TUMEURS ADÉNOÏDES DU PHARYNX
Un enfant malingre, souffreteux, se présente au chirurgien, la bouche entr'ouverte, le faciès parfois hébété : il ronfle la nuit, il a une gêne respiratoire notable, une voix mal timbrée, l'ouïe dure, parfois de l'otite purulente. L'exploration digitale et la rhinoscopie montrent dans le pharynx de petites masses mamelonnées, molles, appendues à la voûte. Ce sont des tumeurs adénoïdes du pharynx : à Meyer, de Copenhague, revient la gloire d'avoir, avec une parfaite clairvoyance clinique, fixé ce type morbide, d'en avoir tracé d'emblée, dès sa première communication, en 1868, les symptômes et l'anatomie pathologique, et d'en avoir formulé le traitement de si haute portée pratique. En effet, il faut intervenir, parce que cette hypertrophie de la tonsille pharyngée entraîne de graves troubles dans l'hématose, des malformations faciales et thoraciques, et des désordres graves de l'oreille moyenne qui peuvent aller jusqu'à la suppuration de la caisse. C'est Mayer, qui, comme le dit Raugé, « nous a mis en mains le moyen de sauvegarder contre ces accidents déplorables des milliers d'enfants qui naguère y restaient livrés sans défense, parce que nous ignorions la cause de ces désordres et le traitement opératoire qui suffit à les prévenir. » Bien que Woakes ait prétendu guérir des adénoïdes pharyngées par la douche de Weber et les irrigations alcalines, et bien que Marage ait vanté tout récemment lesbadigeonnages à la solution aqueuse à 10 p. 100 derésorcine, l'ablation chirurgicale du paquet glandulaire est la thérapeutique indiquée quand il y a des signes d'obstruction nasale, de coryza chronique, d'inflammation auriculaire.
A l'heure actuelle, voici la technique à laquelle nous nous rallions presque tous. On emploie l'anesthésie au bromure d'éthyle, remarquable par sa promptitude et sa fugacité. Le nez, la bouche et le menton du petit malade étant enduits de vaseline, pour les protéger contre le contact irritant de l'anesthésique, on verse sur la compresse ou le masque de Julliard cinq à huit grammes de bromure d'éthyle : après quelques se-
condes, — le temps d'habituer le sujet à l'odeur et de ne le point surprendre trop vivement — on bloque la face, soit en appliquant la compresse en cornet sur la bouche, soit, ce que nous préférons, en collant le masque de Julbard à la face. En moins d'une minute, en général, l'anesthésie est acquise: le bras du sujet, soulevé, retombe; sa tête vacille. L'enfant est placé debout, entre les jambes d'un aide, qui croise les pieds devant les jambes du malade, tient ses petites mains réunies dans la main gauche et soutient le front de l'enfant dans sa main droite.
Enlevez la compresse ou le masque, et opérez prestement. Insinuez l'abaisse-langue de Trousseau, dont l'introduction est parfois gênée par la contracture : dès qu'il arrive à la base de la langue, le réflexe nauséeux, conservé, oblige l'enfant à ouvrir la bouche. Profitezen pour faire franchir l'isthme du gosier au couteau de Gottstein ou de Schmidt : c'est l'instrument adopté à peu près par tout le monde ; c'est un couteau annulaire, véritable guillotine, qui rase, de sa lame tranchante, tout ce qui dépasse le niveau de la muqueuse et qui, grâce à la disposition des barres mousses de son cadre, ne peut blesser les parties voisines ou atteindre les parties profondes.
L'anneau de l'instrument est derrière le voile : en trois à cinq coups, vous allez faucher le naso-pharynx, d'abord sur la ligne médiane, puis sur les parties latérales ; donc, par reprises régulières, en moins d'une minute, la main s'abaisse, puis se relève, pour « faucher » de haut en bas les masses en saillie. Quelques-unes passent dans l'œsophage et sont dégluties; la part importante est généralement expulsée, avec un écoulement sanguin assez abondant, dès que l'aide, soutenant le front du petit malade, penche sa tête en avant. L'hémorragie est parfois assez vive, mais ne dure point : une ou deux minutes après, l'enfant commence à se réveiller, crie, inspire largement, et l'écoulement s'arrête. Une douche nasale boriquée très chaude parerait à. l'hémorragie, si elle prenait un caractère inquiétant, ce que nous n'avons jamais vu. L'enfant gardera la chambre et sera soumis à une alimentation liquide pendant quelques jours ; une semaine après, on pourra toucher le naso-pharynx avec une solution iodo-iodurée; mais nous nous en dispensons habituellement. — Les végétations adénoïdes récidivent parfois : il en faut accuser le plus souvent l'ablation incomplète. — Y a-t-il des végétations adénoïdes tuberculeuses, et sont-elles aussi nombreuses que Dieulafoy a voulu l'établir ? La simplicité ordinaire des suites opéra-
Fig. 69.
Couteau de Sehniidt.