‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 30 sur 191 · C. — Troubles cardiaques · texte numérisé non relu

C. — Troubles cardiaques

1° Syncopes. — La courbe Ihermométrique a besoin, en effet, d'être complétée par le tracé du pouls. Le cœur doit donner la vraie mesure de la résistance organique. Or, de multiples périls le menacent. Après l'anesthésie, c'est la syncope tertiaire par empoisonnement du bulbe. A la suite de l'opération ou du traumatisme, ce sont ces asystolies résultant soit du choc nerveux, suit de l'anémie aiguë.

2^" Cardiopathies infectieuses. — Le cœur est très impressionnable aux infections : les toxines se comportent souvent comme des poisons cardiaques. Le myocarde fléchit et les battements s'accélèrent pour compenser cette faiblesse ; ce surmenage entraîne l'irrégularité des contractions. C'est au cœur qu'est le plus grand danger dans maintes infections ; chez un vieillard, ce péril s'accroît encore : l'organe n'a plus à compter sur l'élasticité des artères. Dans ces cardiopathies infectieuses, la caféine reste sans effet et il faut se défier de la digitale, car elle s'élimine mal par les reins malades. Seules, les applications froides ou glacées sur la région précordiale peuvent, quand le cœur affolé bat au delà de 140 ou de 150, ralentir ses contractions et, augmenter leur énergie en diminuant leur nombre.

3" Cardiopathies toxiques. — Sur le cœur peuvent encore retentir les intoxications par les antiseptiques : dans l'empoisonnement iodoformé, alors que la température reste normale ou ne présente que de faibles oscillations, le pouls se modifie et son étude revêt une telle importance que le chirurgien, dit Konig, doit revenir aux anciens errements et préférer l'examen de l'artère aux renseignements thermométriques. Diminution de force et augmentation de fréquence : tels sont les caractères du pouls dans l'intoxication iodoformique. Nous l'avons vu, dans un cas mortel, monter, sans aucun phénomène septique, à 150, dépressible, irrégulier.

D. — Troubles respiratoires.

1° Bronchites post-anesthésiques. — Après une opération, le sujet peut présenter de l'irritation bronchique tenant à l'anesthésie. Les Allemands ont appelé l'attention sur les vapeurs irritantes pour les voies aériennes, qui résultent de la décomposition du chloroforme parla flamme du gaz : Stobwasser, Herson, Fischer, Hartmann, Zweifel ont signalé la toux et l'oppression, d'ailleurs rapidement dissipées, qui s'observent en pareilles conditions. Nous savons aussi que l'éther. exerce sur les bronches une

TROUBLES CARUIAQLKS F:T RESMHATOIKES. 163

.iction (riiypersécrétion , redoutable rlioz le vieil emphysémateux.

2' Dyspnée toxique des cardiaques et des rénaux. — Il est des blessés et des opères qui préseiileiit tics accidents dyspin-iques graves, sans qu'il existe de signes pulmonaires : ce sont parfois des cardiaques, plus souvent dos rénaux. Et cette dysi)n(''e toxique se montre assez fréquemment chez les vieux urinaires : le remède est de favoriser l'excrétion des ptomaïnes; prescrivez donc le régime lacté, quelques antiseptiques intestinaux — iiaphtul ou benzonaphtol — et une purgation avec le calomel. Tel vieillard est alité par un traumatisme ou par une opération : ses bases pulmonaires se congestionnent par liypostase; trop souvent, les vieux fracturés meurent ainsi. Chez un autre, vous observez une dyspnée progressive, avec mouvements respiratoires superficiels, du type de Cheyne-Stokes : la langue devient saburrale, la peau terreuse, l'anorexie complète; le malade vomit, délire, pisse peu, puis entre dans le coma; il meurt d'urémie. Dès 1845, iSorman Chevers avait énoncé que maints décès de vieux, après une opération ou un trauma, reconnaissent pour cause l'aggravation d'une « propathie «pulmonaire, rénale, ou même JK-patique.

