans le public. Viodol nous a satisfaits à cet égard : c'est une poudre, d'un brun clair, très peu soluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et les huiles, moins irritante et moins toxique que l'iodoforme. — On dit du bien du diio do forme : c'est un nouveau venu qui se recommande par ses qualités inodores. Il présente une composition et une structure moléculaire analogues à celles de l'iodoforme : la richesse en iode est à peu près la même dans les deux corps, et bien supérieure à celle des produits similaires, iodol, arislol. Il présente des propriétés analogues et peut revê,tir toutes les formes pharmaceutiques de l'iodoforme.

10° Autres antiseptiques pulvérulents. — D'autres antiseptiques pulvérulents ont été préconisés. Tels le salol, dont la poudre blanche, d'une odeur aromatique, agréable, peut être employée, en saupoudrage discret, sur les plaies en voie de granulation. La vaseline au salol — à 4 grammes pour 30 — est moins irritante que la poudre pure et, bien que la toxicité du salol soit peu considérable, c'est une garantie contre les phénomènes d'empoisonnement qui ont été signalés quelquefois. Chez les personnes que l'odeur de l'iodoforme impressionne, et pour les plaies aseptiques, la gaze salol ée nous a rendu des services. Les tampons d'ouate salolée se préparent en les trempant dans une solution de salol et d'éther à poids égal : l'évaporation dépose le salol en poussière fine.

Le sous-nitrate de bismuth, ipTéconisé par Kocher et MarcSée, n'est point entré dans la pratique. Une autre substance, très voisine de lui au point de vue chimique, le sous-gallate de bismuth, derrnatol, offre des avantages : Julliard qui l'emploie nous l'a recommandé et nous l'avons utilisé avec avantage chez les enfants dont la peau, surtout dans certaines régions, supporte mal l'iodoforme et le salol.

IIL — DE QUELQUES CONDITIONS SPÉCIALES DE L'ASEPSIE ET DE L'ANTISEPSIE.

A. — De l'asepsie en chirurgie courante, en chirurgie d'urgence et

à la campagne (1).

1" Ses difficultés et ses lacunes. — S'il fallait, pour l'exercice de la chirurgie, le luxe que nous ofï'rent les grandes cliniques, le praticien de campagne ou de petite ville devrait renoncer à toute intervention opératoire. Or, si l'on a raison de contester au médecin mal outillé et peu entraîné, le droit d'aborder la chirurgie de haute école, les audaces nouvelles de la thérapeutique cérébrale et viscérale, toutes entreprises

(1) FoRGUE, Semaine médicale, décembre 1893.

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qui, pour rrstur siniplunicut honnêtes, doivent être impeceables, il est en revanche une chirurgie d'urgence qui s'impose ù tous, et où la précocité du secours compense certaines défectuosités de l'exécution. Tels un étranglement herniaire, un croup, une fracture compliquée : perdre du temps est la pire faute.

« Celui ([ui n'a jamais pratiqué hors de la ville, dit von Nussbaum, ignore les épreuves du médecin de campagne : c'est un combat perpétuel avec le temps, les localités, la nuit, le brouillard, le froid, le chaud, le verglas, la ])0ue, les mauvaises voitures, avec lasUqiidité du peu[)lo, ses préjugés, s(îs superstitions, son ignorance, avec le man(iue d'air et d'eau, avec la malpropreté. » La malpropreté, voilà surtout l'ennemi, chez le rural. I^e temps n'est plus où le campagnard se tr-ouvait, au point de vue de l'hygiène chirurgicale, en position plus favoi-able que le malade dans les villes, et où Pirogofï" se réjouissait de ne point rencontrer dans les cabanes des paysans russes la pyohémie et la septicémie qu'il était impuissant à combattre dans les hôpitaux monumentaux de Saint-Pétersbourg. Maintenant, la situation est changée : il y a plus de sécurité, pour le blessé et l'opéré, à être traité dans un hôpital que dans un logis de paysan pauvre.

