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CORPS ÉTRANGERS DES VOIES AÉRIENNES

1° Trachéotomie d'urgence. — Un corps étranger a pénétré dans les voies aériennes : le malade suffoque, anxieux, cyanose, les veines cervicales turgides et les yeux saillants ; la trachéotomie s'impose alors sans délai, comme mesure d'urgence et de salut. — L'asphyxie pressante ne laisse, en général, ni place, ni temps aux explorations précises, aux hésitations thérapeutiques : il faut d'abord faire respirer le malade ; on avisera ensuite au diagnostic plus exact de l'obstacle et de son siège, et à son expulsion. Ainsi, par exemple, pour ces corps étrangers volumineux, ces dentiers, ces bols alimentaires insuffisamment mastiqués par les vieillards édentés, qui s'enclavent clans l'espace sus-glottique, se superposent à l'ouverture de la glotte et causent une suffocation d'emblée : théoriquement, il serait plus logique d'extraire le corps obstruant à la pince ou au doigt ; pratiquement, la grande chance sera si le chirurgien arrive assez à temps pour faire une trachéotomie « à grande vitesse » et donner de l'air à l'asphyxié. De même, eût-on quelque raison de soupçonner l'engagement du corps dans le larynx, c'est encore la trachéotomie, intervention rapide, facile et suffisante pour le moment, qu'en cas d'asphyxie imminente, on préférerait à la laryngotomie. Et, en pareille occurrence, le devoir du médecin est de s'ingénier et de se contenter d'un outillage improvisé : Witcombe (1) fit bien la trachéotomie avec un canif ordinaire. A défaut de canule, on se contenterait d'écarter les deux lèvres »de l'incision trachéale avec deux épingles courbées en érignes.

La canule une fois fixée, les accidents asphyxiques s'apaisent soudain, si le corps est en amont, dans l'espace sus-glottique ou dans le larynx. Que supposer et que faire si l'asphyxie persiste et progresse? Il y a lieu de penser d'abord que l'obstacle est en aval ; donc, deux écarteurs ou deux

(1) Witcombe, Journal of mental science, XXII, p. 95, 1876.

pinces maintiendront béante l'ouverture trachéale ; si le corps est mobile, une expectoration violente pourra le jeter hors la plaie. Mais si cette expulsion spontanée ne se fait point, la situation devient grave ; heureusement, elle est exceptionnelle. Il faudrait un corps très obstruant de la trachée pour produire cette asphyxie rapide ; alors l'extraction, très problématique déjà, est d'autant moins réalisable que l'instrumentation se rencontre très sommaire sous la main d'un chirurgien obligé d'agir immédiatement. Ce n'est point avec des pinces de trousse qu'on pourra tenter l'extraction par la plaie trachéale ; on n'y réussira que pour des corps tout près enclavés. L'obstacle, d'ailleurs, peut être au delà de toute atteinte et bouchant totalement une bronche ; car il est possible que la suppression brusque de tout un champ d'hématose tue par asphyxie, et cela sans recours, ainsi que font les grandes apoplexies pulmonaires. 11 n'y a qu'à faire, avec obstination, de la respiration artificielle : les inhalations d'oxygène seraient évidemment indiquées, mais les aura-t-on sous la main ? Nombre d'observations établissent que l'asphyxie très avancée n'a pu être conjurée par la trachéotomie ; le fait n'est « malheureusement pas nouveau » dans l'histoire de cette opération, et, pour la diphtérie, nous connaissons tous ces troubles irrémédiables de l'hématose ; raison de plus pour ne pas perdre \u\ seul instant : « Lâche et peu hardi, ainsi que le disait déjà Verduc à la fin du xvne siècle, serait le chirurgien qui, dans une pareille occurrence, laisserait le malade mourir sans secours. »

2° Extraction par les voies naturelles. — Voici une situation différente : après l'accès ou les accès de suffocation initiale, une accalmie est survenue, qui laisse au chirurgien le loisir d'un diagnostic et d'une intervention raisonnes. Y a-t-il réellement un corps étranger dans les voies aériennes ? C'est la première question, et il faut toujours la discuter très sérieusement, se gardant aussi bien de la foi à certains récits vainement alarmés que d'un doute également préjudiciable. Quelle était la forme, le volume du corps? Dans quelles conditions a-t-il pénétré? Depuis combien de temps et avec quels accidents ? Il y a un tel intérêt à s'assurer de la présence du corps, que le médecin est autorisé à provoquer un accès de suffocation, en faisant tousser le malade ; la radiographie est appelé ici à nous fournir un utile renseignement. C'est la notion dominante au point de vue thérapeutique : le diagnostic du siège est moins important. Sans doute, dans le cas où l'obstacle serait fixé au niveau du vestibule du larynx ou de l'espace glottique, avec symptômes peu pressants et chez un malade docile, il sera possible de le reconnaître au laryngoscope et de l'enlever : Gibs dès 1864, avait pu voir une épingle piquant le cartilage aryténoïde et en débarrasser le patient ; OErtel a retiré de l'orifice du larynx un dentier en caoutchouc; Massei a extrait une sangsue; Mackensie, Whistler, Walker, ont enlevé des corps étrangers du larynx. Mais ces faits demeurent rares ; il faut une grande expérience des manœuvres endolaryngées.

3° Extraction parla thyrotomie ou la trachéotomie. —Dans la grande majorité des cas, l'extraction par les voies naturelles est irréalisable; l'expulsion spontanée par les mêmes voies ne réussit que rarement, même

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