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CHAPITRE IX MALADIES DE LA BOUCHE ET DE L'ARRIÈRE-BOUCHE

A. — Cancer des lèvres.

1° Cas simples: excision cunéiforme suivie de suture. — Deux coups de forts ciseaux, tranchant, en plein tissu sain, un coin à base labiale, emportent largement les épithéliomas circonscrits du bord des lèvres : que ce soit une ulcération fissuraire, une saillie cornée ou verruqueuse, une excroissance mûriforme grosse comme une noisette ou une petite noix, cette excision en coin suffît , pourvu /' \

qu'elle se tienne à près A«^ MA

d'un centimètre de la masse néoplasique limitée. Les doigts d'un aide ou une pince à forcipressure prennent de chaque côté les co-

ronaires aux commissures et se chargent de

Fig. 91. Fig. 92.

Autoplastie par glissement en tiroir.

rhémostase. Pas n'est

besoin de se mettre en grand frais de restauration autoplastique : les lèvres, surtout les lèvres des vieillards, exubérantes, flasques et lâches, ont une élasticité de tissu qui les rend capables de supporter de larges pertes. Il reste, après ces ablations, une brèche angulaire : trois ou quatre points de suture entortillée suffisent à rapprocher les deux branches du V; les épingles de la suture traversent la peau à 8 millimètres de la section, sortent sur la tranche à l'union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, piquent la tranche de face au même niveau, et sortent de la peau en un point symétrique du point de pénétration. S'il y a trop de tirage, une ou deux incisions débridantes, menées aux extrémités des branches du V, permettront le glissement « en tiroir » de deux panneaux cutanés mobilisés latéralement. A la lèvre supérieure, ce procédé est fort

bon. Au reste, l'étoffe labiale « prête » et cède par la suite : nous avons maintes fois observé que tel opéré, qui, dans les premiers jours, a la lèvre « pincée » et bridée étroitement, ne tarde pas à gagner du jeu et de la mobilité labiale ; la lèvre saine, après l'opération, saillait « en trompe »; au bout de six mois, on ne retrouve plus trace de cette disgraciosité.

2° Formes étendues : chéiloplastie nécessaire. — Voici maintenant une tumeur épithéliomateuse plus étendue : après son ablation large, il reste une perte d'étoffe que la traction élastique des tissus ou la mobilisation simple par des incisions débridantes seront insuffisantes à combler : il s'agit de faire une restauration chéiloplastique. Ceci est un chapitre de médecine opératoire, et un chapitre surchargé, puisque von Bruns ne décrit pas moins de quarante-quatre procédés et procédoncules. A vrai dire, le nombre des combinaisons autoplastiques est illimité : il varie suivant l'ingéniosité de l'opérateur et la situation ou l'étendue du néoplasme opéré.

§ 1er. Principes de la chéiloplastie. — En règle générale, il faut employer, à la restauration des lèvres, des lambeaux présentant le plus d'analogie possible avec les tissus qu'ils doivent remplacer. C'est ainsi qu'on doit utiliser, avant tous, des lambeaux « doublés », comme dit Kônig, c'est-à-dire munis d'une doublure muqueuse qui puisse reconstituer l'ourlet labial en son type anatomique : avec les lambeaux exclusivement cutanés, on n'arrive à confectionner que des lèvres minces, rétractiles, bridées, découvrant disgracieusement tout le bord alvéolodentaire. Il est manifeste aussi que l'idéal chéiloplastique est d'avoir des lambeaux d'emprunt avec fibres musculaires capables de s'orienter en un sphincter orbiculaire reconstitué. Ces desiderata font le procès des méthodes autoplastiques, qui vont chercher leurs lambeaux bien loin, sur la peau du cou : le recroquevillement, par en bas, du peaucier tend incessamment à abaisser la lèvre restaurée. — Une règle importante est de dessiner des lambeaux autoplastiques prévoyants et de garder de l'étoffe labiale pour les interventions à venir, si la récidive in situ nécessite une reprise opératoire, comme très souvent dans les formes végétantes et ulcéreuses. Mollière l'a excellemment dit : « En pratiquant votre première ablation du cancroïde, songez toujours à celle que vous aurez peut-être bientôt à faire, et, pour obtenir un résultat auto plastique immédiat un peu plus flatteur, ne sacrifiez pas les tissus sains, qui seront une étoffe utile pour réparer les dégâts commis par la récidive (1). »

§ 2. Technique de la chéiloplastie. — La lèvre inférieure doit être réparée avec les restes de la lèvre normale, s'il en est, ou avec les joues; les lambeaux doivent comprendre toute l'épaisseur de la lèvre ou de la joue : à cette double condition, l'on obtient une lèvre de convenable épaisseur, non rétractile, ourlée de muqueuse.

I. Procédés empruntant des lambeaux, doublés de muqueuse, à la lèvre et aux joues. — 1° Procédé deSerres-Dieffenbach. — Prolongez, d'un coup

(1) D. Mollière, Leçons de clinique chirurgicale, p. 94.

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