‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 53 sur 191 · II. — Traitement fçénéral · texte numérisé non relu

II. — Traitement fçénéral

1" Son utilité dés raccident primitif. — A cette question se rattache celle de l'utilité de la médication générale pendant la période primitive

SYPHILIS : ÏHAIÏEMENT (JÉNÉRAL. 269

de la syphilis. Un chancre est induré; sans conteste, il est infectant : f;mL-il temporiser, attendre l'apparition des accidents secondaires, ou instituer une thrrapeuticiue immédiate? L'expectation a des partisans; car il y a, nous disent-ils, des véroles fuii)k'S qui guérissent toutes seules et contre lesquelles le mercure est au moins superflu ; quant aux véroles graves, comment les reconnaître au début? Le mieux est d'observer la marche du mal, quitte à intervenir si les accidents secondaires se déclarent, car, si le traitement spécifique a une action curative évidente, son action préventive est absolument discutable : s'il fait merveille contre les manifestations actuelles de la dialhèse, il est sans pouvoir pour en supprimer la source. Donc pas de hâte, et n'usons du traitement qu'à coup sûr.

Mais l'action préventive du mercure est incontestable sur les manifestations de la période secondaire et sur les accidents tertiaires. Attendre l'apparition des accidents secondaires nous paraît une infraction à l'un des plus formels préceptes de la thérapeutique : principiis obsta. L'argument n'aurait de valeur que si la médication hydrargirique était nuisible ; mais on est revenu des accusations d'Hermann et de Lorinser, qui lui attribuaient l'invasion des accidents tertiaires. L'expectation a servi du moins à absoudre le mercure, en nous montrant toute la série des accidents syphilitiques chez des individus non traités. Le traitement mercuriel a pour condition dominante de sa tolérance, le bon état de la bouche : chez un malade à dents cariées, à gencives enflammées, on ne commencera à l'administrer qu'après soins préalables, extraction des chicots, obturations des cavités de caries, détartrages, modification des gencives.

Il faut agir dès que la vérole est certaine : l'accident primitif guérira plus vite, et les éruptions secondaires, atténuées, bénéficieront du traitement dès l'instant même de leur apparition. La médication sera plus rigoureuse si on soupçonne une vérole grave ; mais ce diagnostic est très complexe, et un « syphilimètre » nous manque. En thèse générale, d'après Diday, la syphilis a chance d'être intense si le chancre est fortement et longtemps induré, si son incubation est brève ; lorsque les prodromes en sont marqués par une débilitation profonde, et que la première poussée tégumentaire très confluente est de forme papuleuse, squameuse ou pustuleuse, au lieu d'être simplement érythémateuse ; lorsque les plaques muqueuses de précoce éruption sont nombreuses, profondes et ulcéreuses; enfin lorsque l'infection frappe un individu affaibli et en état de misère physiologique.

Ces signes ne sont pas incontestables, et l'adage « Tel chancre, telle vérole », pour être souvent vrai, ment parfois, comme le démontre Fournier. Oui, au chancre ulcéreux, extensif, fortement induré, succède une vérole grave; au chancre érosif, à peine induré, et d'évolution éphémère, une vérole bénigne ; mais les accidents tertiaires les plus redoutables peuvent suivrent une ulcération des plus légères. Nous avons vu des gommes suppurées détruire les deux testicules d'un médecin qui, bien que fort soigneux et fort attentif, ne pouvait retrouver dans son histoire

ni l'accident primitif, ni aucune manifestation secondaire quelconque. D'ailleurs, s'il est logique d'admettre une concordance de gravité entre le chancre et les poussées secondaires, c'est qu'ils se suivent à courte échéance, et traduisent tous deux la réaction actuelle de l'économie sous la diathèse ; mais on ne peut prévoir ce que seront les accidents tertiaires, et on ne saurait faire un pronostic d'avenir.

