BLESSURES DE L'OREILLE MOYENNE PAR ARMES A FEU
Quand un projectile — le plus souvent une balle de revolver de petit calibre — a atteint profondément l'oreille, faut-il intervenir immédiatement, faut-il attendre l'apparition de complications? La question a été l'objet de plusieurs débats devant la Société de chirurgie (1). A l'heure actuelle, elle paraît devoir être tranchée dans le sens de l'intervention primitive. Si les projectiles de petit calibre sont généralement bien tolérés par le tissu osseux, le rocher semble faire exception à cette règle : la désinfection du foyer de fracture n'est point toujours réalisable, à cause de la communication de la caisse avec la cavité bucco-pharyngienne ; et cette nécessité de découvrir amplement le foyer traumatique, pour le régulariser et l'antiseptiser à coup sûr, constitue l'indication dominante. D'autres raisons d'intervenir nous sont fournies : par l'état de la fracture, le plus souvent esquilleuse, et dont les éclats osseux peuvent comprimer ou blesser le nerf facial dans son canal ou la carotide interne dans son
(1) Consulter : Dcdon et Démons, Extraction de balles de petit calibre logées dans l'oreille, in Bull, de la Soc. de méd. el de chir. de Bordeaux, 1G nov. 1888 et Journal de méd. de Bordeaux, décembre 1888, p. 190. — Chauvel, Rapport sur le travail de M. Tachard. Séance du 16 janvier. Bull, de la Soc. de chir., 1889, p. 59. — Kirmisson, Extraction d'une balle logée dans le rocher du côté droit. Bull, de la Soc. de chir., 1889, p. 562.
— P. Berger, Sur la recherche de l'extraction des balles de revolver logées dans les cavités de l'oreille. Bull, de la Soc. de chir. de Paris, 188S. Séance du 10 oct., p. 697.
— Binaud, Des blessures de l'oreille par armes à feu. Archives générales de médecine, avril et mai 1893.
trajet indexe ; par la présence irritante ou comprimante du projectile et de ses éclats au milieu des fragments osseux ; par l'incertitude presque constante où nous sommes de la gravité des lésions profondes; par la fréquence, que l'antisepsie n'a point réussi à diminuer sensiblement, des accidents secondaires, névrite du facial, suppurations diffuses de la caisse et des cellules mastoïdiennes, hémorragies à répétitions maintes fois mortelles. Donc, en présence d'un coup de feu dans la région de l'oreille, on cherchera à obtenir des renseignements sur le calibre de l'arme, et sur la force de pénétration probable du projectile. On examinera par la vue et avec le stylet le conduit auditif externe et sur quelle paroi portent les lésions, ce qui fournira une indication sur la direction du projectile. S'il existe une paralysie faciale, on est sûr que la balle a atteint la caisse; si les vibrations d'un diapason, placé sur le sommet de la tête, sont perçues plus nettement du côté atteint que du côté sain, c'est un indice que le labyrinthe a été respecté et il y a tout lieu de croire que le projectile est allé s'incruster dans la paroi de la caisse. Si les vibrations osseuses sont abolies, c'est que le labyrinthe est détruit et que la balle a dépassé la caisse. S'il y a des paralysies, du coma, des symptômes méningo-encéphaliques, c'est que le projectile a ouvert le crâne. Quelle que soit l'hypothèse, nous inclinons vers l'intervention immédiate. Quant à l'intervention secondaire, elle est indiquée sans débat, par la suppuration, par la présence d'esquilles mobiles trouvées sous le stylet explorateur, par la constatation d'un projectile intoléré, par des hémorragies secondaires. La technique de l'intervention se copiera sur celle d'un évidement mastoïdien avec ouverture de la caisse. Le pavillon et le conduit auditif externe seront décollés et fortement rabattus en avant, ce qui ouvrira un accès large vers le fond du conduit et permettra de faire sauter soit le mur de la logette, soit la paroi postérieure du conduit. L'explorateur électrique de Trouvé rendra de bons services : sa sonnerie indiquera que c'est bien sur le projectile et non sur un fragment osseux qu'on arrive. La balle et ses fragments, les esquilles seront extraites, par manœuvres douces, avec l'élévateur ou la pince. Il est arrivé quelquefois que cette extraction a été suivie de violentes hémorragies; il faudrait alors procéder à un tamponnement serré et, dans le cas d'ouverture de la carotide interne, lier la carotide primitive.