‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 70 sur 191 · SARCOMES CUTANÉS ET SOUS-CUTANÉS · texte numérisé non relu

SARCOMES CUTANÉS ET SOUS-CUTANÉS

Le groupe des sarcomes de la peau est des plus artificiels et renferme des tumeurs dont la parenté est souvent équivoque. La sarcomatose généralisée primitive, avec ces taches, ces plaques intra-dermiques, ces nodosités du « type Kaposi », avec ces masses pigmentées, violacées, parsemées de mamelons isolés ou confluents, n'est justiciable d'aucune intervention chirurgicale. Comment extirper dix, vingt, cent, cent cinquante tumeurs ? On a recours d'ordinaire à la médication arsenicale. Il faut, tous les jours, faire une injection de quatre gouttes étendues dans une égale quantité d'eau. La dose quotidienne est bientôt portée à six et neuf gouttes, et cela pendant des mois, sans accidents. C'est dans les fesses, en pleins tissus, que ces injections sont le mieux tolérées. On a, comme Kobner, obtenu quelques succès en poussant la liqueur au centre même du noyau sarcomateux ; mais il faut savoir que la diminution et même la régression complète de la néoplasie peuvent être spontanées; on ne saurait donc affirmer l'efficacité du traitement arsenical, que du moins on peut continuer pendant des mois sans provoquer de complications.

Lorsqu'il s'agit de sarcomes localisés nés primitivement dans la peau, la thérapeutique change, et l'intervention chirurgicale est absolument indiquée. Enlevée à temps et d'une manière radicale, la tumeur peut ne pas récidiver. Encore faut-il qu'on n'ait pas affaireàla variété mélanique, qui évolue comme le pire des cancers, et que n'arrête pas l'extirpation

SAHCOMi:S CUTANES.

la plus large et la plus [)i'écoce : la récidive est presque immédiate, et la généralisation de règle au bout de peu de mois ; on accuse môme le bistouri de la luVter, etBusch a intitulé un mémoire : Du danger (Vexlirper les tumeurs mélaniques de la peau. La plupart des chirurgiens, cependant, ne souscrivent pas cl cette doctrine; ils opèrent tant que la tumeur peut être enlevée dans sa totalité. Mais, pour peu rjue les ganglions soient infectés, qu'on aperçoive sur la peau, près ou loin du foyer primitif, des taches noires secondaires, dès que l'analyse de l'urine, du sang ou des crachats décèle des traces de pigment, on s'abstient.

Les chiffres que nous fournit Dietrich (1), et queBoulay (2) areproduits et augmentés de quelques observation» complémentaires, sont en effet désastreux : sur 113 malades opérés dont on connaît le sort ultérieur, 72 sont morts presque immédiatement, emportés par quelque complication ou par une récidive ; 2i sont signalés comme ayant succombé à une récidive plus tardive, et 19 sont notés comme guéris. Mais il semble ressortir de ce tableau que la récidive une fois apparue, la marche du néoplasme s'accélère ; la généralisation serait plus rapide que dans les cas où l'on s'abstient d'intervenir. Voici 33 cas où l'on a noté le temps écoulé entre la première opération et la mort :

15 jours et moins 12 cas

De 15 jours à un mois.

De 1 à 0 mois

De 6 à 12 mois

De 12 mois à 2 ans. . . .

De 2 à 3 ans

De 10 ans

Total.

53 cas

Quatre mois, voilà donc, en moyenne, le sursis avant la récidive, et six à sept mois, la survie des opérés! Or, si, en regard de ce chiffre de la survie après intervention, on place l'âge de la tumeur avant que le chirurgien agisse, on constate que la durée préopératoire a été, pour 111 cas :

1 à 6 mois. .

6 à 12 mois.

1 à 2 ans. . .

2 à 3 ans...

3 à 4 ans . ,

4 à 10 ans. .

18 cas

A reporter 104 cas

Report 104 cas

10 ans.

12 ans.

17 ans.

20 ans.

Total.

1 1 1 cas

En moyenne donc, la durée du mal avant l'opération est de 2,84 ans : après l'intervention, le patient ne dépasse guère un semestre. Si, de ces moyennes statistiques, on passe à l'étude des faits particuliers, cette action accélératrice dutrauma opératoire est plus saisissante encore : un malade de Kronlein porte depuis douze ans un sarcome mélanique plantaire ; on l'opère, et, trois mois après, la jambe se couvre de nodosités noires multiples ; le malade observé par Weisser a depuis deux ans et demi un

(1) Dietrich, Archiv fur kliyiische Chirurgie, t. XXXV, p. 289, 1887.

(2) BouLAY, Arc/iives générales de médecine, p. 157, 1888.

sarcome mélanique du pied : dix mois après l'opération, ilsuccombe avec des tumeurs métastatiques dans tous les organes.

Si Ton considère le second groupe, celui des 24 survivants avec récidive, on voit qu'il s'agit de malades insuffisamment observés, perdus de vue dès les premières semaines : la -plus longue observation ne suit pas le patient au delà du septième mois. Ce n'est point sur ces histoires cliniques tronquées qu'on peut bâtir une conclusion favorable : beaucoup de ces opérés sont notés comme en instance de généralisation, et n'ont pas dû aller loin. Quant aux 19 succès, il y a, là surtout, des illusions thérapeutiques, des espérances trop promptes. Sept malades n'ont pas été opérés depuis une année, et on les enregistre déjà comme guéris. Si l'on n'accepte comme tels que ceux ayant vécu sans récidive pendant plus de trois ans, sept seulement répondent à l'appel.

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