'2- Indications fournies par la poussée secondaire. — L'intensité de la poussée secondaire sera-t-elle un u syphilimètre » plus précis? Les éruptions érythémateuses sont-elles une garantie de bénignité, tandis que les croûtes et les pustules seraient une menace de gravité? Certes, l'infection qu'inaugure une roséole éphémère comporte un pronostic actuel moins sévère; mais, dit Fournier, « on voit souvent des syphilis qui s'annoncent assez mal à leur début s'adoucir au delà et s'apaiser. Réciproquement, le début bénin d'une syphilis n'est rien moins qu'une garantie d'avenir : un malade peut commencer la syphilis par une roséole et la finir par un accident des plus graves. » En effet, la « graine » n'est rien, et le « terrain » seul nous explique l'énergie variable de la virulence : aussi les infractions aux règles de l'hygiène, — alimentation insuffisante ou défectueuse, logements insalubres, fatigues intellectuelles ou physiques, débauche, misère, — ont-elles une influence aggravante incontestable. Une mention particulière est due à l'âge, — car la mortalité est plus grande dans les syphilis infantiles ou séniles — à l'alcoolisme, à l'impaludisme et à toutes les dyscrasies.

3° Agents du traitement. — § 1". Mercure et iodure. — On ne peut donc prédire d'une façon certaine si la vérole sera grave ou légère. La^ surveillance doit être sévère, et les détails de la médication se plieront aux circonstances. La thérapeutique varie avec l'évolution du mal, et l'on n'a pas de formules constantes comme doses, comme agents, comme durée ou comme mode de prescription. Si le chancre est bénin, on donne de petites quantités de proto-iodure, qu'on pourra même suspendre dix ou quinze jours avant l'époque présumée des accidents secondaires, afin de le reprendre à doses plus fortes et mieux tolérées. Si le cliancre est ulcéreux, rebelle, serpigineux ou phagédénique, ce ne sera plus 5, mais 10 à 12 centigrammes de proto-iodure que l'on prescrira ; on y ajoutera même l'iodure de potassium, qui rend de grands services pour hâter la résorption du tissu induré sous-ch;mcreux, des lymphites et des adénites.

L'action du mercure est plus manifeste encore sur les lésions secondaires, qu'on voit s'éteindre et se flétrir en cinq ou six semaines, La puissance en est telle qu'il peut servir de pierre de touche pour éprouver certaines éruptions ou certains accidents névralgiques ; s'ils disparaissent après son emploi, la vérole en était l'origine. 11 n'est point infaillible, et, comme tout médicament, il a ses « défaillances » ; mais les cas rebelles sont rares. « Comme remède produisant ce que produit le mercure, nous n'avons que lui, et après lui, rien. L'iodure de potassium même ne. saurait lui servir de succédané à cotte époque. » Toutefois, quand un

SYIMIILI^ : MKUCL'HK ET KjDini:. 271

étal l'cbrilc coiiliiiii on iiiUM'iuilteiit ;u;c()mi)îigno les syphilidcs précoces, quand il y a des syiupli'imes de cliloroanéinie, si l'on constatt; une de ces associations hybrides de la m rôle et de la scrofule, l'iodure devient un adjuvant utile du mercure; il combat,avec succès les céphal(''es, la (îurdialgio et les douleurs rliiiniatoïdes.

Le traitement mixte est encore de rigueur lorsr^ue, avec des sypliilides superficielles coexistent les lésions profondes du palais ou des fosses nasales, des ostéo-périostiles, des sufTusions plastiques sous-cutanées on sous-uiu<|ueuses, des gommes du tissu cellulaire, des muscles ou de l'épididynie. L'iodure de potassium a une remarquable action sur ces accidents tertiaires pré<;oces ainsi que sur les éruptions ulcéreuses, tuberculeuses et pustulu-crustacées. Donc, mercure dans les lésions secondaires It'gères, mercure et iodure dans les formes graves. Les doses de protoiodure seront alors augmentées. On tûtera l'organisme par des quantités minimes, .') centigrammes d'abord, puis 9, puis 12, ITJ et même 20 dans les véroles rebelles; on les combinera à l'extrait thébaïque et au chlorate de potasse. La tolérance moyenne chez l'homme est de 10 centigrammes; de 7 à 8 centigrammes chez la femme. D'ailleurs, aux premiers signes de susceptibilité gastrique, — pesanteur, perte d'appétit, dévoiement ou intolérance buccale, — d'agacement gengival, prodromes de la stomatite, on cessera la médication ou on diminuera les doses du mercure, quitte h recommencer dès qu'auront cédé ces symptômes. Il ne faudia point oublier que le sublimé, « moins ptyalique », comme dit Fournier, s'adresse surtout aux malades qui ont la bouche en mauvais état et les dents altérées ; mais, à part cette contre-indication, le proto-iodure est le médicament de choix et convient surtout aux gastralgiques, aux gens à intestin nerveux et délicat.