Dans un service hospitalier, tout doit être réglé pour la préservation de contages. Au dehors, un chirurgien peut encore opérer, surtout en clientèle aisée, dans des conditions d'asepsie rigoureuse . : ses aides habituels l'accompagnent; il emporte, en boîtes closes, ses instruments passés à l'étuve sèche, ses compresses, ses tampons-éponges, ses fils à ligature qui sortent de l'autoclave ; à part la table opératoire, il va retrouver ses garanties accoutumées. En chirurgie rurale, le praticien est en de tout autres conditions : il n'a pas d'étuve, encore moins d'autoclave; il est mandé en hâte, mal renseigné sur le cas et sur l'intervention pro])able, forcé de compter avec l'exiguïté de son arsenal, ne pouvant s'encombrer d'objets volumineux; il trouvera un malade mal installé', .souvent malpropre, en un logis peu éclairé, des plaies qui ont pu se souiller de terre ou de fumier, un entourage gauche ; heureux s'il a l'assistance de quelques confrères !

2" Plan d'une organisation improvisée. — Même en semblable occurrence, il n'est point impossible de réaliser une asepsie suffisante.

§ l*^ Aménagemrnt du local. — On opère où l'on peut. Du jour, du large et de la propreté : voilà ce qui suffirait. Faites enlever les rideaux, évacuer les meubles; évitez qu'on ne balaie dans les instants qui précèdent l'intervention. Nous avons employé à la purification des chambres mal aérées le procédé de von Nussbaum : « Je fais suspendre dans les angles des morceaux de papier ou de calicot, longs d'un mètre, larges comme la main, imbibés d'essence de térébenthine rectifiée; l'ozone qui s'en dégage assainit l'air d'une manière agréable et économique. » — Souvent, il faut prendre comme table d'opération le lit du malade, et quelles incommodités quand il est large ! Le chirurgien et son aide sont forcés d'opérer à bout de bras; mieux vaut choisir une table de cuisine ou, au besoin, impro-

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viser un lit avec une porte enlevée de ses gonds et placée sur des tréteaux.

§ 2. Matériel utilisable. — Demandez quelques draps sortant de la lessive : ils ont chance d'être peu riches en germes. Ces alèzes serviront à recouvrir le lit et les tables employées à porter le matériel. Il en faut au moins deux; pour ne point impressionner le malade, « mettez le couvert » dans la pièce voisine et ne les introduisez que lorsque le patient sera endormi. Sur l'une, placez trois cuvettes, terrines, soupières ou saladiers qui serviront à la toilette des mains. Sur la seconde, un grand plat allongé qui contiendra les instruments, un autre qui recevra les compresses et les tampons. Dans une intervention importante, réservez un plat pour les pinces, un second pour les autres instruments, un troisième pour les fils et les aiguilles ; déposez les compresses dans un plat et les tampons dans un autre. Choisissez une ou deux assiettes creuses pour vos solutions ou votre provision d'eau bouillie chaude, versez-y une nappe mince d'alcool et faites flamber; l'alcool, hélas! ne manque nulle part, niais, à son défaut, on passerait le récipient à la flamme d'une poignée de paille ou de papier. Demandez aussi un grand seau où vous jetterez les tampons, et les compresses salies.

