SYPHILIS : FORMES GRAVES
faut être absolu et exclusir dans l'emploi de l'iodure de potassium.
Son association au mercure donne de bons résultats dans les formes bénignes, impétigo superficiel, ecthyma de transition, syphilides tuberculeuses discrètes. On se servira du siro[) Gibert selon la formule de Mauriac: biiodure d'hydrargyre, 10 centigrammes ; iodure de potassium, ri, 10, 15 ou 20 grammes; sirop d'écorce d'oranges amères, 200 grammes. La dose quotidienne est de deux à trois cuillei'ées par jour. Mais cette solution ne convient plus cpiand il l'aut prendre l'iodure à doses massives, car on dépasserait pourl'hydrargyre les limites delà tolérance pratique. On administre alors les deux médicaments par voie différente : peau et bypoderme [JOur le mercure, tube digestif j)0ur l'iodure; on peut encore les prescrire par traitements alternants, et juger ainsi des effets que produit chacun d'eux sur chacune des lésions.
C'est encore l'iodure de potassium qu'il faut donner à doses élevées dans les syphilides malignes précoces, lorsqu'on observe des troubles fonctionnels graves, de l'amaigrissement, une dénutrition profonde, un affaiblissement rapide des forces. L'intolérance gastrique est rare lorsque le médicament est pur : s'il existe quelque répulsion, on la conjure par le lait aromatisé, le sirop de menthe, les vins, le café, l'eau gazeuse. La formule de Diday est bonne : eau, 500 grammes ; iodure de potassium, 12 grammes ; citrate de fer, 2 grammes. Celle de Fournier masque bien la saveur de l'iodure : sirop simple 350 grammes; anisette de Bordeaux 150 grammes, iodure 25 grammes. Il y a avantage à fractionner les doses par un et deux grammes, à les espacer, à les faire coïncider avec l'heure des repas. L'emploi des doses ascendantes est une bonne pratique : on peut ainsi, pour un traitement iodure d'un mois, commencer à deux grammes pour la premièiM' semaine, puis à trois ou quatre dans la quinzaine qui suit, se maintenir à cinq grammes dans les derniers jours du mois. Les accidents iodiques, acné, coryza, conjonctivite, ne commandent qu'une suspension temporaire du médicament ou une atténuation des doses, mais rarement une cessation définitive. Un traitement tonique, des prescriptions d'hygiène générale, disposent l'organisme à mieux subir l'action thérapeutique de l'iodure.
Quand la syphilis est franchement tertiaire, le mercure doit céder la place à l'iodure de potassium, qui a barre sur toutes les altérations spécifiques des viscères et des tissus. Certains organes et certains degrés de lésions lui échappent il est vrai; mais, en dépit de ces quelques défaillances, sa sphère d'action embrasse tout le cycle de la vérole : utile contre les formes ulcéreuses de l'accident primitif, contre les troubles constitutionnels du délnitde la période secondaire, contre les syphilides cutanées ou muqueuses à tendance phagédénique, il est notre plus puissante ressource contre les syphilodermies malignes précoces et toutes les manifestations de la période tertiaire. Alors, quand il y a péril, quand il y va d'un organe essentiel, on procède p;ir traitement intensif : boire matin et soir un verre d'eau ou un verre de lait qui contient d'abord deux, puis trois, quatre ou cinq grammes d'iodure de potassium : nous ne dépassons
guère huit ou dix grammes par jour. Mais, avec l'iodure, il vaut mieux pécher par excès que par défaut.
Grâce à sa rapidité d'absorption, l'iodure agit sans délai : sa décision est donc rapide quand on lui demande « l'arbitrage d'un cas douteux », et une prompte amélioration affirme la nature syphilitique d'une lésion suspecte. Que de fois le diagnostic n'a pu être fait que par lui ! Il est encore notre grande ressource pour certaines tumeurs du testicule et de la langue, voire de la mamelle ; mais ici l'usage frise l'abus. Quand, chez un opéré, la réparation de la plaie est languissante, quand des restaurations autoplastiques échouent, quand un cal devient le siège d'une tuméfaction insolite, — Jobert, Delpech, Berger, nous en ont fourni des exemples, — il faut suspecter la vérole, et l'iodure de potassium, en conjurant les accidents, proclame l'existence de la diathèse.
E. — Médications auxiliaires.
Mais ne l'oublions pas, le mercure et l'iodure ne sont pas suffisants, et l'hygiène joue un rôle capital dans le traitement de la vérole : il faut relever le moral du malade, souvent atteint d'une véritable « syphilophobie » entretenue par la lecture de traités populaires ; on surveillera sa constitution, on combattra l'anémie dès son début. Que de syphilis, chez les pauvres, sont améliorées par l'hospitalisation, c'est-à-dire le repos, une nourriture suffisante, le calme de l'esprit, la privation d'alcool! Que de véroles des riches aggravées par les excès, la vie à outrance, et que la campagne atténue ! La suppression du mercure chez les gastralgiques a parfois hâté la guérison. La médication antidiathésique, c'est bien ; mais on doit aussi satisfaire d'autres indications thérapeutiques, et les amers, l'huile de foie de morue, les ferrugineux, l'arsenic surtout sous la forme de liqueur de Donowan, les eaux thermales ont souvent leur emploi : les véroles peuvent être en même temps des scrofuleux, des dartreux et des herpétiques. Les cures aux eaux sulfureuses, à Luchon, à Aix, à Uriage, sans jouir de l'action révélatrice que leur attribue le vulgaire, ont l'avantage de permettre au malade la tolérance de doses intensives d'iodure et de mercure, et d'exercer une action tonique incontestable chez les afTaiblis. Chez les jeunes sujets atteints de syphilis héréditaire, chez les lymphatiques, les eaux chlorurées sodiques sont à préférer.
F. — Direction générale du traitement.
Tel est le programme thérapeutique de la syphilis. Pourrions-nous tracer des règles plus précises et détailler par le menu le traitement de chaque cas ? — C'est au médecin de modifier les détails selon la gravité des accidents, leur groupement, l'époque de leur apparition, leurs formes et leur tendance, leur durée ou leur récidive. Cependant il est, sur l'emploi du mercure et de l'iodure, certaines notions qu'il convient de ne