S76 FRACTURES DU FÉMUR
quait un solide appareil de Scultet, tout en maintenant le sommeil chloroformique. Les précautions, on le voit, étaient grandes. Cependant la contraction des muscles ramenait bientôt le chevauchement, et les raccourcissements de 6 centimètres n'étaient pas rares.
L'attelle américaine fut donc abandonnée, mais elle avait rendu un grand service: on apprit, grâce à elle, à se servir de bandelettes de diachylon appliquées directement sur la peau pour obtenir une extension efficace. Ces bandelettes, en passant sous la plante du pied pour aller d'un côté du membre inférieur à l'autre, formaient l'étrier où maintenant le chirurgien fixe les poids avec lesquels il pratique l'extension dans les appareils simplifiés dont on poursuivait toujours la décevante conquête.
L'appareil en sparadrap d'Eugène Bceckel nous semble marquer une étape importante, et nous rapproche sensiblement des appareils actuels dont l'idée première appartiendrait à Gilbert, de Philadelphie. On en trouvera la description dans la Gazette médicale de Strasbourg de 1876. L'extension se fait au moyen d'un poids gradué, d'un sac de plomb ou de sable, ou de tout autre corps pesant suspendu à une corde que l'on attache à l'étrier plantaire. Cette corde glisse sur une poulie fixée au pied du lit par un crampon à vis. Pour la contre-extension, on se sert d'un tube en caoutchouc dont l'anse embrasse le pli de l'aine, et dont les deux extrémités, nouées ensemble, sont fixées à la tête du lit.
Un pas encore, et nous arriverons aux nouveaux appareils. Supprimons le tube en caoutchouc qui prend son point d'appui sur le pli de l'aine; sa présence n'est pas indifférente : elle peut provoquer des excoriations, des eschares même, en tous cas de vives douleurs, et les accidents de l'ancienne attelle américaine. On a, du reste, reconnu bientôt que ce mode de contre-extension n'est pas indispensable. Nous nous rappelons une malade indisciplinée qui, pour échapper aux pressions douloureuses des lacs, remontait dans son lit et laissait l'anse flotter sur le pli de l'aine. La guérison n'en fut pas moins obtenue, sans raccourcissement notable.
En effet, il est démontré maintenant, comme nous le voyons dans la thèse de M. Milliès-Lacroix, que le poids du corps suffît à la contreextension. Il équilibre amplement les 3 ou i kilogrammes nécessaires pour maintenir la réduction de la fracture, en neutralisant la contraction des muscles de la cuisse. Cela est un fait d'expérience. Évidemment l'attitude devra être horizontale : si le lit formait un plan incliné moins élevé aux pieds qu'à la tête, le corps glisserait : mais avec l'horizontalité rien de semblable n'est à craindre. A la rigueur, du reste, et lorsqu'on pratique une très énergique extension, rien n'empêche de soulever, par une brique ou deux, les pieds antérieurs du lit : le corps tend à se couler en arrière, et les poids fixés à l'étrier le retiennent.
Les tâtonnements nombreux qui marquent l'histoire de l'extension continue, les malheureux échecs qu'ont enregistrés les auteurs tiennent tout entiers dans les lignes précédentes. Ils s'expliquent par l'emploi des poids énormes que l'on croyait nécessaires pour pratiquer l'extension : 8, 10, 12 kilogrammes. Aussi, avec de pareilles tractions, les liens contre-