§2. Frictions mehci iuelles. — Il faut aller vite et frapper fort quand la syphilis est menaçante, et qu'aux éruptions secondaires s'ajoutent des douleurs ostéocopes, des poussées périostiques, des névralgies tenaces, des arthrites et des synovites; des onyxis ulcéreux, des lésions iriennes ou ciliaircs. Pour sauver les organes de premier ordre que menace la vérole, on choisit alors des voies d'absorption plus rapides, et la friction mercurielle est le mode le plus énergique et le plus sûr : on fait pendant cinq minutes une première friction d'onguent napolitain avec quatre grammes de pommade sur une surface cutanée de 10 à 15 centimètres carrés. Le lendemain, on nettoie au savon la région frictionnée; le surlendemain et dans la suite encore, de deux jours en deux jours, très rarement toutes les vingt-quatre heures, exceptionnellement deux fois par jouilorsque le cas est pressant, on pratique une friction semblable, mais suides points différents, d'ordinaire ceux où la peau est mince et fine, la face postérieure des jambes et interne des cuisses, et l'antérieure du bras, le scrotum, les aisselles, les parties latérales du thorax. Il faut savoir, comme l'indique Fournier, que la femme est bien plus sensible que l'homme aux effets ptyaliques des frictions, que chez l'enfant au contraire on a moins à compter avec la stomatite.

Dès qu'une amélioration suffisante se montre ou que la stomatite se déclare, il faut suspendre ou beaucoup espacer les frictions : la clinique enseigne, en effet, qu'une fois l'impulsion donnée, l'action curative se poursuit ma4gré l'interruption des onctions mercurielles. Une méthode aussi énergique demande une surveillance attentive : elle expose aux dangers de la stomatite, qui, dans ces cas, est d'une apparition plus brusque, d'une intensité plus grande, plus extensive que celle qui survient après ingestion : les gencives s'ulcèrent, les dents s'ébranlent, les maxillaires eux-mêmes sont atteints, accidents d'autant plus à craindre que les dents sont cariées en plus grand nombre. Donc on réservera les frictions pour les syphilis graves, envahissantes, rapides, rebelles, pour les malades d'estomac intolérant et dans la vérole du jeune âge.

§ 3. Injections hypodermiques. — La méthode hypodermique est venue récemment varier les ressources du traitement mercuriel : Scarenzio, Hébra et Hunter l'ont appliquée presque en même temps. Deux procédés existent : l'un emploie les composés mercuriels solubles, par injection répétées à petites doses ; dans l'autre, plus récent, on fait usage, à quantités massives, d'un sel insoluble et l'on se contente d'injections très espacées. Les premiers essais d'injections solubles furent tentées avec le sublimé par Lewin et Liégeois. Neumann, Terrillon, Peterson, ont eu recours surtout au peptonate de mercure et au sublimé peptoné, et Martineau au peptone ammoniaco-mercurique. Plus récemment Balzer s'est servi de benzoate de mercure, dont il dissout 30 centigrammes dans 40 grammes d'eau distillée, avec addition de 10 centigrammes de chlorure de sodium et 15 centigrammes de cocaïne.

Mais, actuellement, on donne la préférence aux composés mercuriels insolubles. Les injections sont massives et rares: le sel, solubilisé par les liquides organiques, passera peu à peu dans la circulation, créant une imprégnation mercurielle lente et continue ; c'est une véritable réserve médicamenteuse où le malade pourra puiser quelque temps. Trois composés mercuriels ont été surtout employés: le calomel, l'oxyde jaune et l'huile grise. Onn'emploie plus les suspensions aqueuses de calomel mal tolérées. Voici une formule préférable : calomel 1 gr. 50; huile de vaseline ou huile d'olive stérile 15 grammes; chaque seringue de Pravaz contient dix centigrammes de sel; on pratique, en moyenne quatre injections, soit une par semaine. — V oxyde jaune a été employé dans les mêmes conditions de solution : la dose la mieux acceptée serait, d'après Balzer, de 5 à 7 centigrammes, ce qui répond, pour la formule précédente, à la moitié ou aux deux tiers d'une seringue de Pravaz. On peut aussi utiliser les injections d'huile grise préconisée par Lang. La préparation de Lang est épaisse, altérable; nous préférons la formule de notre collègue, M. Gay : mercure purifié 20 grammes ; lanoline 5 grammes ; vaseline liquide 35 grammes; — un dixième de seringue de Pravaz équivaut à 5 centigrammes de mercure métallique ; on peut injecter vin à deux dixièmes de seringue suivant l'urgence; l'injection est répétée tous les dix ou douze jours; quatre à six suffisent en général.

