‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 9 sur 191 · PRINCIPES FONDAMENTALX DE L'ANTISEPSIE · texte numérisé non relu

PRINCIPES FONDAMENTALX DE L'ANTISEPSIE

la bactéridie charbonneuse, on a été entraîm'" à préconiser dos doses exagérées. Sous sa forme sporulée, ce microorganisme est le plus résistant : Fninkol montre que cette spore est capable de supporter un séjour de vingt minutes dans une solution de sublimé à 1 p. 100 et de quarante jours dans une solution phéniquée à 5 p. 100. Conclure de cette donnée à la nécessité d'employer l'acide phénique à ce degré de concentration, c'était s'exposer — et ce résultat n'a pas manqué, — à exercer sur les tissus une agression caustique et sur l'organisme une action toxique. Le choix était d'autant plus malheureux que, comme l'observe de Christmas (1), la contamination de notre matériel par ce germe est exceptionnelle. Combien sont plus valables les expériences qui s'adressent aux coques pyogènes, nos ennemis habituels !

Voici d'autres variantes qui rendent plus complexe le problème. Pour un même agent antiseptique, la valeur désinfectante est augmentée par la chaleur : Koch avait signalé le fait en 1881; Henle, Naht, Behring, Heider (2) l'ont confirmé. Cette donnée explique les bons résultats que nous retirons des irrigations, immersions, pulvérisations à hautes températures. L'acide phénique, qui à 5 p. 100 et à la température ambiante ne tue les spores du charbon qu'en trente à quarante jours, arrive au même résultat en quatre heures quand il est porté à 40°, en moins de deux heures quand il atteint 55 degrés.

Nouvelle contingence dans les effets : certaines substances, employées comme véhicule ou comme dissolvant, peuvent diminuer la valeur de l'antiseptique. Dans son mémoire magistral sur la désinfection, Koch a démontré en 1881 que l'acide phénique dissous dans l'alcool ou dans l'huile ne possède plus qu'un pouvoir désinfectant presque nul. Wolfhiigel l'a confirmé peu après et Lenti (3), de Naples, vient de l'étudier à nouveau. Ce dernier travail établit que l'alcool absolu annihile le pouvoir bactéricide du sublimé et de l'acide phénique sur les spores charbonneuses. Ajoute-t-on de l'eau, on voit le pouvoir reparaître : pour les solutions phéniquées, il faut au moins atteindre 70 p. 100 d'eau ; et encore restet->il une diminution de l'action germicide. Il en est de même pour la glycérine qui empêche l'action des solutions de sublimé à 2 p. 100, quand la proportion d'eau à laquelle elle est mélangée est inférieure à 40 p. 100 de la solution. Pour l'acide phénique, l'action inhibitoire de la glycérine est plus marquée ; car, avec des solutions contenant 10 p. 100 d'acide phénique, la destruction des spores n'a lieu que lorsque la proportion d'eau est de 80 p. 100, et encore faut-il que la durée de contact soit prolongée au delà de vingt-quatre heures. L'acide phénique dissous dans l'huile d'olive perd toute action désinfectante.

Fous les microbes d'une même culture pure, il est des différences

(1) De Christmas, Sur quelques mélanges antiseptiques. Annales de l'Institut Pasteur, 1892.

(2) Heidkr, Ueber die Wirksamkeit der Desinfections mittel bei erhôliter Temperatur. Archiv fur lli/giene, XV, p. 341, 1592.

(.3) Lenti, De l'influence de l'alcool, de la glycérine et de l'huile sur les désinfectants Revue d'hyçjiene, 1893, p. I02ô, 1033.

individuelles de résistance que les expériences d'Esmarch, de Frankel, de Geppert établissent. Si, au lieu de rester sur le terrain général, on entre dans le domaine des faits particuliers on voit que chaqu,e antiseptique obéit à des lois spéciales. L'expérience clinique a établi qu'ils ont leurs avantages respectifs : celui-ci est plus maniable que tel autre, moins dispendieux, mieux utilisable pour telle région ou telle besogne de désinfection, de toxicité moindre aux doses agissantes. Et c'est de ces raisons pratiques, bien plus que de leur comparaison expérimentale, que la chirurgie s'inspire.

Certes il est intéressant de savoir que le streptocoque est surtout sensible au bichlorure de mercure, et le vibrion septique à l'acide phénique ; que c'est dans les dérivés du goudron que nous trouvons le plus de substances exerçant une action sur le bacille tuberculeux ; que l'iodoforme est un poison pour les anaérobies ; que le nitrate d'argent a une influence manifeste sur la bactérie septique de l'urine. Mais Schwartz observe que ces faits ne sont pas suffisants pour que l'électivité microbienne d'un antiseptique entre pratiquement en ligne de compte.

Cette antisepsie spécifique serait l'idéal; mais nous en sommes d'autant plus éloignés que, le plus souvent, c'est à des associations qu'est due l'infection chirurgicale. Ce dernier point explique d'ailleurs qu'on puisse augmenter la force microbicide des antiseptiques en les mélangeant entre eux : leur valeur ne s'additionne pas ; elle se multiplie. Lépine et Bouchard nous ont montré que par le mélange, ou par la combinaison, de différentes substances on double leur pouvoir sans que leur toxicité augmente dans les mêmes proportions ; Hammer l'a établi pour les divers crésols ; Rotter et Lépine ont formulé des antiseptiques « polypharmaques » à drogues multiples ; Laplace mélangeant divers acides au sublimé et à l'acide phénique, a obtenu des composés plus actifs; de Christmas, en créant le phénosalyl, a donné de ce fait une nouvelle démonstration.

Formule de Lépine.

Formule de Rotter.

Sublimé

Acide phénique

Acide salicylique

Acide benzoïque '

Chlorure de chaux

Brome

Broiuhydrate de quinine.

Chloroforme

1 centigr.

1 gramme.

50 centigr.

2 grammes.

Eau distilltie 1000

Sublimé

Chlorure de sodium

Acide phénique

Chlorure de zinc ,

Sulfocarbonate de zinc.

Acide borique

Acide salicylique

Thymol

Acide citrique.

5 centigr.

2 grammes.

n grammes.

CO centigr.

Eau 1000 grammes.

2" Tendance actuelle à modérer les doses et l'usage des antiseptiques. — Entre un bouillon qu'on peut assaisonner, à forte dose, d'un agent antiseptique et notre milieu organique, l'analogie est impossible. Dans le sang et la chair musculaire, en présence de toutes les sécrétions muqueuses, les antiseptiques sont moins actifs que dans les bouillons de culture : c'est le cas du biclilorure de mercure qui est précipité par les

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