‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 145 sur 191 · LUXATIONS DU GENOU ET DE LA JAMBE · texte numérisé non relu

LUXATIONS DU GENOU ET DE LA JAMBE

Les luxations récentes de la jambe en avant sont en général de facile réduction: on combinera une extension modérée du membre avec une impulsion directe, en sens opposé, des extrémités déplacées. Nous avons vu Poulet réduire commodément chez un vigoureux cuirassier une luxation du genou en avant : une écharpe embrassant la face postérieure des condyles fémoraux et se nouant sur la nuque du chirurgien, qui repousse à pleines mains en arrière l'extrémité tibiale, voilà un moyen pratique de réaliser le refoulement inverse des surfaces luxées. — Si ce procédé échoue, on peut essayer de basculer le genou en flexion forcée. L'avantbras est placé dans le creux poplité et sert de point d'appui: la jambe devient ainsi un levier intermobile; les condyles du fémur se dégagent et glissent de bas en haut, derrière le tibia, pour rentrer en place sur son plateau.

A la période préantiseptique, on notait déjà des guérisons complètes après la réduction de luxations compliquées de vastes déchirures cutanées et musculaires; Malgaigne(l) en avait cité un cas, emprunté à Adams; Parisot (2) obtint un beau succès dans un fait où l'extrémité fémorale se herniait au travers des téguments poplités; dans celui de Davis (3), les condyles fémoraux s'ouvraient aussi issue à travers les parties molles, et il fallut enlever plusieurs lambeaux du muscle poplité dilacéré : la guérison se fit en un mois. — Avec nos pansements antiseptiques, nous pouvons mieux préconiser la conservation en pareil cas.

Une faut point non plus se hâter au sacrifice du membre parce que les artères ne battent plus au-dessous du genou, parce que la gangrène paraît imminente. On doit réduire d'abord, et envelopper le membre en un épais ouaté: sous cet abri antiseptique et tiède, la vitalité du membre peut se rétablir dans des cas qui semblaient désespérés. Quand le malade de Piéchaud (4) entra à l'hôpital, «lajambe et le pied étaient froids, un peu livides, et on ne pouvait sentir la pédieuse » : dès le cinquième jour, les battements avaient disparu dans la poplitée et dans le tiers inférieur de la fémorale; cependant il ne se produisit pas la moindre eschare, et au vingtième jour, malgré la persistance de l'oblitération vasculaire, la pédieuse battait « à plein canal ». — La gangrène peut n'apparaître que tardivement. Annandale (o), après laréduction d'un pareil déplacement, vit le membre se refroidir et devenir livide au troisième jour, desphlyctènes

(1) Malgaigne, TraiLé dei luxations, p. 9G7.

Ci) Parisot, In Thèse de Thomassin, Paris, 186G.

(3) Davis, Philad. med. Thnes, 1817, n" 243, p. 270.

(4) Piéchaud, Revue de chirurgie, 188.3, n" 3, p. 18G.

(5) AsNASiJALE, The Luncet, 1881, nov. 26, p. 903.

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