ASEPSIE DE L UTERUS ET DES VOIES URINAIRES
naire toutes les mesures d'asepsie vulvaire et vaginalf. On peut aseptiser un utérus, en proie à une li'gère infection, par des injections intra-cavitaires au moyen de sondes à double courant : la généralité des inslruinonls étant en métal, que le sublimé attaque, on usera de solutions phéniquée ou phénosalylée faible, ou simplement d'oau bouillie additionnée de 6 p. lOOOde chlorure de sodium. — Quand l'intérieur do l'utérus a besoin d'une désinfection énergique, on l'ouvrira largement par une dilatation préalable avec des lanières de gaze iodoformée, ou par des tiges de laminaire. L'asepsie de ces tiges s'obtient, après chauflage dans un bain de glycérine ou d'huile, par l'immersion dans l'éther iodoformé à 10 p. 100.
§8. Asepsie des voies urinaires. — Il ne suffit pas, dit Baudoin, lorsqu'on fait une opération sur les voies urinaires, d'avoir des insli-iiments aseptiques, il faut encore antiseptiser le chemin que ces instruments doivent parcourir et s'efTorcer de rendre aussi peu septique que possible l'urine qui baigne les muqueuses du bassinet, de l'uretère, de la vessie et de l'urèthre. L'urèlhre, surtout le méat et l'urèthre antérieur, servant d'habitat à de nombreux microorganismes, on fera précéder le cathétérisme de son lavage. Le méat est nettoyé, ainsi que le gland, le repli balano-préputial et le fourreau de la verge : ces parties supportent bien un savonnage tiède et une irrigation à l'eau sublimée ou phéniquée. L'urèthre sera lavé avec une solution boriquée saturée, ou avec une solution de permanganate de potasse à 1 p. 2000; ces lavages peuvent être faits sans sonde, au moyen d'un irrigateur élevé à 1 mètre de hauteur et d'une petite canule conique qu'on enfonce et retire alternativement du canal. Dans le cas d'une cystite intense, et chez les urinaires septiqucs, la vessie sera lavée soit à l'acide borique concentré, soit au nitrate d'argent au millième.
Un très grand soin doit être apporté à l'asepsie des pommades lubréfîantes dont on use pour faciliter le glissement des sondes et instruments uréthraux. Les diverses vaselines antiseptiques ont l'inconvénient d'être difficiles à stériliser. Nous accordons la préférence à l'huile faiblement iodoformée, dont on peut renouveler fréquemment l'aseptisation en la chauffant dans un tube à essai, sans qu'il soit nécessaire d'atteindre son ébullition. Guyon recommande la pommade suivante : poudre de savon 30 gr.; glycérine 25 gr. ; eau 25 gr. ; sublimé Oe--, 2. Cette pommade est glissante, se conserve bien, est soluble dans l'eau froide et facile à enlever sur les objets qu'elle enduit.
La partie supérieure des voies urinaires est inaccessible à notre action directe: il faut en prévenir l'infection par l'usage de substances s'éliminant au niveau des reins et agissant sur les urines et les organes excréteurs. L'acide borique eut une grande vogue ; puis le biborate de soude, surtout recommandé par Terrier, qu'on a employé aux doses quotidiennes — d'ailleurs bien supportées — de 4 à 6 et 8 grammes par jour: il éclaircit les urines, mais il n'est point prouvé qu'il les aseptise. Le benzoate de soude a ses mérites et ses partisans ; mais c'est le sclol qui, sous l'influence des travaux de Nencky, de Bazy, d"Albarran,a été préféré comme
moyen d'antisepsie interne : ce sel se décontipose en acide salicylique et phényl-sull'ate de soude, dont l'action est manifeste sur la bactérie pyogène. Nous en avons comme tout le monde retiré de bons effets ; mais il faut abandonner les hautes doses — 2 à3 gr. par jour — autrefois conseillées : l'intolérarce gastrique des urinaires s'oppose aune médication aussi intense ; de plus, des accidents assez nombreux ont été relatés dans ces derniers temps ; l'insuffisance rénale explique les dangers d'un médicament qui renferme 40 p. 100 d'acide phénique. Il est prudent de ne pas dépasser 1 gramme par jour, d'associer au salol le carbonate de soude et de compter surtout, chez les vieux urinaires, sur le régime lacté.
A. — Principes foudaïuentaux.
I ' Le choix d'un antiseptique ne saurait être décidé uniquement par les données du laboratoire. — L'étude des substances antiseptiques s'est compliquée singulièrement: d'une part, la liste des agents tour à tour prônés s'est accrue chaque jour; d'autre part, l'étude de leur énergie comparée n'est point aussi simple que l'avaient cru les premiers expérimentateurs, Bucholz, Kuhn, Habercorn, Jalan de la Croix, Gosselin, Sternberg, Ratimoff; et il s'en faut que leur valeur pratique puisse se déduire de leur numéro de classement dans les échelles autrefois établies.
II a fallu renoncer aux méthodes dans lesquelles on essayait les antiseptiques sur des mélanges de bactéries inconnues, telles que celles qui se développent dans de l'eau de foin ou du bouillon ensemencé avec des poussières. Comme l'a dit Duclaux (1), chaque espèce a sa résistance et il faut opérer avec des cultures pures. Koch a fait agir les solutions sur des germes en culture pure, desséchés sur des fils de soie. A son tour, ce procédé a été jugé défectueux. Grâce aux interstices du fil, les germes se dérobent à l'inÛuence du bain antiseptique, et d'autre part il reste toujours des résidus de cette substance antiseptique qui continue à exercer son influence après un lavage soigneux. C'est ainsi que Geppert a démontré qu'il fallait en rabattre de l'énergie du sublimé qui, au dire de Koch, tuait les spores du charbon en quelques minutes d'immersion dans une solution à 1 p. 1000. Ce résultat, qui a mis en vogue un antiseptique des plus dangereux, était dû à des traces de sublimé restant sur les fils de soie : comme l'a montré Geppert, si l'on neutralise le sel pur les moyens chimiques, la spore se développe encore après un séjour de 48 à 70 heures dans la solution à 1 p. 1000. Dans la méthode de Yersin cette cause a été écartée : le contact du microbe avec l'antiseptique est assuré, le temps d'action est exactement mesuré, et le microbe presque complètement débarrassé de la substance mise en essai.
D'autre part, en choisissant, comme microbe d'épreuve, les spores de
(I) Duclaux, Revue critique sur les antiseptiques. yln?ia/es de l'Insliiul Vasleur, 1889, p. 671.