MÉDICATION DANS LA TUBERCULOSE
grammes de poudre de viande, en trois repas espacés dans les vingtquatre lieures.
Cette suralimentation pur la sonde ne s adresse qu'a des luberculeux désespérés, minés de toutes parts, et que leurs vomissements et leur anémie rendent incapables de lutter-, sans secours extérieurs, contre la dénutrition croissante. Alors, comme l'a vu Debove, comme nous le montrent Wins et A. Broca (1) dans leur mémoire, l'amélioration est souvent immédiate, la lièvn; diminue, les sueurs s'arrêtent, la diarrhée se suspend, l'appétit môme revient, et l'augmentation de poids peut être très rapide. Mais, lorsque le mal est moins grave, le gavage n'est pas indispensable et les poudres de viande, préparées avec plus de soin, sont absorbées directement : on délaie avec un peu d'eau froide vingt-cinq ou cinquante grammes de poudre dans une tasse de lait chaud, que l'on aromatise avec un peu de thé, une cuillerée de rhum, de curaçao, de kirsch ou de cognac.
Cette méthode a joui pendant quelques années d'une vogue considérable ; mais sans doute en avait-on trop généralisé l'usage : les échecs ont été nombreux, et peut-être s'est-on découragé outre mesure. Il en est de la suralimentation comme de la plupart des procédés et des médicaments dont nous aurons à parler : on les accueille, on les acclame, on les applique à tous les cas; puis surviennent les déceptions, et on les abandonne tout à fait, tandis qu'ils seraient encore une précieuse ressource dans quelques cas spéciaux à établir d'après une clinique exacte. Pour notre part nous avons conservé, de la suralimentation, l'habitude de prescrire à nombre de nos tuberculeux, la viande crue, grattée ou râpée, réduite à l'état de pulpe, que l'on prend dans un peu de bouillon tiède ou que l'on incorpore à de la purée de lentilles. Le lait et la viande crue composent toute l'alimentation des tuberculeux anorexiques. Nous conseillons aussi la gelée de viande, les œufs frais « gobés » en dehors des repas, et il nous semble en avoir retiré bénéûce.Les œufs ne sont-ils pas un de ces « analeptiques <> consacrés par la tradition? Nous avons vu, à Davos et à Leysin, les médecins des sanatoria insister sur l'alimentation copieuse, fréquente et variée.
§ 2. Médicaments. — Parmi ceux-ci, Vhuile de foie de morue est restée le médicament classique ; malheureusement l'usage en est impossible l'été. Mais pendant les cinq mois les plus froids de l'année nous y avons recours, et nous ne craignons pas d'en élever les doses jusqu'à sept et huit cuillerées à soupe par jour. On a signalé des accidents, certaines dégénérescences graisseuses du foie ; mais nous n'avons rien observé de semblable, et nos tuberculeux se sont très bien trouvés de ce médicament. Tous ne le supportent pas, nous dit-on. Le fait est exact; cependant nous croyons que le nombre des réfractaires est moins grand qu'on ne le suppose. Nous avons vu des malades chez qui tout essai avait été infructueux jusqu'alors ; les plus petites doses étaient rejetées : or, nous
(I) Hroca et Wixs, Bulletin rjétiéral de tliévapeulique, 188:î, p. 289.
FoRGVE ET Reclus. 1 '
leur avons fait progressivement atteindre nos quantités maxima, et cela grâce à l'emploi simultané de la bière, surtout des bières fortes d'Angleterre et de Hollande.
On met dans un verre l'huile que l'on veut faire prendre, le premier jour une demi-cuillerée ou une cuillerée seulement : on verse au-dessus la bière un peu mousseuse ; l'huile, moins dense, vient se placer entre la bière et la mousse, et on l'avale sans même s'en douter. Peu à peu, on augmente la dose, et la progression même est en général très rapide, sauf pourtant dans les cas, que nous ne saurions nier, où les susceptibilités de l'estomac et de l'intestin sont excessives. D'autres prennent l'huile avec le jus d'une orange, ou bien avant le repas, on mélange à des quantités croissantes d'huile de foie de morue de petites doses de caviar; on pourra aussi, suivant le conseil de Péter, l'associer à des sardines conservées en boîte.
