C. — Torticolis spasmodique
Quand l'électricité sous forme de courants continus, le massage du muscle, le salicylate de soude et le bromure n'ont donné aucun résultat stable, quand le spasme ou les contractions cloniques se montrent par crises, rapprochées, aggravées, éclatant à l'occasion des mouvements des bras, l'intervention chirurgicale peut être proposée. C'est assurément le sterno-mastoïdien qui est le plus atteint par ces crampes; mais, dans la plupart des cas, la participation des muscles cervicaux est indéniable. Jusqu'à présent, c'est le sterno-mastoïdien et son innervation qui ont absorbé l'intérêt chirurgical : on a pratiqué, soit la section du nerf spinal, proposée par Bujalski en 1835 et réalisée par Campbell de Morgan en 1862, soit l'élongation de ce nerf, employée par Kiister, Mosetig, Gould, Nicoladoni, Page. Tillaux a bien décrit le procédé de névrotomie du spinal : « Une ligne horizontale partant de l'angle de la mâchoire indique le point d'où le nerf sort de la loge parotidienne ; une seconde ligne horizontale, tirée.du bord supérieur du cartilage thyroïde, correspond à l'endroit où le nerf pénètre dans le muscle sterno-mastoïdien. Pratiquez sur le bord postérieur de ce muscle une incision comprise entre ces deux lignes : découvrez les fibres musculaires elles-mêmes, soulevez-les avec un écarteur et vous verrez le nerf spinal. Faites la section aussi haut que possible. »
Les résultats thérapeutiques sont peu encourageants : sur 9 cas, traités par l'élongation du spinal, et colligés dans la thèse d'Isidor, on
438 cou.
ne compte qu'une guérison, 3 améliorations, 3 insuccès; sur 35 résec tions du nerf, il y a eu 6 guérisons, 14 améliorations, 15 insuccès. La section du spinal a l'inconvénient de paralyser, de façon définitive, le muscle sterno-mastoïdien et le trapèze, dont les parties moyenne et inférieure ne sont pour rien dans la crampe rotatoire. En revanche, l'opération reste sans action sur les autres muscles rotateurs qui, dans la majorité des cas, participent au spasme et aux accès cloniques, et qui sont innervés par les trois premiers nerfs rachidiens : Gardner, Gilles et Keen, qui ont reconnu l'importance de cette participation, ont fait la résection des trois premiers nerfs rachidiens, opération délicate, faite à grande profondeur, et qui a le désavantage d'étendre la paralysie à des muscles exclus du spasme.
Kocher, après avoir constaté l'insuffisance des opérations portant sur le spinal, a pris, nous dit de Quervain (1), le parti de s'adresser aux muscles, par des myotomies multiples. Il sectionne le sterno-mastoïdien à 3 ou 4 centimètres au-dessous de la mastoïde ; puis, par une incision transversale allant du sommet de la mastoïde jusqu'au milieu de la région cervicale, il divise la portion occipitale du trapèze, le splénius, le grand et petit complexus, en ménageant le grand nerf occipital, enfin l'oblique inférieur, dans l'espace existant entre l'atlas et l'axis. Ces deux opérations, nous dit de Quervain, seront combinées selon le cas. C'est ainsi qu'on pratiquera la section d'un sterno-mastoïdien et celle des muscles cervicaux du côté opposé dans les cas de tic rotatoire typique. Si l'inclinaison latérale de la tête prédomine, on fera les deux opérations sur le même côté, en prolongeant l'incision transversale de la nuque jusqu'au bord antérieur du sterno-cléido-mastoïdien. S'il s'agit enfin du « retrocolis spasm >>, torticolis avec forte extension en arrière, on sectionnera les muscles cervicaux des deux côtés en menant une incision cervicale du sommet d'une apophyse mastoïde à celui de l'apophyse opposée. Dans les cas assez rares où l'on pratique- les deux opérations sur le même côté, il est évident qu'elles sont exécutées dans une seule séance. Mais dans le tic rotatoire typique, où l'une des opérations se fait à gauche et l'autre à droite, M. Kocher a laissé généralement un intervalle de quinze jours environ entre les deux interventions; il ne les a pratiquées qu'une seule fois dans la même séance.
Sept guérisons sur douze cas : voilà le résultat qui appuie la proposition de Kocher. Comment faut-il interpréter l'effet curatif de ces myotomies? Par une influence exercée sur le cerveau, par une sorte de suggestion du centre cortical de rotation, répond de Quervain. Peu importe l'hypothèse : les résultats seuls méritent considération, et ils sont plus favorables que ceux obtenus jusqu'à présent par la section du spinal.
(1) De Quervain, Le traitement chirurgical du torticolis spasmodique. Semaine médicale, 14 octobre 1896.