C. — Tumeurs pulsatiles des os
Ce sont de véritables auévrysmes des os, et il convient de les traiter comme tels par la ligature en amont. Mais le chirurgien n'est point toujours sûr de son diagnostic ; est-ce vraiment une tumeur pulsatile, ou bien s'agit-il d'un de ces néoplasmes malins télangiectasiques, carcinomes ou sarcomes érectiles? Le cas est souvent embarrassant, et nous nous souvenons de l'indécision de Denis Dûment (de Caen), de Broca, de Verneuil et de Richet devant des faits semblables. En toute hypothèse, cependant, pourquoi ne point commencer par lier l'artère? Si c'est une tumeur télangiectasique, la ligature aura l'avantage de couper les vivres au néoplasme, peut-être d'enrayer temporairement ses progrès; et, devant l'insuccès, on serait toujours à temps pour amputer.
S'il s'agit d'un véritable anévrysme osseux, il y a des chances pour que la ligature suffise. Lallemand (3) vit, aussitôt après la ligature de la fémorale, les battements expansifs se suspendre et la tumeur du tibia s'affaisser.: trois mois après, l'os avait repris son volume normal; le malade, perdu de vue après huit mois, était complètement guéri. Roux (4) constata la même réduction immédiate : cinq mois après, le tibia était encore volumineux, mais sans battements : le malade fut revu au bout de dix-neuf ans : la guérison était complète. Lagout (5) essaya sans succès la compression de la fémorale et la compression directe de la tumeur : il lia l'artère, les pulsations cessèrent aussitôt; le lendemain, la circonférence de la tumeur avait diminué de 5 centimètres: la douleur, vive autrefois, avait disparu. Le néoplasme, toutefois, ne disparut pas complètement, la jambe s'ankylosa en demi-flexion; neuf ans après, le malade se trouvait dans le même état : sa tumeur était indolente et fluctuante, mais ne présentait pas de battements. — Demongeot de Confevron (6)
(1) DujARDiN, Gaz. des hôpit., 1857, p. 235.
(2) Surmay, Bull, de l'Acad. de méd.. 1882, p. 74.
(3) Lallemand, Répert. d'anat. et de phys., 1826, t. II, p. (37.
(4) jRoux, Quarante années de pratique chirurg., t. II, p. 436. {5) Lacouï, Bull, delà Soc. de chir., 1858-59, t. IX, p. 258. (6) Demongeot, Thèse de Paris, 1867.
ponctionna une tumeur pulsatile du corps du radius : du sang rutilant fit issue; l'humérale fut liée au pli du coude : la tumeur ne s'affaissa point. Le lendemain, une nouvelle ponction donna issue à 60 grammes de sang; à partir du douzième jour, la tumeur diminua de 1 à 2 centimètres par semaine, et, comme dimension circonférentielle, tomba de 37 à 29, Le malade fut revu au bout de seize ans : sa guérison se maintenait.
Mais si ces quatre faits classiques, et partout réédités, inspirent confiance, il convient de se souvenir que Carnochan a échoué après la ligature de la fémorale pour une tumeur pulsatile de l'extrémité inférieure du fémur; que les malades de Pearson, Scarpa, Parisot, subirent tous les trois l'amputation de cuisse pour une tumeur pulsatile du tibia; que l'opéré de Dupuytren, après être resté sept ans guéri, fit de la récidive etfutamputé. Savons-nous, au surplus, où finit le sarcome télangiectasique des os, où commence la tumeur pulsatile? N'est-il point manifeste encore que, lorsque l'anévrysme osseux, si anévrysme il y a, a miné complètement l'épiphyse, le malade ne peut plus compter sur cette pièce squelettique sans résistance, et que l'amputation ou la désarticulation s'impose?
D. — Kystes des os.
Ouvrir largement la cavité kystique, exciter partiellement sa paroi et la modifier de façon à la rendre apte à se combler par bourgeonnement, voilà le traitement qui convient à la très grande majorité des kystes osseux, qu'ils soient l'aboutissant d'un ancien travail d'ostéomyélite, d'un point de tuberculose, ou d'un foyer hydatique circonscrit. Si la cavité est spacieuse, irrégulière, la simple incision pariétale ne suffit point : il faut faire sauter à la gouge une bonne partie de la coque ; c'est le moyen de parer aux stagnations que le drainage ne prévient point toujours. Dans ces vastes kystes, d'ailleurs, le comblement par accollement pariétal serait interminable ou impossible. Les injections phéhiquées ou sublimées dans la poche kystique n'assurent point une assez énergique modification de la paroi : que ce soit la couche granuleuse des kystes d'origine ostéomyélitique ou tuberculeuse, que ce soit l'infiltration des vésicules disséminées à la périphérie d'un kyste hydatique osseux, il faut porter la curette dans tous les points suspects, abraser et ouvrir les aréoles avoisinantes, ne s'arrêter qu'en tissu sain. On pourra joindre l'action du fer rouge à celle de la curette, ne serait-ce que pour réveiller les propriétés ostéogéniques de la zone voisine.
Ce curage méthodique est surtout de rigueur en matière de kystes hydatiques des os : Bérard a insisté sur la difficulté que l'on éprouve à débarrasser complètement l'os des hydatides qu'il contient. « Il est essentiel de ne pas oublier des vésicules entières, (juelque petit que soit leur volume, et, pour les découvrir et les extraire, le chirurgien doit explorer avec le plus grand soin la cavité dans tous les sens. » Malheureusement, dans l'immense majorité des cas, la diffusion des lésions empêche cet évidement radical : les petites vésicules sont disséminées dans les