‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 57 sur 191 · C.UAHHnN. i · texte numérisé non relu

C.UAHHnN. i

dit l'auteur de la méthode, comjtrend trois zones concentriques : au centre, l'eschare et sa couronne de vésicules; en dehors, l'auréole enflammée et rouge, entourée elle-même par une troisième zone œdémateuse d'une étendue illimitée. Chacune de ces régions nécessite un traitement spécial : l'eschare doit être détruite au thermocautère; l'auréole déjà menacée de gangrène sera soumise à une révulsion énergique ; pour la zone œdémateuse, on réserve les injections interstitielles de substances antisepticpaes.

On endort le malade ; le thermocautère au rouge sombre circonscrit l'eschare en dehors de la couronne vésiculeuse, aux limites du mort et du vif; on enlève cette eschare, et on cautérise légèrement la surface cruentée que laisse son excision ; puis on larde Tiiuréole de pointes de l'eu, distantes de la plaie de 1 centimètre et séparées les unes des autres par une intervalle de 1 à 2 centimètres. Elles doivent avoir près de 1 centimètre de profondeur et atteindre le tissu cellulaire après avoir traversé la peau ; ces ponctions donnent issue à une petite quantité de sang et de siTOsité. C'est alors qu'on injecte dans la zone œdémateuse des solutions iodées au deux-centième. Les piqûres sont faites « en quinconce », à la distance de 5 et 6 centimètres, et doivent atteindre les limites des tissus sains, où l'on pousse la valeur d'une demi-seringue environ. La marche dépend de l'étendue et de la gravité du mal. On continue les injections deux ou trois jours, surtout si l'œdème augmente ; un pansement à la tarlatane imbibée de liqueur de Van Swieten et de fréquentes pulvérisations phéniquées sur la plaie complètent le traitement local.

Cette méthode a donné de très bons résultats : la température baisse, l'd'dème diminue, l'état général s'améliore; aussi ne saurions-nous trop recommander cette th(''rapeutique, qui n'offre aucun danger et dont le manuel opératoire est fort simple. Ajoutons que, quel que soit le procédé auquel on ait recours, il faut y joindre une médication reconstituante : de l'alcool, de l'extrait mou de quinquina, du café, des potions qui renferment de l'acétate d'ammoniaque. Les antiseptiques à l'intérieur auraient aussi quelque efficacité, et Verneuil prescrit la teinture d'iode à la dose de :2 à 6 gouttes dans un demi-verre d'eau sucrée.

De ces méthodes quelle est la meilleure ?... Toutes ont à leur actif un certain nombre de succès et peu d'échecs; mais les désastres sont rarement publiés, et les statistiques étendues et consciencieuses font défaut pour juger définitivement le problème. D'ailleurs, la pustule maligne guérit parfois spontanément, et une série heureuse peut fournir un appoint favorable à des procédés sans valeur, comme semblent l'attester les 77 cas traités par Raphaël de Provins avec la feuille de noyer. D'un tableau où nous avons rassemblé toutes les observations récentes, en laisant seulement de côté les 80 guérisons que le sublimé aurait données à Roméi, nous pouvons conclure que l'excision, la cautérisation profonde et étendue, sont d'excellents moyens, mais les délabrements qu'ils exigent sont tels qu'on est autorisé, dans certaines régions spéciales, à la face par exemple, à recourir aux antiseptiques seuls, ou du moins à la méthode mixte dont les preuves ne sont plus à faire.

2° Traitement général : sérothérapie. — Il semblait, a priori, que le charbon, cette infection typique où la bactériologie a trouvé ses premiers et plus décisifs documents, nous réservait, au point de vue sérothérapique, des applications immédiates et fécondes. Jusqu'à présent, nous en restons à ce résultat, acquis dès 1880, la vaccination préventive des animaux contre la bactéridie. Certes, au point de vue du progrès agricole, et de la raréfaction de la maladie, la conquête est de premier rang. Mais, pourrons-nous, comme nous l'avons fait pour d'autres infections, passer de la vaccination prophylactique à l'inoculation curative, au moyen du sérum des animaux immunisés? Les faits expérimentaux n'en donnent point encore la démonstration. Behring, Hankin, Ogata, Josuhara avaient cru établir les propriétés préservatrices et bactéricides du sang du rat blanc, qu'ils considéraient comme réfractaire au charbon. Roux et Metchnikotî ont prouvé que cette immunité naturelle n'est point constante chez ces animaux; Erriquez et Serafîni n'ont jamais vu une action protectrice exercée sur les animaux réceptifs par le sérum des animaux spontanément réfractaires. L'étude expérimentale est à poursuivre au moyen du sang d'animaux artificiellement immunisés. Mais en toute hypothèse, il serait logique et vraisemblablement sans danger, de tenter, dans le cas d'une infection charbonneuse sévère, le traitement par le sérum d'un animal vacciné. Les récentes expériences de Marchoux (1) autorisent cet essai : un mouton a reçu en dix mois 1400 centimètres cubes de charbon virulent et a fourni un sérum dont l'activité préventive est de 1/2000, c'est-à-dire que 1 centimètre cube protège un lapin de 2 kilogrammes contre 0'=%2o de charbon virulent. Non seulement le sérum est préventif, mais il est curatif : toutefois, la guérison n'est possible que tant que l'œdème ne s'est pas établi d'une façon très manifeste. Il reste à augmenter l'énergie de ce sérum et il est d'autant plus permis de compter sur cette ressource que chez l'homme, le charbon, au lieu de créer des infections généralisées rapides, demeure longtemps localisé à l'état de pustule maligne.

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