SVIMIILIS : INJECTIONS IIYl'ODERMIQUES. 273

L'un et l'autre proct-dés ont l'avantage de ne point irriter l'estomac et l'intestin, mais ils sont donlourcux et excellent à faire le vide dans un service. Les injections de sels insolubles ont une supériorité, leur rareté, mais la réaction locale qu'elles provoquent est intense ; le noyau inflammatoire qui se forme autour de la petite masse insoluble est gênant, parfois assez douloureux pour empêcher le i»atient de vaquer à ses occupations. Certes, ces inconvénients sont atténués par les soins d'asepsie et de technique. Les régions les mieux tolérantes sont au nombre de trois : la fossette rétro-trochantéricnne ou point de Smirnoff; l'ensellure lombaire de chaque côté de la colonne vertébrale; le point de Galliot, dans la région fessière, à l'intersection d'une ligne horizontale passant à deux travers de doigt au-dessus du grand trochanter et d'une verticale séparant le tiers interne de la fesse de ses deux tiers externes. L'injection doit être poussée en plein muscle, lentement. Mais malgré ces précautions, les abcès sont une complication possible, abcès souvent interminables, nous dit Augagneur, parce qu'ils se sont ouverts tardivement, entourés d'une épaisse coque réactionnelle, n'ayant aucune tendance à accoler leurs parois. « Tout n'est pas rose, suivant le mot de Ducastel, dans le traitement de la syphilis par les injections sous- cutanées. » Encore faut-il compter avec de plus graves inconvénients. Blaschko a vu plusieurs malades pris d'angoisse, de dyspnée, de quintes de toux, immédiatement après l'injection et il attribue ces phénomènes à dos embolies du véhicule, paraffine ou vaseline, ou des poudres insolubles, comparables à une embolie graisseuse ou pulvérulente. Assurément ce danger peut être évité : il faut, avant de pousser, séparer la canule de l'armature, dans le but de s'assurer que l'instrument n'a pas été plongé dans un vaisseau, auquel cas une goutte de sang apparaîtrait à l'extrémité libre de l'aiguille.

Mais le grand danger des injections c'est l'intoxication hydrargyrique, surtout redoutable après les injections de sels insolubles dont la vitesse d'absorption échappe à notre contrôle : Vogeler en 1891 connaissait dix cas de morts publiés ; Smirnofi' en 1892 avait eu six décès dans son seul service; il est permis de croire que plusieurs morts sont restées inédites ; des empoisonnements graves ont été observés après des doses faibles ; des accidents à distance — qu'il n'était point possible de mettre sur le compte de la seule syphilis — ont inspiré à plusieurs d'entre nous des réserves. Au point de vue toxique, les injections solubles donneraient plus de sécurité : mais elles constituent une véritable servitude par la nécessité de les pratiquer quotidiennement. Aussi, comme le disait récemment Thibierge, il semble acquis dès à présent qu'elles doivent céder le pas aux injections insolubles, sans péril toxique depuis qu"on a renoncé aux doses fabuleuses du début. JuUien propose, pour les doses de calomel, une formule commode que nous adoptons ; elles sont graduées d'après le poids du corps : pour 50 kilogrammes, 5 centigrammes ; pour 80 kilogrammes, 10 centigrammes; et dans l'intervalle, graduation d'après la résistance individuelle.

Concluons. On ne peut nier que le traitement par les injections ne r'oKGiK KT Reclus. 18

simplifie beaucoup, en clientèle d'hôpital, la surveillance et l'exactitude thérapeutique : dans les dispensaires de femmes publiques et dans les salles de vénériens, l'absorption des médicaments est toujours hors de contrôle. En clientèle ordinaire, cette indication disparaît. — Dans le cas d'une vérole intense et précoce, lorsque la céphalée est violente, lorsque l'éruption secondaire très prononcée tarde à s'amender, lorsque l'affection chez un malade jeune a une tendance ulcéreuse, chez les dyspeptiques, on doit employer les frictions et si les frictions ne réussissent pas, recourir aux injections. Dans les vieilles syphilis, contre les accidents cérébraux et viscéraux graves, les injections sont encore indiquées. Mais, c'est en thérapeutique oculaire et surtout dans certaines localisations de la syphilis héréditaire qu'elles nous rendent les plus signalés services. Les injections d'huile grise ont l'avantage d'être peu douloureuses ; celles de calomel provoquent des douleurs assez vives, mais se recommandent par la rapidité de leur action, précieuse pour juger un diagnostic ou guérir vite des manifestations graves. On peut aussi lorsque le branle a été donné à la guérison par le calomel, continuer la cure par les injections d'huile grise.

