‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 69 sur 191 · ABCÈS FROIDS · texte numérisé non relu

ABCÈS FROIDS

inutile el dangereux de pousser dans la i)oclie de grandes quantités de la solution éthérée : suivant le volume de la collection et l'âge du sujet, on se contentera de 5, 10 à ITi grammes d'éther iodoformé à 10 p. 100. L'éther se vaporise et distend la cavité, qui devient sonore; parfois la tension est telle que la peau, déjà amincie et altérée par le processus tuberculeux, se sphacèle sur une surface plus ou moins grande. L'un de nous a publié plusieurs cas de ce genre ; mais cet accident est sans gravité : il semblerait même ressortir de nos observations et de celles de Verchère que, après la chute de l'eschare, les parois bourgeonnent plus activement el que la cavité s'oblitère.

- Néanmoins, si l'on craint un sphacèle trop étendu, ou qu'on ait d'autres raisons de redouter l'ouverture delà poche, on en surveille la distension, et on laisse, par la canule encore en place, s'échapper, comme par une soupape de sûreté, l'excès des vapeurs d'éther. On ne s'effraiera point d'ailleurs du brusque développement de la poche tympanisée : au bout de quelques heures, la souffrance diminue ; la peau, si elle n'était pas préalablement altérée, reprend sa vitalité et sa souplesse. Au voisinage de la trachée et de l'œsophage, cette sorte d'emphysème thérapeutique provoque parfois de la dyspnée ou de la dysphagie : on plonge alors dans la cavité trop distendue deux aiguilles de Pravaz, qui servent de cheminée d'appel par où s'évacue l'excédent de vapeur.

Lorsque l'aiguille évacuatrice est un peu grosse et la peau trop mince, les bords de l'orifice ne reviennent pas assez sur eux-mêmes après le retrait de la canule, et l'éther iodoformé, puis les sécrétions de la poche, s'écoulent par cette sorte de fistule, et compromettent le succès de l'injection. Afin de parer à cet inconvénient, on enfonce le trocart par un trajet oblique : les orifices superficiels et profonds ne se correspondent plus, et la tension de l'éther oblitère de plus en plus le parcours par une sorte de fermeture « autoclave >>. On aura recours à cette facile manœuvre pour peu que les téguments soient violacés, amincis, altérés par les progrès de la dégénérescence caséeuse des parois et menacent de se rompre.

La guérisonne s'obtient pas toujours à la suite delà première injection, mais, si on échoue, on en est quitte pour recommencer, car cette opération ne présente aucun inconvénient. Au contraire, sous l'influence de l'iodoforme, l'état général s'améliore, et, si elle devient nécessaire, l'organisme est plus apte à supporter une intervention sanglante. A chaque nouvelle ponction, le contenu de l'abcès se modifie; il perd ses qualités virulentes, ainsi que le démontrent les recherches de Chantemesse. Le succès définitif exigerait en moyenne de2à5 injections ; mais il est difficile de rien fixer à cet égard. Petites cavités, solutions fortes, guérison prompte; grandes cavités, solutions faibles, guérison lente, voilà une formule souvent exacte, mais dont les termes peuvent se renverser, et qui ménage toutes les surprises.

L'intervalle qui doit séparer chacune des injections varie avec le temps que met la sonorité à disparaître, la rapidité de reproduction du liquide et la rétraction de la poche ; on pourrait fixer trois semaines environ

comme terme moyen. On voit peu à peu la cavité revenir sur elle-même, la sonorité s'éteindre, puis la saillie s'effacer, ne laissant qu'un gâteau ioduré susceptible de se résorber ultérieurement. Et pendant ce traitement, à la fois local et général, les opérés n'ont pas besoin de rester au lit; ils peuvent marcher et sortir vingt-quatre heures après l'intervention. On ne peut reprocher à la méthode que sa lenteur ; mais quelle médication de la tuberculose est rapide?

Les injections ne doivent plus être employées lorsque la collection est ouverte : les cautérisations, le raclage, reprennent alors tous leurs droits. On enferme dans les diverticules et les trajets fistuleux des crayons d'iodoforme malléables et demi-mous qui n'irritent point les tissus. Quand on en a garni toutes les anfractuosités, on chiffonne au-dessus de la gaze iodoformée, et on la recouvre d'un gâteau de ouate hydrophile qu'on laisse trois ou quatre jours, après lesquels on renouvelle les bâtonnets. Si ce traitement est poursuivi avec rigueur, on voit pai^foisla suppuration se tarir et l'ulcère se cicatriser. La glycérine ou la vaseline à l'iodoforme ou à l'eucalyptol dont on imprègne les parois de l'abcès, tamponné et drainé par des chiffons de gaze iodoformée, adonné àMikulicz, Andrassy, Meunier et à nous-mêmes quelques résultats.

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