‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 96 sur 191 · SECTIONS NERVEUSES : LEURS SUITES · texte numérisé non relu

SECTIONS NERVEUSES : LEURS SUITES

de protoplasma cl do noyaux. Encore ces éléments ne tardent-ils pas à s'atrophier : ils tendent à disparaître d'une manière graduelle, et, en (in de compte, les gaines à peu prés vides se perdent au milieu du tissu fibreux périlubulaire.

Le bout central, celui qui reste en rapport avoc l'axe nerveux, subit aussi des modifications importantes ; mais, au lieu d'être atteint dans sa totalité, seule l'extrémité de ses tubes s'altère: les lésions ne dépassent jamais le premier étranglement annulaire situé au-dessus de la section. C'est dans ce court espace que les cellules prolifèrent et que la myéline se segmente. Ici, le processus destructeur respecte le cylindre-axe, qui devient au contraire le siège d'une activité formatrice spéciale, et c'est grâce à lui que commencent, vers le vingtième jour, les phénomènes de régénération nerveuse.

Au niveau de l'étranglement, chacun des cylindres-axes bourgeonne et donne naissance tantôt à un, tantôt à trois tubes recouverts de myéline et formés de segments interannulaires très courts : ces tubes parcourent les gaines de Schwann au milieu des noyaux et du protoplasma, et atteignent le bout périphérique. Le cylindre-axe peut être nu, et ce n'est qu'après une première bifurcation qu'il s'entourera de myéline. Grâce à ses ramifications successives, un seul tube engendre de trente à quarante tubes nouveaux ; aussi le nombre des cylindres-axes qui vont régénérer le biuit périphérique est-il très considérable.

2° Processus de la régénération nerveuse et conditions qui le favorisent. — C'est donc ce «bourgeonnement centrifuge » du cylindreaxe central qui va fournir d'éléments jeunes et vivants le segment périphérique mort pour la conduction nerveuse. Et cette puissance de végétation d'un nerf sectionné, mais resté en connexion avec son centre trophique, est vraiment extraordinaire. Toutefois, pour qu'elle aboutisse à une restauration histologique et fonctionnelle parfaite, il faut que des conditions mécaniques la favorisent : il faut que les deux tronçons nerveux soient à suffisante proximité pour que ces jeunes pousses du cylindre-axe central puissent aborder le tronçon périphérique ; il faut que ces tubes néoformés ne s'égarent point et soient dirigés vers le bout intérieur.

Supposons, en effet, le nerf sectionné d'un moignon d'amputation. « Les bouts nerveux centraux bourgeonnent activement, et engendrent à leur extrémité des pinceaux de tubes fins qui s'élancent dans une direction centrifuge. Mais ici le bout périphérique fait défaut, et la limite extrême est bientôt atteinte; les tubes néoformés se replient alors en anse, s'enroulent, se contournent, cherchant une issue au milieu du tissu fibreux qui émane comme eux du tronçon nerveux. C'est de cette intrication de bourgeons nerveux et conjonctifs que résultentles tumeurs terminales des nerfs dans les moignons d'amputés (1). » — C'est ainsi qu'avorte la végétation du cylindre-axe central, quand la distance intersegmentaire de deux bouts

(1) Haye.m et Gilbert. Archives de physiolof/ie, III^ série, t. III, p. 432.

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nerveux dépasse 5 à 6 centimètres, ce qui excède la puissance de jet des jeunes pousses du cylindre-axe.

Soient, au contraire, deux extrémités sectionnées, maintenues au contact ou très rapprochées : les tubes du bout supérieur n'ont qu'un très faible espace à parcourir pour atteindre le bout inférieur.' Si l'intervalle ne dépasse point 5 centimètres, 3 centimètres d'après Paulet, les jeunes cylindres-axes du segment central s'avancent au travers du tissu fibreux cicatriciel déposé entre les deux bouts ; ils gagnent ainsi le segment périphérique, dont les gaines de Schwann affaissées contiennent à peine quelques boules réfringentes, vestiges de l'ancienne myéline, un peu de protoplasma et des noyaux. Ces gaines reçoivent un plus ou moins grand nombre de tubes nouveaux, fort grêles sans doute, mais complètement formés. « Ils ne sont pas tous contenus dans la gaine de Schwann, nous dit J. Renaut : parfois ils sont placés en dehors, et s'enroulent autour d'elle comme une touffe de liane autour du tronc d'arbre qui la soutient ; parfois ils sont absolument libres et forment, soit des faisceaux rectilignes dont les tubes respectifs se branchent plus ou moins fréquemment en Y, soit des sortes de nattes entremêlées en lacis inextricables. »

Désormais le nerf est régénéré : les tubes de formation nouvelle peuvent transmettre jusqu'aux muscles l'excitation des centres, et conduire jusqu'aux centres les excitations périphériques. Au bout d'un temps variable, la restauration fonctionnelle sera faite. — Voilà ce qu'enseigne la physiologie expérimentale. N'est-il point évident qu'à priori la suture nerveuse ne peut que favoriser ce processus de régénération ? D'abord, jointe à la correcte position du membre, ne diminuet-elle pas l'intervalle qui sépare les deux bouts d'un nerf divisé ? Car nous savons, et les expériences d'Assaki (1) l'établissent nettement, que les nerfs sont, dans l'organisme, dans un état de tension élastique semblable à celui des artères, que leur rétractilité tend à écarter les deux tronçons sectionnés, et que leur extensibilité, moins marquée pour le bout périphérique, en raison du mode de ramescence des rameaux terminaux, permet le plus souvent leur suffisant rapprochement. — En second lieu, cette suture n'est-elle pas le moyen de guider les jeunes cylindres-axes, de réaliser dans de bonnes conditions antiseptiques la réunion immédiate du tissu connectif péritubulaire, et partant, de réduire au minimum cette masse cicatricielle intersegmentaire que doivent traverser les nouvelles pousses allant du bourgeon central vers le bout périphérique ? Car ce n'est point là une des moindres obscurités de ce problème, que la traversée d'un tissu de cicatrice par les jeunes tubes : au vingtième jour, où commence leur bourgeonnement, une masse inodulaire solide a eu le temps de s'organiser, et l'on comprend difficilement la pénétration d'un cal intersegmentaire dense, par de tendres cylindres-axes néoformés.

(1) AssAKi, De la suture des nerfs à distance. Thèse de Paris, 1886.

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