La pratique des injections a donc ses avantages et ses indications; elle est indiquée par la malignité des accidents précoces ou la gravité des accidents tertiaires, elle ne saurait être considérée comme la méthode usuelle. Au total, le traitement par la voie stomacale demeure le traitement courant de la syphilis. C'est même une remarque frappante de voir combien ce chapitre est lentement modifié par les innovations incessantes qui s'y sont produites : comme le dit avec raison Augagneur, la médication gastrique dont la puissance se vérifie tous les jours n'a guère, depuis un siècle, changé ses préparations ; le traitement par les frictions, plus puissant encore, est fixé par l'immuable formule de l'onguent napolitain. Et la sérothérapie n'a point encore fourni de résultats assez nets pour réformer ce point de thérapeutique. Tommasoli, Kollmann ont essayé sans succès les injections de sérum d'animaux réfractaires. Pelizzari, estimant que le sang du syphilitique contient des matières immunisantes ou au moins atténuantes contre la syphilis acquise, a injecté du sérum de syphilitique invétéré. Héricourt et Richet, appliquant le principe par eux développé depuis 1888, à savoir le renforcement de l'immunité naturelle, chez l'animal, par l'infection expérimentale, ont poussé dans les veines d'un chien 20 centimètres cubes de sérum de syphilitique et employé le sang de cet animal à des injections thérapeutiques. Ces injections ne sont pas sans influence; elles exercent tout au moins une action tonique sur l'organisme. Mais, attendons, pour conclure, de plus amples démonstrations : le problème ne sera posé scientifiquement que le jour où le microbe spécifique sera isolé et cultivé, ou tout au moins quand nous pourrons à coup sûr syphiliser un animal et l'immuniser.

IRAITEMENT LOCAL DF.S SYIMIILIDES. 275

Traitement local des i^yphiiidcs.

Le traUemcnt local ne sera pus négligé. Le calomel a, sur le chancre, les meilleurs effets. Les érythèmes, en général éphémères, ne réclament pas de topiques : à peine a-t-on recours à une pommade contenant 3 grammes de turbith pour 30 grammes de vaseline contre les macules persistantes de la face et de la main, les plaques circinées de la joue et du menton, les papules mamelonnées des ailes du nez et de la commissure labiale, et contre les éruptions impétigineuses du cuir chevelu, « décroûté » au préalable sous un petit cataplasme d'amidon. Les syphilides papulo-squameuses, les éruptions psoriasiformes, herpétiformes, acnéiques, les ecthymas plats à petites pustules, réclament les bains simples ou alcalins ; les bains de vapeur, qui font tomber les squames et les croûtelles; les bains ou les lotions de sublimé, qui flétrissent et éteignent les taches éryth('mateuses et les macules pigmentées qui leur succèdent.

Le bain de sublimé n'a qu'une action inconstante sur les syphilides sèches. Le psoriasis palmaire ou plantaire, particulièrement rebelle, sera d'abord ramolli par des bains alcalins, des fumigations et des vapeurs d'eau ; sur les lésions à nu, on fera tous les soirs une friction avec la pommade au turbith ou avec un mélange par parties égales d'onguent napolitain et d'emplâtre de Vigo ; l'organe sera enveloppé dans un gantelet de bandelettes de Vigo. Nous avons employé avec profit la traumaticine au calomel : gutta-percha 10 grammes ; chloroforme 90 grammes ; calomel 25 grammes. Dans les syphilides de la figure, on fera appliquer la nuit l'emplâtre au calomel de Quinquaud. Si les fissures sont rebelles et nombreuses, on les touchera tous les trois ou quatre jours, soit au nitrate acide de mercure, soit au chlorure de zinc à saturation : ces cautérisations et le pansement occlusif de Vigo sont plus nécessaires encore dans les formes ulcéro-fongueuses des syphilides plantaires ou palmaires.

