CIIAPITHE II BOURSES SÉREUSES, GAINES ET TENDONS
Nous laisserons de côté les traumatismes des bourses séreuses : ils se confondent avec ceux du tissu cellulaire, dont on a pu dire qu'il est simplement une vaste bourse séreuse. Nous ne nous occuperons ici que des hygromas aigus el des hygromas chroniques.
HYGROMAS AIGUS.
Encore pourrions-nous être très brefs sur le traitement de la plupart d "entre eux et renvoyer à notre étude des phlegmons circonscrits, caries deux thérapeutiques se confondent : au début, et pour « juguler » l'inflammation, la balnéation antiseptique, prolongée ou continue, dans les régions où elle est possible, la pulvérisation phéniquée par la marmite de Championnière là où les bains locaux ne peuvent être institués, l'enveloppement humide dans des compresses de tarlatane imbibées de liqueur de Van Swieten chaude et recouvertes d'une toile imperméable, une compression méthodique, donnent ici, comme dans les phlegmons circonscrits, les meilleurs résultats et conjurent souvent l'abcès. Cette même compression est surtout utile dans certains hygromas séreux de marche subaiguë et d'origine presque toujours diathésique, dans ces « bursites » rapides provoquées fréquemment par le rhumatisme, la blennorrhagie et la syphilis. Une révulsion active, des pointes de feu, un vésicatoire, aideront à la résolution, qui parfois survient d'elle-même. L'iodure de potassium et le mercure hâtent la résorption des hygromas d'origine syphilitique.
Lorsque le pus s'amasse malgré le traitement, il faut se hâter de lui donner issue à l'extérieur, car les communications sont si aisées entre la bourse séreuse et le tissu cellulaire environnant, que la diff"usion est à redouter : on sait qu'un très grand nombre de phlegmons de la cuisse et du bras ont pour point de départ la suppuration des bourses prérotulienne et olécranienne. Aussi doit-on ouvrir l'abcès dès qu'il est formé et faire une incision suffisante pour permettre l'écoulement facile du liquide et le lavage de la poche avec la solution antiseptique. On draine, on com-
346 GAINES TENDINEUSES.
prime légèrement la région, et d'ordinaire la guérison est rapide, surtout lorsqu'on continue la pulvérisation ou les bains prolongés. Au genou, l'hygroma aigu prérotulien ne gagne pas lajamljB, mais se diffuse vers la cuisse. Fonlan et Barthélémy nous ont montré que les tissus forment une loge fermée en bas par l'adhérence de l'aponévrose crurale avec l'aileron rotulien externe, tandis qu'en haut elle s'ouvre largement dans les lames conjonctives sous-cutanées. lien peut résulter, comme nous l'avons observé, des cavités à suppuration tenace, en raison des difficultés qu'ont les parois à se confronter et à se joindre: on n'en vient à bout qu'en incisant largement la paroi superficielle de ces poches qui « fait pont » sur la paroi profonde ; elle peut ainsi aller au contact de cette dernière ; la cavité se supprime et, avec elle, la suppuration.
HYGROMAS CHRONIQUES.
Plusieurs cas cliniques se présentent : si la tumeur est récente, si les parois en sont souples et molles, on a proposé de rompre la poche par une pression brusque et énergique, moyen brutal et qui ne trouve presque jamais son application. Les injections iodées sont plus recommandables : l'hygroma est ponctionné avec l'aiguille de Dieulafoy et vidé avec soin ; sa cavité est plusieurs fois lavée à l'eau chaude, et, lorsque celle-ci ressort claire et limpide, on pratique l'injection iodée. La teinture a prise sur les parois décapées par l'irrigation, et les résultats peuvent être satisfaisants. Nous avons ainsi guéri trois kystes de la région poplitée. La liqueur de Van Swieten et la solution phéniquée à 2, 3, 4 ou 5 p. 100 ont une valeur au moins égale à la teinture d'iode ; ici la recommandation n'est pas moins formelle de faire passer le courant de la solution jusqu'à ce que le liquide ressorte absolument limpide de la cavité : on enveloppe alors le membre dans un appareil ouaté compressif, qui aide puissamment à la guérison.
