‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 93 sur 191 · I.^ MIIIADKNOMK · texte numérisé non relu

I.^ MIIIADKNOMK

avec un résultat identique ; Berger nous dit que chez Dolbeau il constata plusieurs fois les mômes désastres. En présence de tant d'insuccès, Trélat s'était constitué, ix la Société de cliirurf^ie, l'adversaire éloquent de l'extirpation dans les cas de lyniphadénomes avérés.

Nous conseillons, comme lui, de ne pas toucher à ces tumeurs, et, malgré les réserves de llunibert, de Routier, de Terrier, de Verneuil lui-même, nous pensons que l'opération nous prépare de cruels mécomptes ; le dépouillement des observations paraît prouver que les quelques succès qu'on glane çà. et là dans les recueils ont trait, non à des lympluidénomes, mais à des ganglions tuberculeux. Terrier nous ditqu'un lymphadénome naissant, isolé, petit, doit être enlevé comme on enlève un cancer, et que cette extirpation rapide donnera peut-être des succès. C'est possible, mais peu de malades se prêteront à la tentative : lorsqu'un ganglion apparaît au cou, on espère toujours que quelques soins, un peu d'huile de foie de morue le feront « fondre », et on ne se résout à l'extirpation que plus tard, lorsque la tumeur a grossi, ou persiste et ne cède à aucun des moyens innocents qu'on a préconisés. iNous avons eu la bonne fortune d'enlever, à la clinique de Montpellier, des ganglions axillaires, considérés comme tuberculeux, mais que Kiener trouva atteint de lymphadénome. Durant deux années, notre opéré resta sans récidive ; puis, il nous revint avec une lymphadénie généralisée. Un autre opéré mit cinq mois seulement à mourir.

C — Traitement médical.

11 ne nous reste donc que le traitement médical : on a préconisé les toniques, les bains sulfureux, les préparations iodées et iodurées, mais elles n'ont donné de résultats que dans les faux lymphadénomes ; Verneuil a été plus heureux avec le phosphore, que nous avons employé aussi avec quelques succès : c'est, en général, le phosphure de zinc que l'on préconise sous forme de pilules de 8 milligrammes, dont on donnerait de 2 à 10 par jour. Verneuil préfère l'huile phosphorée au centième, en capsules de 10 centigrammes, de2 à 10 par 24 heures. Nous avons surtout recours à ce médicament lorsque l'arsenic est mal toléré, ou même lorsque les accidents d'intoxication deviennent menaçants : nous employons alors le phosphore, pour revenir ensuite à l'arsenic.

A cette heure, en efï'et, l'arsenic jouit sans conteste de la réputation la plus favorable : ce mode de traitement nous revient d'Allemagne, car il est toujours resté dans la vieille tradition française, et Lefébure de Saint-Ildefond, en 1775, l'employait contre le « cancer », soità l'intérieur, soit comme topique. Billroth, Tholen,Czerny, Israël, Karewski, Winiwarter, Grummach, Lewandoski, Giiterbock, y ont eu recours et ont publié de très nombreuses observations où le succès aurait couronné leurs efforts : la guérison serait de règle, soit qu'on se contente de faire prendre l'arsenic à l'intérieur, soit qu'on ajoute à ce mode de traitement des injections interstitielles.

C'est sous forme de liqueur de Fowler qu'on administre d'ordinaire l'arsenic : les médecins de Vienne commencent par cinq gouttes ; puis, à intervalles de trois ou quatre jours, on monte de cinq à dix, de dix à quinze gouttes, à vingt, à vingt-cinq, à trente, à trente-cinq, quarante, quarante-cinq gouttes. On s'arrête toutes les fois que surviennent des pliénomèmes d'intoxication, pour reprendre bientôt, et la médication est soutenue pendant plusieurs mois et même plusieurs années. Un malade, client de l'un de nous, est à ce régime depuis trois ans, et la dose quotidienne d'arsenic qu'il absorbe est parfois de soixante-dix gouttes. Puis il se repose quinze jours, après trois semaines de traitement interrompu.

Les injections interstitielles se font aussi avec de la liqueur de Fowler, que l'on dédouble d'habitude en l'étendant d'une égale quantité d'eau stérilisée ; on injecte, avec la seringue de Pravaz, d'abord deux, puis quatre, puis six, dix, vingt gouttes de ce liquide. Les petites injections ne provoquent que rarement de la suppuration, mais il n'en est pas de même des injections massives, et, quelque soin qu'on prenne d'intervenir avec des instruments et des substances aseptiques, des abcès se forment au sein des masses ganglionnaires où on a poussé le liquide. On varie le lieu d'injection, et l'on choisit tantôt une bosselure et tantôt une autre; on enfonce profondément l'aiguille^ et c'est en plein parenchyme que l'on fait pénétrer le liquide.

Sous l'influence de ces injections et de cette médication interne, « les glandes tuméfiées deviennent douloureuses; les paquets dont elles se composent paraissent plus nettement isolables; du huitième au dixième jour, les douleurs sont intenses à la pression, bien que la couleur de la peau ne soit pas modifiée. Bientôt on note des accidents d'intoxication, des troubles digestifs, de l'amaigrissement notable, de la rougeur des pommettes ; les ganglions sont plus petits et plus durs ; ils suppurent quelquefois. Dès la quatrième ou la cinquième dose, la fièvre apparaît et dure jusqu'à la fin du traitement. Quand elle est intense, les tumeurs diminuent rapidement. » On doit rapprocher ces faits de celui que l'un de nous a observé : souvent le lymphadénome semble se fondre au cours des maladies fébriles et en particulier de l'érysipèle.

Billroth a publié plusieurs cas de guérison à la suite de ce traitement : sur les treize cas deBillroth(l)et Winivarter (2) nous ne relevons que deux guérisons et trois améliorations légères. Czerny (3) prétend avoir eu deux succès sur quatre tentatives. Zézas raconte qu'un malade traité, en 1880, pour un lymphadénome inquiétant, voit sa tumeur se réduire au volume d'une amande sous l'influence d'injections arsenicales ; dix mois après, récidive : nouvelles injections quotidiennes de liqueur de Fowler, alternativement dans l'une ou dans l'autre des masses glandulaires ; liqueur de Fowler et oxyde de fer à l'intérieur. Au bout de deux semaines, des troubles

(1) IJtr.LHOïii, Wien. mediz. Wochensclirift, 1871, n" 41.

(2) Wi.NivARTER, Ucber Malignes Lymphoin. Langenbeck's Archiv, Bd. XVIII, p. 08-106.

(3) Czerny, Uber die Behandlung der raalignen Lyinphosarcome. Mitgetheilt von Dr Tholen. Langenb. Archiv, Bd. XVII, p. 1-19.

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