MODIFICATIONS DE LA TEMPÉRATURE
dans la sphère du splanchnique, le péritonisme, el, après les premières heures, la septicémie péritonéale suraiguë. — Le traitement est celui du collai)sus : récliaufFement artificiel; stimulation du cœur par la caféine ou la spartéine; transfusions de sérum dans les veines ou sous la peau.
2" Hyperthermie. — § 1". Valeur de ses indications. — La fièvre est, pour la surveillance des plaies, notre plus exact avertissement. Mais il importe que la courbe thermomôtrique soit établie avec précision : ce qui nous renseigne, c'est le mode des oscillations quotidiennes, la marche de la fièvre en son cycle entier. Sans doute, il faut réagir contre cette importance exclusive qui fut naguère attribuée à la courbe thermique : l'élévation de la température est le plus constant indice de l'infection; mais cette exploration ne doit point détourner de l'observation du pouls, des grands viscères et des émonctoires naturels. De très graves infections peuvent évoluer avec des températures normales ou basses. La bactériologie ne nous a-t-elle point appris que la valeur pyrétogène des produits solubles microbiens n'est pas parallèle à leur toxicité? Un vieil urinaire ne présente pas d'ascension Ihermique : tant pis; car cela démontre la déchéance de sa réaction vitale. Chez cette laparotomisée, la température reste peu élevée, mais le pouls se précipite au delà de 130; les mouvements respiratoires sont fréquents et superficiels : mauvais pronostic. Chez cet alcoolique, chez ce malade au foie ou aux reins tarés, une septicémie mortelle peut s'achever sans que le thermomètre monte au delà de 38", 5-39° : le foie ne détruit plus les toxines, le rein ne les élimine pas; aussi bien, en pareils cas, la toxhémie l'emporte sur la septicémie. Les constatations de Teissier, Roux et Pittion-, celles de Gilbert et Boix, les expériences de Charrin semblent démontrer l'existence dans les infections microbiennes de phénomènes pyrétiques ou hypothermiques suivant la prépondérance, dans les produits sécrétés par les microorganismes, des substances pyrétogènes ou des substances hypothermisantes.
§ 2. Fièvres aseptiques. — D'autre part, la fièvre peut exister dans le cas d'évolution aseptique de la plaie. « On ne s'écartera pas beaucoup de la vérité, dit Yolkmann, en admettant que, sur un millier de plaies graves traitées avec succès d'après les règles antiseptiques, un tiers évolue sans aucune fièvre, un tiers avec une fièvre modérée, un tiers avec des fièvres élevées. » A l'heure actuelle, la proportion des faits de cette dernière catégorie est plus restreinte. Il n'en est pas moins vrai que la courbe de nos opérés aseptiques n'est point, dans tous les cas, la ligne normale, sans ascension thermique. Cette fièvre aseptique débute après l'opération, atteint dès le soir même 38" à 39", oscille à ces hauteurs pendant trois, quatre, six jours, et décline. Pendant ce temps, l'état général est en contradiction avec le thermomètre : le pouls reste bon, bien rythmé ; les voies digestives en parfait état, le sommeil régulier.
Comment s'explique cette ascension? C'est évidemment une fièvre de résorption : ce sont les éb'ments cellulaires frappés de mort par le traumatisme ou l'acte opératoire qui rentrent dans la circulation; c'est sur-
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tout le sang épanché et coagulé qui fournit ces produits thermogènes, soit ([ifil s'agisse, comme lo pensent von Borgmann et Angerer du ferment de la fibrine, du <- Fihrin-ferment », issu de la mort des leucocytes, soit qu'il faille incriminer, comme le veut Roger, des substances spéciales prenant naissance dans It.' sang. Il est connu que la transfusion sanguine est suivie, en moins dune heure, d'une réaction fébrile oii le thermomètre s'élève de plusieurs degrés. Et, de fait, nous n'avons jamais vu manquer ces fièvres éphémères, à début brusque, dans les cas où s'est fait un copieux épanchement di.' sang : évidements osseux; contusions graves; fractures ou entorses violentes; hémorragies dans les grandes séreuses.
La fièvre aseptique peut relever d'autres causes. Kiister et Sonnenljurg disent avoir observé dans les intoxications phéniquées, surtout chez les enfants, une éb-vation thermique au début de l'empoisonnement; mais l'hypothermie est plutôt la règle. Dans quelques cas ce sont des fièvres « épitraumatiques », sans relation causale avec l'opération ou la blessure : angines, pneumonies, raj)pel de fièvres intermittentes, grippe; le discernement clinique de ces formes — plus rares que Verneuil ne l'a cru
— importe au traitement. Chez certains opérés, chez ceux surtout qui ont subi une intervention abdominale, la constipation peut provoquer une b'gère hausse thermique : le meilleur antipyrétique est alors un purgatif.
— Ce qu'on sait bien encore, c'est que, -chez les débiles et les épuisés, chez ceuxqui souffrent des maladies chroniques, il suffit d'une alimentation intempestive, d'un trouble intellectuel ou émotif pour provoquer, ramener ou exagérer la fièvre. Et Bouchard (1) a écrit un chapitre d'observation pénétrante sur le rôle de la faiblesse nerveuse dans la production de Ihyperthermit'. c Le système nerveux débilité est un réactif particulièrement sensible pour les agents provocateurs de fièvre; » les cliniciens connaissent tous l'ascension de la courbe que les visites provoquent, chez certains malades, et l'action antithermique qu'exercent sur l'opéré ou le blessé « l'influence sédative de la paix du lieu et de la tranquillité communicative des choses et des personnes qui l'entourent ».
>; 3. Fœvres septiques. — Mais ces diverses formes demeurent exceptionnelles. Une fièvre, qui ne débute qu'au deuxième ou troisième jour, répond presque toujours à une infection. Il faut bien ces délais pour que les bactéries aient produit une quantité agissante de toxines. Si l'infection prend un caractère de rapidité extrême, si la courbe monte d'un bond à •40° et plus, c'est qu'un foyer infectieux préexistait, dont l'opération a réalisé l'inoculation soudaine; telle la fièvre « cavitaire » de Verneuil. à ascension brusque, qui succède à la blessure des milieux riches en germes. Les types des fièvres infectieuses sont variables suivant la qualité des microbes pathogènes et la quantité des toxines. Certes, la distinction de la septicémie au tracé rémittent et de la pyohémie à la courbe coupée de grandes oscillations mérite d'être maintenue. Mais ce n'est point de cette simple forme du graphique que le clinicien doit tirer ses meilleures indi-
(1) BoLCHARD, Communication faite au Congrès de Rome, 30 mars 189-i.
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cations : il tient compte, comme indices défavorables, de l'ascension progressive de la conrbe ou de sa chute rapide en collapsus; de la faiblesse des rémissions matinales ; de la permanence en plateau dans les régions élevées ; de la fréquence du pouls et de la respiration ne s'harmonisant pas avec le degré de la fièvre.