FRACTURES DU FÉMUR
A. — Fractures du col.
1° Indications de leur traitement. — La pathologie distingue avec soin les fractures intra-capsulaires et les fractures extra-capsulaires. Mais, en pratique, la distinction est le plus souvent impossible et inutile. Et, cependant, s'il est vrai comme l'a affirmé Cooper, comme paraît en témoigner l'extrême rareté des pièces anatomiques montrant un cal osseux, s'il est vrai que la fracture intra-capsulaire du col ne se consolide presque jamais ou jamais, on voit quel en est à priori le corollaire thérapeutique : traiter le malade par le séjour au lit est absolument inutile. Astley Cooper l'avait formulé : « Si pareille fracture m'arrivait, je ferais placer un coussin sous le membre malade dans toute sa longueur; un autre
(1) Von Lesseu, Cmtralhlall filr Chirurgie, n" lô, 1887.
(2) Lauenstein, Cenlralhlatl filr Cldrurf/ie, n" 2Ô, 1887.
coussin roulé serait mis sous le genou, et je laisserais le membre étendu pendant dix ix quinze jours juscju'à la cessation de l'inflammation et de la douleur : alors, je me lèverais chaque jour, m'asseyant sur une chaise élevée pour prévenir un degré de flexion qui serait douloureux, et je marcherais à l'aide de bé({uilk'S, appuyant le pied parterre, d'abord tout doucement, puis, par degrés, de plus en plus, jusqu'à ce que la capsule fût épaissie cl que les muscles eussent repris leur action. » — Par contre, la fracture juxta-articulaire, capable d'une consolidation osseuse, accompagnée d'un raccourcissement et d'une déviation plus accentués du membre, nécessiterait la réduction et la contention. De là l'utilité théorique du diagnostic différentiel auquel se sont efTorcés Cooper et Malgaigne.
Or, ce diagnostic rigoureux est illusoire; Brun, Nélaton, Gosselin en ont fait la criti({ue : on arrive à des présomptions, mais jamais à une certitude. Au surplus, le praticien s'en passera. La question de siège de fracture ne décide pas sa conduite: il s'inspire avant tout de l'âge, de l'état général du blessé, du régulier fonctionnement de ses poumons, de la façon dont il supporterait le lit et l'immobilité. Un vieillard peut mourir à la suite d'une fracture du col ; mais c'est par pneumonie hypostatique, par congestion pulmonaire, par inappétence invincible, par perturbation brusque de ses habitudes d'existence et d'exercice. Maintenu au lit dans les longs délais d'une consolidation d'ailleurs problématique, on va le voir délirer, s'afTaiblir, présenter des escharcs au sacrum. Si, par surcroît, on lui inflige ce « supplice de l'extension continue », auquel, en pareil cas, Gosselin a reproché de si graves griefs, il ne tardera point à faire de la gangrène en tous les points comprimés, tellement est grande !'« infirmité de ses tissus ».
2" Traitement par les appareils. — Aussi, que la fracture soit intra ou extra-capsulaire, il est contre-indiqué de prolonger le séjour au lit, pour des blessés très âgés, débilités, dont la température s'élève dès les premiers jours de l'accident, dont les pulsations s'accélèrent, dont la langue se sèche. Pour ces fractures et ces malades, il n'y a qu'un bon appareil : c'est la gouttière de Bonnet. Pendant les dix ou quinze premiers jours, cet appareil permet de les déplacer sans douleurs, de les soulever, sans dérangement, pour l'émission des urines, la défécation et le nettoyage du lit. Après une quinzaine, en général, ils peuvent se passer de la gouttière : les douleurs sont devenues tolérables, les mouvements plus faciles. Mais, pendant ces délais, on aura avec soin surveillé leurs talons, leurs ischions, leur région sacrée, sièges des escharcs de dccubitus, que préviendront des lotions au vin aromatique, le saupoudrage à l'amidon, la protection par le collodion iodoformé. Le matelas d'eau, le lit mécanique, sont encore deux grands moyens de soulagement, et, pour un certain nombre de malades, de conservation de la vie, dans les fractures du col du fémur.
Dix, quinze jours après, les malades seront autorisés à s'asseoir dans un fauteuil pendant des séances progressivement allongées. Lorsque le patient est levé, nous dit Championnière, dont nous sommes très enclin