Il faudra quelques serviettes propres qu'on aura fait bouillir dans l'eau pendant deux à trois heures, et qui protégeront le champ opératoire qu'elles cerneront, les alèzes qu'on glisse sous le corps, les tables suspectes qu'on est forcé d'utiliser. Il faut quelques litres d'eau bouillie pour le lavage des mains et de la région, la fabrication des tampons, la confection des liquides antiseptiques, l'irrigation des plaies souillées. S'il s'agit d'une opération à jour choisi, ces prescriptions seront données la veille, et le chirurgien trouvera prêtes les serviettes et la provision d'eau ayant bouilli pendant une heure. Dans l'hypothèse d'une opération d'urgence, ce doivent être, dès l'entrée dans la maison, vos premières prescriptions : l'eau bouillira pendant toute la durée des préparatifs. Miquel a montré qu'un échaufîement un peu prolongé purgeait l'eau des organismes dans la proportion de 995 sur 1000; Dor et Vinay ont vu, dans l'eau de distribution du Rhône, les germes disparaître, après l'ébullition, dans la proportion de 97 sur 100. Au surplus, employez l'eau salée à 6 ou 7 p. 100 : en pratique, une poignée de sel pour un litre d'eau. D'après Tavel, l'eau salée qui a bouilli un quart d'heure est stérile, tandis qu'avec l'eau ordinaire il faut une demi-heure à une heure d'ébuUition pour obtenir ce résultat. Une grande serviette nouée au cou, un tablier fixé à la ceinture, les manches de chemise retroussées jusqu'à mi-bras : voilà une convenable tenue d'opération ; si tous ces linges sont lessivés de frais,, vous êtes aussi aseptique qu'on peut l'être à l'hôpital.

§ 3. Aseptisation des mains et du cuamp opératoire. — Emportez votre brosse à ongles, inconnue dans le milieu rural. Or, il est difficile d'y suppl(''er : les frictions avec une compresse stérile ne remplacent point son action de nettoyage pénétrant. Nul besoin d'insister sur l'importance de l'asepsie des mains et sur les moyens de la réaliser. Quant à l'asepsie de l'opéré, il faut avoir vu certaines peaux de paysans ou d'ouvriers pour

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se faire une idée des diliicultés de ce nettoyage ! Nous avons employé quelquefois l'essence de téréhentliine, recommandée par von Nussbauin, et qui, en dépit de son action irritante, est seule capable de décroûter de pareils épidermes; l'élher lui-môme est alors insul'lisant et on n'en a pas toujours à sa disposition.

|5 4. AsiîPSiK DU MATÈRiia. — Lo procédé d<î désinfection pour les instruments, en chirurgie courante, est le bouilUssage dans la solution de carbonate de soude à 1 p. 100; on trouve partout des « cristaux». A la rigueur, on se servirait d'eau savonneuse, de cendres de bois, de liquide de lessive. Behring a montré que le « Icssif » de ménage, même à la température de 80° à 8")°, c'est-à-dire bien au-dessous du point d'ébullition, a une action bactéricide remar([uablo : les spores du charbon y sont tuées, parfois après quatre minutes, et toujours après huit à dix minutes. Behring nous a appris encore que la lessive ordinaire contient environ 14 p. 1000 de sels de soude, c'est-à-dire que son titre est très rapprochi'; de celui que Schimmelbusch a trouvé le plus favorable à la stérilisation. — Ce bouil- Ussage peut se faire sur l'heure, dans n'importe quelle marmite : pour refroidir le récipient et éviter toute manipulation aux instruments stérilisés, plongez la marmite dans une terrine d'eau froide. Si vous trouve/ une poissonnière, il est facile, grâce au fond mobile, d'extraire les instruments et de les faire glisser sur le plat flambé réclamé à cet usage. Les bistouris, les ciseaux, même les délicates aiguilles supportent bien cette coction, mais il faut les isoler des autres instruments et ne les immerger que roulés à part dans une compresse.

Môme simplicité dans la stérilisation des tampons destinés à servir d'épongés, des petites compresses de gaze ou de toile fine et souple qu'on emploie à essuyer la plaie, à protéger les abords du champ opératoire, à séparer les séries de pinces qui se multiplient et s'encombrent. Vos mains sont aseptiques ; préparez vos tampons d'ouate hydrophile en les trempant dans une solution antiseptique faite à l'eau bouillie et versée dans un récipient flambé ; exprimez-les dans une compresse nouée en bourse ; faites bouillir une heure dans l'eau salée ou dans la solution sodique. Soumettez à ce même temps d'ébullition les compresses-éponges.