Nous donnons d'ordinaire, aussi bien l'été que l'hiver, une petite quantité d'iodure de sodium, suivant une formule de Potain : chaque matin notre malade doit prendre, dans une tasse de lait tiède, une cuillerée à café d'une solution qui contient, pour 100 grammes d'eau, 10 grammes de bromure de sodium, 10 grammes de chlorure de sodium et 1 ou 2 grammes seulement d'iodure de sodium. L'usage doit en être lono-temps continué. Cette tasse de lait salé n'a rien de désagréable et tient lieu de déjeuner. Il est indispensable en effet, pour que cette dose quotidienne de 5 à 20 centigrammes d'iodure de sodium agisse sur l'organisme, de l'absorber absolument à jeun. Un excellent mode de prescription, très recommandable surtout dans les tuberculoses infantiles, consiste à saupoudrer des tartines beurrées de sels d'iodure de potassium et de chlorure de sodium dont on variera les doses suivant les besoins. Quand la réparation organique est plus urgente, les injections souscutanées de sérum artificiel ou de glycéro-phosphates de chaux peuvent rendre de bons services.
§ 3 Hygiène générale. — La stimulation de la peau est de première importance chez le tuberculeux : de cette ample surface nerveuse partent des incitations très actives sur la nutrition générale. Matin et soir, frictions sèches sur tout le corps avec le gant et la ceinture de crin; ou bien, lotions fraîches avec des éponges imbibées d'eau salée. La circulation périphérique s'active, la perspiration cutanée s'opère plus facilement, et l'exercice que nécessite cette petite manœuvre n'est pas sans influence sur la santé. C'est par leur action de contact, par l'irritation nerveuse superficielle, et non par l'absorption des principes minéraux que les. bains salés, actionnent les centres par voie réflexe, modifient si puissamment la nutrition des tuberculeux, activent la circulation, relèvent les forces, augmentent les combustions. Chez tous les scrofuleux à peau torpide, sèche, mal circulante, le bain salé fait vraiment merveille : à Salins du Jura, à Salies, à Biarritz, à Balaruc nous avons obtenu de surprenantes transformations organiques. A domicile, le bain salé s'improvise aisément : le degré de saturation saline doit se proportionner à l'im-
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prcssionnabilité cutanée du malade; chez celui-ci, l'effet physiologique est produit par une solution à 1 pour 400 ; chez un autre, il faut des bains à 3 et A pour 100 pour un résultai équivalent. Les eaux nrières de Salies, ou plutôt celles plus actives des Salins du Midi sont, avec avantage, ajoutées au gros sel de cuisine pour la confection de ces bains. - - Enfin, le soleil, la brise de mer, la cure d'air dans les montagnes (1), sont un efficace remède pour le tuberculeux : le jour où nos malades pourront quitter le lit d'hôpital pour des sanatoria sur la plage ou la montagne marquera, pour la clientèle des pauvres, un progrès de thérapeutique et d'humanité.
^■i. Médication anti-bacillaire. — Nous avons assisté, dans la période contemporaine, à d'infructueuses expériences. Avec l'avènement des doctrines nouvelles sur la virulence de la tuberculose, la médecine espéra des moyens thérapeutiques plus directement agissants, plus scientifiquement choisis et plus rapides. Alors, on chercha quelle substance pourrait atteindre le bacille dans la profondeur des tissus : le brome, la créosote, l'acide phénique, l'hélénine, leucalyptol, le thymol, l'iode, l'iodure mercurique, l'acide borique, ont été essayés; Vallin a vu le bacille sensible au sublimé, Niepce et Pilate à l'acide sulfhydrique et aux solutions d'acide fluorhydrique à un pour trois mille.
Ces substances sont d'ordinaire de goût désagréable; en peu de jours elles altèrent les fonctions de l'estomac, et l'appétit se perd ; aussi a-t-on renoncé vite à la voie buccale, et on a préconisé l'absorption par les muqueuses intestinale et rectale ou par le tissu cellulaire sous-cutané, les lavements et les injections hypodermiques. Un instant, on a cru que les lavements gazeux de Bergeon avaient résolu le problème ; mais la désillusion a été prompte. Plus tard les injections de vaseline ont été en faveur : cet excipient absorbable, inoffensif, chimiquement pur, dissout à doses fortes des substances antiseptiques insolubles dans l'eau, l'iode, riodoforme, l'eucalyptol.
