‹ Traité de thérapeutique chirurgicale (volume 2)Chapitre 97 sur 191 · I.A SLTl-HE NEHViaSJî : SA VALECH CLINIQUE · texte numérisé non relu

I.A SLTl-HE NEHViaSJî : SA VALECH CLINIQUE

3" Résultats cliniques de la suture. — Quels sont, en la qiicstion, les résultais foiiriiis par l'ubscrvalion clinique ? Déjà on indiquait rjuelques obseï valions satisfaisantes elle/. l'Iiouinie: un cas de Béelard, ([ui vit, chez un jardinier, re[)araîtrc progressivement la sensibilité abolie au petit doigt et h l'annulaire après section du cubital ; un prennier fait de Faget, où la suture du médian et du radial ramenait au bout d'un mois la sensibilité éteinte ; un deuxième où l'anesthcisie provoquée par la section du médian disparaissait douze jours après l'affrontement exact des deux bouts ilivisés.

v:; !"'■. Conservation paradoxale de la sensibilité. — Vinrent alors, vers 18G4, les observations retentissantes de Laugier et de Nélaton. Le premier, dans un eas de section incomplète du radial et de section complète du médian, pratiqua la suture de ce dernier nerf, et dès le soir la sensibilité reparaissait; au troisième jour, la sensibilité tactile était revenue en grande partie, les sensations de douleur et de température n'étaient pas encore perçues ; au quatrième jour, la sensation de température devenait manifeste. Nélaton, après résection d'une portion du médian, en sutura les deux bouts, et vit la sensibilité et les mouvements se rétablir en moins de huit jours. Les auteurs se crurent autorisés à en conclure que la réunion immédiate des nerfs peut être obtenue; mais cette interprétation heurtait les connaissances jusqu'alors acceptées en matière de régénération nerveuse : les uns, Vulpian et Magnien, crurent à une anomalie anatomique; quelques autres, à une erreur d'observation. Au reste, en 18G7, le fait de Richet vint tout bouleverser, doctrine clinique et observation physiologique : après une section com- })lète du médian, et avant la suture, ce chirurgien explora la sensibilité. ai constata, non sans surprise, qu'elle persistait dans presque toute l'étendue du territoire animé par le nerf coupé.

Ses explications. — On chercha des explications. En ce qui concerne la persistance de la sensibilité, on les trouva : 1° dans les suppléances collatérales ; 2° dans la récurrence périphérique ; 3° dans les anomalies éventuelles portant sur le volume ou l'agencement des cordons nerveux. On sait, en effet, qu'au niveau des doigts, par exemple, aux lîlets directs se mêlent toujours des fibres — dites collatérales — provenant des troncs voisins : souvent, nous dit Vanlair, le mélange est assez intime pour que la superposition des aires sensitives ressortissant à deux nerfs différents en devienne à peu près parfaite. La section d'un des nerfs du pied ou de la main ne supprime donc qu'une partie des fibres préposées à l'innervation d'une zone donnée. — Un autre système de fibres concourt au maintien de la sensibilité : il est représenté par les filets récurrents d'Arloing- Tripier,dont les anses gagnent, au niveau du réseau terminal, la branche nerveuse voisine et, mêlées à ses fibres, remontent vers le centre, jusqu'à une certaine hauteur. Lors donc que le cordon récepteur subit une interruption, celle-ci ne sépare du centre que la portion de fibres récurrente au-dessus de la section ; le segment périphérique, conservant ses connexions dans les ganglions spinaux, garde un certain nombre de fibres

intactes et excitables. — Entin, il faut compter avec les anomalies nerveuses, dont Hartmann (1) et Broca ont fait l'étude anatomique : les nerfs sont loin de présenter la fixité des trajets classiques; on peut voir les fibres, qui normalement entrent dans la constitution d'un nerf, prendre partiellement le trajet d'un nerf voisin, s'accoler à lui pour rejoindre souvent plus bas, suivant une disposition en ellipse, le tronc dont elles émanent ; il y a une grande variété dans ces divisions et reconstitutions de troncs nerveux. Ces dispositions anatomiques exceptionnelles donnent la raison de certains faits anormaux de persistance de la sensibité après une section nerveuse ; en ce qui regarde la permanence de la motilité, elles sont la seule explication valable.

Cette interprétation inattaquable d'ailleurs, et qui nous explique les observations fort nombreuses analogues à celles de Richet, est bien vite devenue exclusive : la sensibilité conservée a remplacé la sensibilité recouvrée et la régénération n'était plus considérée par nombre de chirurgiens que comme l'apanage des animaux jeunes. Elle avait perdu tout crédit en pathologie humaine, et en 1883 Richelot déclarait à la Société de chirurgie que la suture est incapable d'amener la régénération d'un nerf : l'influx nerveux ne saurait traverser la cicatrice. Si la sensibilité persiste, c'est grâce aux voies collatérales, et, comme des routes analogues font à peu près complètement défaut dans les filets moteurs, la motilité ne reparaît jamais ; dans les cas tout à fait exceptionnels où elle se montre de nouveau, on peut invoquer certaines anastomoses dont l'existence est loin d'être constante.

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