3" Congestion pulmonaire réflexe. — Certaines opérations, celles surtout qui portent sur l'intestin, comme la cure herniaire, entraînent à leur suite des congestions pulmonaires dont Championniére a tracé le tableau. Cette cum[)lication, dit-il, se manifeste de deux façons, également redoutables. Dans le cas le plus commun, on l'observe peu d'heures après le réveil du chloroforme. Le sujet accuse une anxiété respiratoire prononcée, associée à quelques quintes de toux, et les crachats finissent par être teintés de sang. La face est bleuâtre ; il faut quelquefois plusieurs heures pour que les malades — surtout les obèses — sortent de cet état. Pour cela, il faut placer l'opéré en position assise : on lui fera absorber de l'alcool et on couvrira le thorax de ventouses sèches ; un lavement et un purgatif seront administrés. Dans le cas de vomissements abondants, faites des injections d'éther et recourez aux inhalations d'oxygène. — Dans une autre forme, c'est après vingt-quatre heures ou trente-six heures de calme que les accès de suffocation apparaissent; la température s'élève un peu vers 38°, 5 ou 39°; mais, comme le remarque Championniére, cette élévation thermique ne signifie rien, puisque, dès le lendemain, le malade bien évacué, bien ventouse et bien calmé est revenu à la normale.

4' Embolie graisseuse. — A la suite d'une fracture, plus rarement d'une intervention sur le système nerveux, exceptionnellement d'une opération portant sur des régions riches en tissu adipeux, on voit apparaître une dyspnée continue, avec des quintes de toux plus ou moins intenses et parfois l'expectoration d'un liquide spumeux ; le blessé délire ou entre dans le coma, si la forme est grave ; les battements cardiaques sont fréquents et faibles; les urines peuvent contenir des gouttelettes de graisse. Il s'agit alors d'une embolie graisseuse ; et c'est un diagnostic — probablement maintes fois méconnu — auquel il faut songer, surtout

en chirurgie osseuse, lorsque Tintensité des phénomènes asphyxiques ne cadre point avec les symptômes thoraciques relevés par l'auscultation. L'attention doit être éveillée sur cette complication possible, chez les diabétiques dont le sang contient une quantité décuplée de matières grasses : Sanders et Hamilton, Czerny et Ganigee ont constaté la présence d'embolies graisseuses sur les poumons et les reins de diabétiques, morts en asphyxie et en coma.

E. — Phénomènes nerveux

1" Douleur. — La douleur qui succède à une plaie opératoire ou traumatique ne se prolonge point au delà de quelques heures : la réunion immédiate, en abritant les extrémités nerveuses divisées, la position correcte du membre ou de la région, l'immobilisation dans nos pansements contribuent à cette analgésie. Si l'opéré continue à se plaindre, durant les premières heures, c'est souvent par continuation de l'ébriété anesthésique. Chez les névropathes, la souffrance locale met plus de temps à s'effacer. Il faut l'apaiser par l'extrait gommeux d'opium, à doses fractionnées. La prolongation des douleurs au delà du premier jour est un avertissement qu'on ne doit pas négliger : maintes fois, c'est la constriction exagérée des pièces de pansement qui l'entretient. Il faut aussi, dans l'hémostase, apporter un grand soin à ne comprendre que le vaisseau dans la ligature et à ne pas étreindre, dans le nœud, des ramuscules nerveux : les névralgies précoces des moignons ne reconnaissaient point d'autre cause.

2° Délires. — § 1. Délire nerveux et délire alcoolique. — « Si le soir, le lendemain ou le surlendemain d'une fracture, d'une luxation, d'une tentative de suicide ou d'une opération quelconque, le malade paraît dans un état de gaieté anormale ; s'il parle beaucoup, s'il a l'œil vif et la parole brève, les mouvements brusques et involontaires, s'il affecte un courage et une résolution désormais inutiles, tenez-vous sur vos gardes... » Le conseil est de Dupuytren, qui a tracé du délire des opérés et des blessés un tableau magistral. Le délire nerveux n'est-il autre chose que le délire alcoolique ? L'identité a été soutenue par Broca et la question a son importance au point de vue thérapeutique. Pour la majorité des faits, la doctrine est exacte et le traitement identique : prescrivez des lavements laudanisés et l'alcool, à doses conformes aux habitudes d'intempérance du sujet; cette bruyante symptomatologie cédera en quelques jours. Et Martin (1) a eu raison d'indiquer que le délire « par inanition alcoolique », peut s'observer chez des sujets qui, sans être des alcooliques invétérés, ont pris l'habitude de rations moyennes de cet agent stimulant : ils n'en supportent pas la suppression brusque. Mais, dans beaucoup de cas, l'alcoolisme n'est point en cause : à l'époque où Dupuytren observait, lanesthésie n'avait point encore apporté son apaisement ; la douleur

(1) A. Martin, Sur le délire consécutif ;i ropération de la cataracte. Société de médecine et de chirurr/ie de Bordeaux, 9 mars 1894.

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