Les bénéfices thérapeutiques ont été éphémères : on n'a pas encore trouvé l'antiseptique qui tuera le bacille sans atteindre nos cellules organiques ; peut-être, cependant, le tanin, préconisé par Raymond et Arthaud (2), et administré à la dose de un à deux grammes par jour, a-t-il quelque efficacité, principalement dans les formes aiguës ; il est mieux toléré, il arrête les sueurs, ralentit la dénutrition. Mais la « médication spécifique », la « thérapeutique microbicide » est encore à chercher et les vieilles méthodes, l'hygiène, l'alimentation, les substances « eutrophiques » doivent garder la première place : elles mettent le tuberculeux en état de défense générale. Cette constatation clinique est d'ailleurs en accord parfait avec les doctrines nouvelles : toute infection est fonction de la graine et du terrain, et la mise en activité des germes morbides est empêchée par les modifications du milieu nutritif.
(1) FoRGUE, Une visilc aux sanatoria de la Suisse. Nouveau Montpellier médical, janvier 1896.
[1) Raymond et Arthaud, Études sur la tuberculose, P"" fasc, p. 3G.
§ 5. SÉROTHÉRAPIE DANS LA TULERCULOSE. — Les iiotions iiouvelles acquises sur la biologie du bacille de Koch paraissaient comporter, comme corollaire, un progrès thérapeutique à brève échéance. Malheureusement, en dépit des multiples recherches, et malgré les acquisitions déjà réalisées dans le traitement d'autres maladies infectieuses, la question n'avance ici que bien lentement. Nous avons eu une phase d'espoir quand, à grand bruit de réclame, la tuberculine de Koch, extrait glycérine tiré des cultures pures du bacille, fut prônée et partout essayée. La chute en fut rapide et la déception profonde : en dehors de quelques tuberculoses superficielles, comme le lupus, la lymphe de Koch ne mérite plus d'application thérapeutique ; elle n'a qu'une valeur de diagnostic, décelant par la réaction fébrile la tuberculose latente ou peu manifeste. Mais, à ce titre, elle intéresse surtout l'art vétérinaire. A l'étranger, on ne s'est point découragé : quelques expérimentateurs se sont attachés à l'épuration de la tuberculine de Koch et à l'élimination de ses produits toxiques. C'est maintenant r « antiphtysine » de Klebs qu'on recommande : jusqu'à nouvel ordre, gardons nos tuberculeux contre ces essais de toxicologie.
Il était normal qu'on fît à latuberculose l'application de la sérothérapie. Là encore, il convient d'être réservé et d'attendre des faits plus décisifs. On a d'abord tenté de la vaccination avec le sérum d'animaux doués d'une immunité naturelle à l'égard du bacille ou réputés tels. Mais nous ne croyons plus aux propriétés antituberculeuses du sérum de chien, annoncées par Richet et Héricourt, non plus qu'à celles du sang de chèvre vantées parBertin et Picq, ou de sang d'âne recommandées par Viquerat. Ces animaux ne sont pas réfractaires à la tuberculose humaine et n'ont de résistance manifeste qu'à la tuberculose aviaire; or, ce sont sinon deux espèces distinctes, au moins deux variétés assez éloignées pour que l'on ne puisse conclure de l'une à l'autre. — Puisque ces animaux ne sont pas naturellement réfractaires au bacille de Koch, on a essayé de leur conférer une immunisation artificielle, ce qui rentrait dans la méthode sérothérapique générale. Mais nous sommes loin encore de la solution : Courmont et Dor, Héricourt et Richet, Koch, Hammerschlag et Maffacci ont poursuivi cette vaccination par l'injection des produits solubles. Hammerschlag n'a obtenu aucun effet immunisant par l'inoculation de très vieilles cultures de bacilles humains stérilisés par la chaleur : Maffacci est arrivé au même résultat négatif. Courmont et Dor avancent qu'ils ont pu, par l'inoculation intra-péritonéale ou intra-veineuse des produits solubles des bacilles aviaires, prémunir le lapin contre l'infection tuberculeuse d'origine humaine. Richet et Héricourt ont constaté aussi, chez des chiens vaccinés avec le bacille de la tuberculose aviaire, une résistance contre la tuberculose humaine. Broca et Charrier, utilisant le sérum de chien tuberculeux, ont noté l'amélioration de certaines ulcérations bacillaires. La communication de Maragliano vaut peut-être mieux que l'accueil qui vient de lui être fait. Si ces résultats se précisent, ils ouvrent une porte à l'espérance et à des essais ultérieurs. Mais il ne faut point se dissimuler que, cliniquement, la tuberculose n'appartient