‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 82 sur 191 · ANGIOMES ET TUMEURS ÉRECTILES · texte numérisé non relu

ANGIOMES ET TUMEURS ÉRECTILES

propagation du liquide coagulant. Cela est à redouter surtout pour ces tumeurs caverneuses communiquant avec une grosse A'eine, la jugulaire externe, par exemple, dont elles ne sont plus qu'une dépendance. La compression périphérique n'empêchera pas le liquide coagulant de fuser au loin et d'y provoquer de dangereuses embolies. Ces angiomes caverneux sont rares, sans doute ; mais à leur réductibilité rapide et à leur réplétion brusque il faut les reconnaître pour les traiter, non par les injections au perchlorure, mais par l'extirpation. C'est encore celle-ci qui convient aux angiomes lipomateux de Monod(i) ; et, de fait, on les enlève toujours, car on les diagnostique lipomes ou fibromes, pour ne les constater angiomes qu'après l'ablation.

3" Ignipuncture interstitielle. — Nous préférons à cette action aveugle, dififusible, suivie de thromboses capables de migration, l'ignipuncture interstitielle, pratiquée soit avec la pointe fine du thermocautère, soit avec le cautère galvanique. Nous l'i.vons largement employée dans notre service d'enfants et lui devons de remarquables succès. La technique en est d'une simplicité parfaite : la pointe fine du thermo est poussée en plein angiome; ces cautérisations sont espacées « en quinconces » de 6 à 8 millimètres. Point intéressant : elles restent généralement exsangues ; si, par les efTorts de l'enfant qui crie, elles saignent un peu, on a vite fait d'arrêter riiémorragie en plongeant à nouveau dans le trajet, la pointe de platine au sombre. Une couche de collodion protège ces pointes pénétrantes, contre toute souillure extérieure. Dix à quinze jours après, l'effet du « capitonnage » scléreux s'est produit ; on larde au thermo les points intermédiaires. Après les mêmes délais, nouvelle séance portant sur les grains érectiles qui persistent. Le procédé n'a qu'un tort, c'est sa longueur. Il laisse aussi, surtout quand les trajets d'ignipuncture ne sont pas assez gardés contre l'infection, des ponctuations cicatricielles blanches, d'ailleurs effacées progressivement, gênantes lorsqu'elles sont en région découverte. Mais, comme il faut compter trop souvent avec la pusillanimité des parents reculant devant une extirpation, c'est une intervention qui trouvera maintes fois indication et qui donnera de la satisfaction. Owen (2) se loue fort de son emploi. Ce n'est point seulement aux taches érectiles qu'elle convient ; nous avons souvent réussi — en deux et trois mois — à faire disparaître de véritables tumeurs. Tillaux (3) a guéri par l'ignipuncture avec une aiguille à tricoter une tumeur érectile de la nuque, du volume d'une grosse mandarine, chez un enfant de dix-huit jours. Quant aux autres procédés, broiement, sétons, scarifications, acupuncture, ligatures de Fayolle, d'Erichsen et de Barwell, tout cela ne vaut pas même une citation rapide.

A" Électpolyse. — Exception doit être faite en faveur de Vélectrolyse que la précision de sa technique et les perfectionnements de son outil-

(1) MoNOi), Etude sur l'anr/iome simple suus-culané circonscrit {Aiigiome lipomateux, angiome lobule). Paris, 1873.

(2) Owen, On the treatraent of large nievi. Bril. med. Journ, août 1883. (:{) TiM.Arx, Bull, de la Soc. de chir., 1873, p. 50'.).

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lage recommaiuleril au praticion. On connaît r(jljscrvati(jii qucScli\vartz(l) a communi(|ii(''(; un Coni^rùs français de cliirui-gio : la li.^nre de sa malade n'avait pas lorine humaine : toute la moitié gauche de la face, lèvre supérieure, joue, ne/, orbite, front, était envahie par une vaste tumeur érectile d'aspect veineux, bleuâtre, sillonnée d'arborisations; la lèvre supérieure saillait en trompe. Du 11 juillet 1885 au 20 décembre 1887, la patiente subit 80 séances d'électrolyse, avec 4 piqûres en moyenne chaque fois, c'est-à-dire un total de 300 à 330 piqûres électrolytiques. La difformité a presque complètement disparu: il y a bien quelques petites bosselures fluctuantes au niveau des gencives, quelques grains érectiles dans la conjonctive ; mais la malade a été rendue à la vie commune.

Voici comment Boudet [2) règle la cure électrolytique des tumeurs érectiles : une batterie de 20 à 24 éléments Gaiffe ; comme pôle inactif, une plaque d'étain de 20 centimètres de côté, recouverte de peau de chamois mouillée, est appliquée sur une cuisse du malade; on peut même, pour réduire à son minimum la résistance du circuit extérieur, augmenter la surface du rôle inactif; comme pôle actif, des aiguilles inattaquables aux acides organiques. 11 faut savoir que, lorsqu'un courant voltaïque est appliqué à la tête, des déviaiions de ce courant vont irriter la rétine et les centres encéphaliques, produisant ainsi des phosphènes, des nausées, des vertiges et souvent même la svncope. Pour éviter ces complications, Boudet recommande la disposa ton concentrique des pôles : une plaque est percée à son centre d'un orihce assez large pour laisser passage à plusieurs aiguilles. C'est le pôle positif, dont l'eschare est sèche, dure, avec cicatrice ultérieure rétractile, qui, en matière de tumeurs érectiles, doit être le pôle actif: une intensité moyenne de 20 à 30 milliampères est suffisante ; inutile de prolonger la séance au delà de 7 à 10 minutes. Un léger gonflement, qui dure deux ou trois j ours, traduit la réaction du tissu érectile ; puis l'enflure disparaît, et la tumeur commence à diminuer de volume.

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