La médication topique est surtout active contre les syphilides muqueuses : les panser vaut mieux que les mercurialiser ; la facile curabilité, par des moyens locaux très simples, de certaines syphilides à type papulo-hypertrophique contraste même avec leur apparente gravité. Les érosions superficielles et récidivantes de la bouche et de l'isthme du gosier, que Diday appelle « le rendez-vous des plaques muqueuses », doivent être touchées avec une boulette de charpie imbibée de nitrate acide de mercure; il en sera de même pour les glossopathies secondaires à fissures et à rhagades perpendiculaires aux bords de l'organe. Mais ce tamponnement caustique au nitrate acide est douloureux et dangereux : Diday a vu souvent la cautérisation suivie de suffocations et d'angoisses; Mauriac cite un cas où la mort fut la conséquence de la chute dans le larynx d'une goutte de liquide caustique. Nous les faisons précéder d'un badigeonnage à la cocaïne; nous employons parfois l'acide picrique en solution saturée ou le classique crayon de nitrate d'argent.

Dans les régions à replis adossés, aux organes génitaux, au périnée, à

Taine, dans les espaces interdigilaux, sous les mamelles pendantes, à l'aisselle, à l'ombilic, dans le sillon auriculo-mastoïdien, partout où sont réunies des conditions de chaleur, d'humidité, de sécrétion et de macération épidermique, nichent et pullulent les syphilides papulo-érosives; elles peuvent y confluer en masses végétantes, surtout chez les femmes malpropres. A les voir, on croirait nécessaire une intervention chirurgicale : le traitement local suffît à les modifier rapidement. Il faut suivre la formule de Ricord, « véritable trésor », d'après Diday, et qui guérit dans la huitaine : deux ou trois fois par jour, lotion de 60 grammes de liqueur de Laban-aque étendue dans 230 grammes d'eau; après quoi, application d'une poudre isolante, lycopode ou calomel. Les masses sécrétantes des syphilides papulo-hypertrophiques seront traitées de même manière. Le repos, la propreté, les bains de sublimé, les lotions suffisent parfois, et, dès les premières quarante-huit heures, la fétidité disparaît et la résorption s'accentue : l'hj'-pertrophie doit être énorme pour qu'on cautérise ou excise les végétations au thermocautère.

Le traitement local occupe encore une large place dans les syphilodermies malignes : l'impétigo rodens, lorsque dans les croûtes se fait une entamure ulcéreuse qui s'étend à couvert sous des croûtes nouvelles et ne guérit qu'au prix de pertes de substance et de cicatrices indélébiles ; l'ecthyma, le rupia phagédéniques. Dans toutes ces formes, la médication topique est de rigueur : les pansements humides au sublimé, les pulvérisations, les bains, feront tomber les croûtes « qui séquestrent sous elles une nappe de pus », et masquent l'ulcération progressive. Après leur chute, on panse la plaie vive avec l'iodoforme, l'iodol ou le calomel; ou bien on la touche avec la teinture d'iode ; puis on pratique une occlusion avec les bandelettes de Vigo, comme dans la méthode de Baynton. Chaque pansement est précédé d'un bain tiède renouvelé, si le pus est abondant, toutes les quarante-huit heures, et complété, s'il y a lieu, par des attouchements à la teinture d'iode ou au nitrate d'argent. Ce traitement, dont Fournier a réglé la technique, calme la douleur, tarit la suppuration et déterge les ulcères. C'est la méthode cicatrisante par excellence des syphilides ulcéreuses.

I). — Traitement des formes graves.

Mais, dans ces formes graves, il ne suffît plus de bien panser les ulcérations croûteuses : une médication générale doit combattre l'intoxication qui s'est révélée par des accidents destructifs aussi rapides, une pareille tendance au phagédénisme. Toutefois, et c'est un principe thérapeutique formel, il faut se garder d'insister sur l'absorption du mercure, souvent mal supporté à dose curative et déterminant de l'intolérance gastrique et buccale. Heureusement qu'ici l'iodure de potassium est surtout indiqué ; il est, selon Mauriac, « le véritable spécifique des afTections syphilitiques destructives d'emblée ou de celles dont la néoplasie tourne fatalement à la nécrobiose ». Plus le processus des lésions est phagédéniquc, plus il

Page 1