C. — Chanjfeineiit «lu pansement
1- Rareté des pansements. — Le repos delà plaie est le plus grand bien fait du pansement rare ; il faut une main légère, et encore n'y suffît-elle pas, pour ne pas ^ blesser la blessure », déchirer quelques bourgeons, faire un quelconque de ces « micro-traumas » sur les dangers desquels insiste tant Verneuil. Chacune de ces solutions de continuité provoquées par les doigts ou les instruments, la levée trop bru-que des pièces de l'appareil, n'est-clle pas une voie ouverte à l'inoculation des microbes et à la péné-
tration de leurs produits solubles? La mcmLrane granuleuse est, pour les tissus, un filtre stérilisateur que l'on doit respecter. Les cellules épi- Ihéliales jeunes qui travaillent à son épidermisation progressive ont besoin de ménagements : un contact rude, l'action d'un antiseptique mordant comme l'acide phénique, les peuvent détruire et reculer la cicatrisation. Que de fois un pansement irritant, une manœuvre inutile, l'exploration d'un trajet fistuleux, l'extraction d'une esquille, le changement d'un drain, des tractions réitérées sur un fd à ligature, l'arrachement de petites croûtes, n'ont-ils pas provoqué le saignement des bourgeons et l'apparition d"un érysipèle ! Le précepte ne date pas d'aujourd'hui. Camper, qui s'inspirait en cela de la pratique.de Magatus, contemporain de Paré et de Fabrice d'Acquapendente, conseillait au siècle dernier « de né point meurtrir la tendre pellicule » et de ne point tirer sur la charpie adhérente, ce qui « force la nature à recommencer son ouvrage ».
2" Ses indications. — En dehors de toute complication, la date du premier changement est indiquée par la nécessité d'enlever les fils, inégalement tolérés, ainsi que nous l'avons dit plus haut, et de supprimer le drainage. Quand la plaie ne reste point aseptique, l'urgence du dépansement est signalée par les indices suivants :
D'abord, la souillure des pièces extérieures traversée par l'écoulement; de là, la nécessité pour le chirurgien, à la fin de l'opération, de nettoyer ses mains afin de ne point ensanglanter le pansement, ce qui gênerait son observation ultérieure. 11 arrive parfois que, dans les premières heures, un suintement pénètre les pièces de l'appareil: au lieu de renouveler en entier le pansement, il est rationnel d'appliquer une nappe supplémentaire d'ouate. — La. douleur ne devient un signe que si elle persiste au delà du premier jour et s'accompagne de troubles généraux : la cuisson, les tiraillements s'apaisent au bout de quelques heures ; chez les nerveux, cette sédation estmoins rapide. — La rougeur envahissente destéguments voisins, quand il ne s'agit point d'érythèmes dus aux topiques, est une indication à saisir : c'est une lymphite infectieuse et l'exploration des ganglions régionaux en révèle la tuméfaction. — V odeur n'est point à négliger ; il faut flairer les pansements et reconnaître cette odeur fade — mais rassurante — qui résulte de la combinaison avec l'iodoforme d'un pus peu abondant, sans virulence grave, et autorise le maintien du pansement si aucune autre indication ne presse. — La tem'pérature du blessé fournit un élément capital sur l'urgence du dépansement : nous développerons plus loin les diverses formes des fièvres chirurgicales ; disons, dès maintenant, qu'une élévation thermique dès le, premier soir n'est point toujours un mauvais indice ; que ces fièvres ■ brusquement déclarées tombent brusquement vers le deuxième ou troisième jour ; que tout autre est la valeur de l'hyperthermie apparue vers le deuxième ou troisième jour, accrue dans les jours suivants, coïncidant avec de la douleur au niveau de la région, avec de l'anorexie, de l'irritation ou de la dépression nerveuse, avec l'accélération et la petitesse du pouls : ces avertissements, il faut les entendre dès la première heure.
Les abcès suturaux sont parfois une indication au dépansoment. Huit, dix jours se peuvent écouler sans indice d'infection ; la réunion immédiate semble acquise : soudain — parfois à la suite d'une nuit agitée, d'un glissement du pansement, — une lièvre médiocre s'allume, la plaie présente un point tendu, la langue est saburrale et le sommeil troublé. On trouvera un petit abcès développé au niveau d'un fd, qu'il sultira d'enl(;ver pour voir tomber ces phénomènes. S'il s'agit de nœuds profonds, la petite suppuration dure; elle tarit puis reprend, et maintient une listule jusqu'à élimination spontanée du nœud : il est plus expéditif daller à sa recherche.
3" Ses régies. — L'asepsie du pansement réclame la même rigueur que celle de l'intervention : lors même qu'il s'agit de plaies qui suppurent, il faut n'apporter ni par les mains, ni parles objets qui viennent à leur contact, aucun supplément d'infection ; à plus forte raison, quand il s agit de plaies aseptiques. On ne pansera pas dans leur lit les malades d'un service, surtout lorsque la division des infectés et des septiques n'est point faite; en dépit des lavabos roulants, la toilette des mains et l'asepsie du matériel laissent à désirer.
Les mains qui ont touché les couches extérieures du pansement, toujours salies, doivent, avant d'ouvrir les couches profondes, avoisinant la plaie, subir une purification nouvelle ; il est préférable de confier à un aide la première partie de la besogne. — Si la gaze adhère, on n'exercera aucune traction violente; mais on la détrempera sousun jet tiède aseptique. — L'ablation des fils nécessite des ménagements ; les métalliques surtout comportent des précautions que nous avons développées au chapitre de l'asepsie. Si la ligne de suture s'est encroûtée de sang ou de topiques pulvérulents, on ramollira ces croûtes sous l'irrigation, afin de ne point entraîner, avec le fil, dans la profondeur ces incrustations suspectes.