Mais ce procédé cesse d'être efficace lorsque la tumeur est ancienne et que ses parois sont dures et épaisses ; le mieux alors est d'ouvrir largement la poche après application de la bande d'Esmarch et anesthésie à la cocaïne. Le liquide et ses grumeaux floconneux, ses grains riziformes ou hordéiformes, s'il en existe, sont évacués; les strates fibrineuses, les incrustations calcaires, les végétations sont enlevées à la curette tranchante ; puis, les surfaces ainsi avivées, on lave la poche avec des solutions antiseptiques, on suture l'incision sans avoir à pratiquer de drainage, on applique un pansement ouaté compressif qui prend le membre tout entier, afin de pouvoir être énergiquement serré ; on supprime alors la bande d'Esmarch, sans craindre qu'une hémorragie vienne remplir la cavité, et en peu de jours la guérison est complète. Celte opération radicale n'a plus les dangers qui la faisaient écarter aux temps préantisep-
SYNOVITKS. 347
tinues, et, sous les réserves d'une exacte propreté et d'une compression suflisarite, les résultais en sont toujours excellents.
Mais il esl un Iroisicnie cas : il a pu se faire dans la séreuse un travail analogue à celui qui caractérise la formation des pachyméningites et des hématocèles vai;,inales ; les parois « en coque de carton », comme dit Cliassaignac, mesurent plusieurs millimètres d'épaisseur, et leurs sti-ates juxtaposées sont parcourues par des vaisseaux jeunes, friables et qui se rompent facilement. Ou bien, il s'agit de ces hygromas tuberculeux à grains riziformes. Le mieux est de recourir à l'extirpation pure et simple : toujours après application de la bande d'Esmarch et anesthésie à la cocaïne, on enlève l'hygroma, comme on ferait d'une tumeur; puis, sans drain intermédiaire, on juxtapose les surfaces cruentées; on suture l'incision, et l'on applique sur le membre un pansement ouaté compressif : lorsqu'on l'enlève au bout de sept ou huit jours, la réunion primitive est complète, ou ne réclame que très rarement les dix-huit à dixneuf jours indiqués par llevol dans sa thèse de 1885.
SYNOVITES TENDINEUSES AIGUËS.
A. — Synovite sèche.
Elle se nomme encore lénoaite crépitante ou aï ; son traitement est des plus simples, et le plus souvent elle guérit sans médication : si la région est douloureuse^ on se contente d'oindre le membre de pommade belladonée, et de l'immobiliser dans un appareil ouaté méthodiquement compressif : les soufl'rances s'apaisent dès les premiers jours, et au huitième ou au dixième on enregistre la guérison. Parfois, persistent de la gêne des mouvements, une raideur douloureuse, une précipitation intermittente ou continue : nous prescrivons alors l'immersion du membre dans un bain à une très haute température, 48 à 55 degrés, puis quelques massages le long des tendons et des masses musculaires correspondantes ; enfin, l'enveloppement dans la bande élastique, modérément serrée. Il n'est pas de ténosite qui résiste à ces soins. Ajoutons que certaines fatigues professionnelles, certaines manœuvres de métiers, exigent des précautions particulières : ainsi, par exemple, le port d'un bracelet préventif destiné à sangler les tendons de l'avant-bras est traditionnel chez les lutteurs.
lî. — Synovites séreuses.
Elles sont parfois provoquées par une inflammation de voisinage, un furoncle ou une angioleucite, et les exemples n'en sont pas rares au niveau de la patte d'oie ; mais, d'ordinaire, la résorption du liquide accumulé dans les gaines suit de très près la disparition de la phlogose : si donc les pulvérisations phéniquées et l'enveloppement antiseptique
348 GAINES TENDINEUSES.
humide ne suffisaient à guérir cette synovite, un peu de compression serait efficace. L'hypersécrétion est souvent d'origine diathésique : c'est une des manifestations possibles de la syphilis, de la blennorrhagie et du rhumatisme. Le traitement général, iodure et mercure d'une part, salicylate de soude et antipyrine de l'autre, pourront rendre de réels services ; s'il était impuissant à amener la résorption complète, si la région atteinte restait douloureuse, enraidie, tuméfiée ou fluctuante, il faudrait comprimer la tumeur sous la bande élastique.