Voici un moyen simple de suppléer au bouilleur de Schimmelbusch ou au modèle que nous avons établi. Procurez-vous une boîte en fer-blanc, à deux étages, qui sert à faire cuire les asperges, à la vapeur. Dans la boîte inférieure, qu'il faudra munir d'un fond mobile perforé, vous ferez bouillir vos instruments ; la caisse supérieure, à fond troué, forme une petite chambre à vapeur où tampons et compresses se stérilisent « à l'étouffée ». Il est commode de faire chez soi l'asepsie du matériel, le matin même d'une intervention prévue à l'avance : les compresses et tampons sont stériles après une heure et demie au maximum, de séjour dans le courant de vapeur; les instruments le sont après trente minutes : c'est dire qu'il faut les placer plus tard dans l'appareil. Après ces délais, soulevez le fond mobile qui porte les instruments, videz la caisse inférieure, replacez-y les instruments à sec, les tampons et les compresses ; fermez avec le cou-

62 DE QUELQUES CONDITIONS SPÉCIALES DE l'aSEPSIE ET DE L ANTISEPSIE.

vercle. Il n'y a donc qu'une boîte, peu volumineuse, à emporter; on peut l'inclure en une chemise de toile à voile facile à désinfecter par ébullition et munir cette chemise de courroies ou de poignées. Si l'on craint la rouille des instruments, on les chauffera à sec pendant quelques minutes ; ils se recouvrent d'un dépôt pulvérulent de soude qui se dissoudra dans l'eau bouillie. Quant aux compresses et aux tampons, essorez-les dans vos mains aseptiques; il n'est point utile, qu'ils soient totalement asséchés. Pour les fils, c'est encore au bouillissage qu'il faut recourir : notre dévidoir ou celui de Schimmelbusch tiennent à la disposition du praticien une provision de fil stérile ; la réserve des trois bobines garnies de leur plein chargement répond à la consommation d'une grosse opération.

§ 5. Antiseptiques et, pansements d'urgence. — Les pastilles comprimées de sublimé sont avantageuses en chirurgie courante. Le phénosalyl se recommande par sa valeur désinfectante et sa commodité : avec une petite fiole de trente grammes, le praticien peut préparer trois litres de liqueur antiseptique. Ajoutez une fiole de permanganate de potasse au I/o, pour la désinfection des muqueuses et le dégraissage de la peau; un flacon de poudre d'iodoforme, un autre de dermatol : voilà une petite trousse de cinq fioles, permettant de parer aux besoins habituels. Il faut d'autant moins s'encombrer de liquides qu'on abandonne les grands lavages et les pansements humides ; la cause du pansement sec est à jamais gagnée. L'ouate se trouve dans les plus pauvres merceries de bourgade, et il serait loisible de la rendre hygroscopique, sur l'heure, en la faisant bouillir dans une solution de soude. L'étoupe est un bon matériel de pansement de fortune. Ayez des compresses stériles humides que vous saupoudrerez discrètement d'ioforme ou que vous pulvériserez à l'éther iodoformé : cela peut remplacer les gazes de commerce.

Le sulfate de cuivre, depuis la lutte contre les maladies cryptogamiques de la vigne, se trouve dans toutes nos campagnes viticoles : c'est un bon désinfectant. Avez-vous à faire de la pulvérisation continue : employez un de ces pulvérisateurs dont nos vignerons se servent contre le mildiou ; le jet est régulier et large. Autre expédient : vous voulez installer, pour une plaie infectée, un bain de bras permanent; la poissonnière est un outil rare à la campagne ; prenez un morceau de gouttière de toit, long de 80 centimètres, et faites-le fermer à ses extrémités par deux valves semi-lunaires, dont l'une sera échancrée pour s'engager sous le bras.

B. — De l'asepsie en chirurgie de ffuerre (I).

1° Conditions spéciales à la chirurgie de guerre. — On ne peut espérer, en chirurgie de guerre, l'application intégrale de la méthode aseptique. Dans les formations sanitaires de l'avant, le chirurgien d'armée devra faire face à des situations critiques et compter avec les déplacements de la ligne de bataille, les pertes de personnel, l'épuisement du matériel,

(I) FoiiouE, Mémoire i|ui a obtonii le [)rix de chir(ji'','ic d'armée en I8t)4.

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